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Bruno Marchand a choisi de souligner à gros traits l'appui de M. Legault au projet de tramway, suite de l'annonce de son départ de la vie politique. Le maire de Québec a parlé du premier ministre démissionnaire comme d'un allié. C'est toutefois pousser un peu la note quand on sait tout le chemin parsemé d'embûches qu'il a fallu traverser pour arriver à cette bonne entente.

Les tensions entre le premier ministre du Québec et les maires de Québec ont souvent fait les manchettes depuis sept ans. Au cœur de cette mésentente : le projet de tramway. Entendre Bruno Marchand qualifier François Legault de véritable allié dans cette aventure a de quoi faire sourciller.

Bruno marchand, maire de Québec

Bruno Marchand a choisi de souligner à gros traits l'appui de M. Legault au projet de tramway. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

C'est convenu, lors du départ d'un politicien, de surcroît un premier ministre en poste depuis sept ans, de saluer poliment sa décision et son legs. Le maire de Québec, lui, n'a pas mâché ses mots. Ç'a pris un premier ministre pour mettre son poing sur la table pour dire, on avance, en parlant du tramway, a-t-il martelé et répété lors d'un point de presse.

C'est pourtant le même François Legault qui, dès le départ, a émis des réserves sur le projet de tramway en imposant ses conditions, dont le respect du budget de 3,3 milliards de dollars et une meilleure desserte des banlieues.

C'est le même premier ministre qui a exigé des changements au tracé et qui a renié sa parole concernant une solution de rechange.

Bruno Marchand en mêlée de presse.

Le maire Bruno Marchand était visiblement déçu au terme d'une rencontre avec le premier ministre François Legault en 2023. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Ultimement, c'est aussi lui qui a retiré le projet des mains du maire Marchand pour le confier à CDPQ Infra, en novembre 2023. Une sale journée, convient tout de même Bruno Marchand. Entre-temps, le projet a pris du retard et la facture a explosé.

Le maire de Québec tourne la page et préfère regarder le résultat plutôt que les nombreux détours.

Envoyer un message au caucus de Québec

En insistant sur cette belle collaboration et cet appui indéfectible du premier ministre, Bruno Marchand semble toutefois vouloir lancer un avertissement à son successeur.

Toucher au projet de tramway voudrait dire s'attaquer à l'héritage laissé par François Legault. Sans nommer personne, il s'adresse aux députés de la région qui lui ont donné du fil à retordre en militant en coulisses pour un projet de troisième lien au détriment d'un tramway.

Le tramway de la Ville de Québec, en hiver, la nuit.

Le tramway de la Ville de Québec, en hiver, la nuit. (Image d'archives)

Photo : Ville de Québec

Il vise également l'ancienne ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, Geneviève Guilbault, possible candidate dans la course à la direction de la CAQ, qui a plus souvent qu'autrement appuyé le projet de tramway du bout des lèvres.

Bruno Marchand souhaite que tout le monde sache que le tramway fait l'unanimité et qu'il n'y a plus de raisons de revenir en arrière. Une course à la direction de la CAQ ou une élection provinciale ne vont rien y changer, espère-t-il.

Le 3e lien au cœur de la course à la direction de la CAQ ?

Du reste, l'autre enjeu de mobilité, qui a aussi attisé les tensions entre les maires et le premier ministre, est probablement plus à risque avec le départ de François Legault. Le troisième lien a contribué à la chute de la popularité de la CAQ dans les sondages depuis deux ans.

François Legault se dirigeant à la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres en compagnie de son garde du corps et de son attaché de presse.

François Legault a lancé un pavé dans la mare en laissant entendre, au lendemain de la défaite de la CAQ dans Jean-Talon, que le volet autoroutier du projet de troisième lien Québec-Lévis pourrait renaître. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

La gestion du dossier par le gouvernement, après l'abandon et la relance, a laissé des traces bien au-delà des frontières de la région. Cela a donné l'impression que la CAQ n'était pas capable de réaliser de grands projets.

Un futur candidat dans la course à la succession de François Legault, qui proviendrait de l'extérieur de la région, par exemple, pourrait tout aussi bien laisser tomber cet engagement.

Rompre avec la tradition

François Legault semble dans les bonnes grâces du maire de Québec. Son départ signifie peut-être la fin d'un cycle de relations tendues entre la Ville et le gouvernement du Québec. Son arrivée à la tête du gouvernement du Québec, en 2018, a mis fin à la récréation. Si le maire de Québec d'alors, Régis Labeaume, faisait la pluie et le beau temps sous les gouvernements libéraux, la CAQ n'allait pas y donner suite.

Philippe Couillard et Régis Labeaume se serrent la main sous le regard enjoué de Rémy Normand, alors président du RTC, lors d'une conférence de presse à l'hôtel de ville de Québec le 15 mars 2018,

L'ancien maire de Québec, Régis Labeaume et l'ancien premier ministre, Philippe Couillard, lors de l'annonce du projet de tramway de Québec, en mars 2018. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

À l'époque, la région parlait d'une seule voix pour faire avancer les projets d'envergure comme l'amphithéâtre, le Super PEPS et la promenade Samuel-De Champlain. La CAQ a rompu avec cette tradition.

Jamais François Legault n'a senti le besoin de plaire aux maires de la capitale nationale. Ça a été vrai sous Régis Labeaume et avec son successeur, Bruno Marchand. La CAQ avait son plan et, à maintes reprises, elle a fait fi des positions et des demandes qui provenaient de l'hôtel de ville de Québec.

Hôtel de ville de Québec

L'hôtel de ville de Québec. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Louise Boisvert

Dans les derniers mois, on a bien senti que les relations s'étaient réchauffées entre les deux hommes. Le premier ministre s'est rallié au projet de tramway, mais on ne saura jamais avec quel degré d'enthousiasme.

Est-ce un appui sincère ou le premier ministre a-t-il compris que la popularité renouvelée de Bruno Marchand à l'élection municipale de l'automne pouvait l'aider à sa propre réélection?

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