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Recueillement, création et intensité pour le retour de l’OSM

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L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) donnait son concert de retour de pause estivale, son premier à Lanaudière en 2026, samedi, sous la direction de Rafael Payare. En niveau d’intensité et d’engagement, il surpassait largement les rendez-vous habituels du genre.

Rafael Payare et l’OSM souhaitaient, avant de rentrer dans le vif musical du sujet, rendre hommage aux victimes du récent tremblement de terre au Venezuela. Le chef a donc ajouté en début de programme Mediodía en el Llano (Midi dans la plaine), d’Antonio Estévez. L’atmosphère assez étale, qui évoque la chaleur écrasante, convient au recueillement et à la méditation. Le public a très bien compris et a suivi la demande d’une minute de silence (le drapeau vénézuélien étant projeté sur les écrans) après l’exécution de cette partition.

Messages

Suivait Egmont, de Beethoven, pris à bras-le-corps dans un tempo nerveux et très judicieux. Pour souligner le côté révolutionnaire, on peut avoir encore plus de piccolo (instrument symbolique de couleur française) dans la polyphonie au début de la coda, mais tout cela avait beaucoup d’allure.

Que pouvait-on rêver de mieux que d’entendre Dzonot, le concerto pour violoncelle composé par la Mexicaine Gabriela Ortiz pour Alisa Weilerstein, l’épouse de Rafael Payare, le jour même où, dans Le Devoir, nous réfléchissions sur une forme de reprise de pouvoir de la création musicale, de son cadre, de ses formes et de ses limites ?

Dzonot a été consacré « œuvre classique de l’année » aux Grammy. Formidable carte de visite, tout comme est une formidable carte de visite (notamment pour les gens qui votent aux Grammy) le fait que ladite partition ait été créée aux côtés de Gustavo Dudamel à Los Angeles.

Gabriela Ortiz brille comme compositrice aux prix Grammy ces dernières années, notamment parce qu’elle s’est fait remarquer lors du palmarès 2025 pour une partition extrêmement pertinente, Revolución diamantina, un ballet avec chœur de 40 minutes sur la « révolution des paillettes » menée par des femmes victimes de violences sexuelles de la part des forces de l’ordre au Mexique. Le Devoir avait consacré un article à la compositrice et à cette partition en février 2025.

Avec Dzonot, Ortiz embrasse la cause écologique, les cénotes, l’eau et les oiseaux en péril, etc., en un catalogue de modes d’expression, notamment pour le violoncelle, les cordes et les percussions. Dzonot est articulé en quatre mouvements. L’eau est prétexte à des sonorités métalliques et scintillements, le félin jaguar à la forêt et donc à plus de bois, le jade à plus de sérénité et à un retour au mode « reflets », et l’oiseau à des envols.

Galop d’essai

C’était samedi la première canadienne de Dzonot, que l’OSM, Weilerstein et Payare emporteront en tournée. On ne saurait contredire le chef Stéphane Denève lorsqu’il dit, de manière générale, que la musique contemporaine est devenue affaire de messages.

Pour l’heure, Dzonot est loin du coup de cœur de Revolución diamantina. Nous attendons l’effet des écoutes répétées de cette partition qui, en tout état de cause, est un véritable tour de force pour la violoncelliste, brillante et sollicitée du début à la fin.

Après la pause, l’orchestre et son chef reprenaient la 10e Symphonie de Chostakovitch, là aussi un galop d’essai pour la prochaine tournée de la seconde moitié d’août (il n’y a pas de Virée classique cette année pour cause de travaux à la Place des Arts).

C’est là que le tandem OSM-Payare a vraiment impressionné, avec un niveau largement supérieur aux « concerts de retour de vacances » habituels. Non seulement l’effectif des titulaires était là au grand complet, mais l’engagement et les automatismes se sont calés au quart de tour, avec des prestations spectaculaires, notamment des vents (les flûtes, bassons, hautbois, cors, trombones au premier chef).

Comme à son habitude, Rafael Payare joue beaucoup sur la netteté, la puissance et la précision des étagements dynamiques. Nous l’écrivions la semaine dernière à propos de son enregistrement de la 7e Symphonie à San Diego, c’est davantage un Chostakovitch rouleau compresseur qu’un Chostakovitch de cris et de distorsions. Mais cet agencement se met méticuleusement en place, il est intégré par l’orchestre, qui a déjà joué cette partition lors de sa première tournée avec son nouveau directeur musical — et qui devrait remporter un grand succès à l’étranger.

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