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Réchauffement climatique : si nous arrêtions toutes les émissions aujourd’hui, quand le climat redeviendrait-il comme avant ?

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L'été cauchemardesque que nous sommes en train de vivre nous aura peut-être fait prendre conscience de la situation : le climat a changé. Il est devenu au mieux, source de grand inconfort, au pire, cause de mortalité. En ce de mois de juillet, Santé publique France a publié un premier bilan de la canicule du mois dernier. Entre le 22 et le 26 juin 2026, au moins 2 025 décès supplémentaires ont été enregistrés dans le pays, soit presque 30 % de plus que la semaine précédente. Et les chiffres pourraient encore augmenter.

Même à ce niveau, ils font passer les voyants au rouge. Il y a urgence à stopper la hausse des températures ! Mais est-ce vraiment possible ?

Tant que des gaz à effet de serre seront émis vers notre atmosphère, notre climat continuera de se réchauffer. Pour arrêter la machine, il faut ramener nos émissions à zéro. © DigiArtStudio, Adobe Stock

Réchauffement climatique : pouvons-nous l’arrêter ?

Les records de température tombent. Les uns après les autres. La machine infernale du réchauffement climatique est lancée. Nous l’avons lancée. Et elle semble parfois vouloir nous échapper. Alors pourrons-nous seulement l’arrêter un jour ? Ramener nos émissions de gaz à effet de serre au net zéro sera-t-il suffisant ?... Lire la suite

Si nous arrêtions d'émettre des gaz à effet de serre - parmi lesquels le fameux dioxyde de carbone (CO2) - dès à présent, en combien de temps la température cesserait-elle d'augmenter en France ?

L’océan, ce radiateur géant qui bloque le thermostat

« Le réchauffement climatique n'est pas réversible ! » Fabio D'Andrea, le climatologue, chercheur CNRS et directeur du Départment de géosciences de l'école normale supérieure (ENS), ne mâche pas ses mots. Il nous explique.

« Si nous stoppions net nos émissions, le degré de réchauffement que nous avons atteint se maintiendrait pendant un bon moment. D'abord parce que nous pouvons arrêter de brûler des énergies fossiles, les gaz à effet de serre qui sont déjà dans notre atmosphère, eux, vont y rester des dizaines d'années. Le problème est appelé à durer dans le temps.

Pas seulement à cause de la persistance des gaz à effet de serre. Aussi parce que nous avons stocké une grande quantité de chaleur dans des réservoirs qui sont connus des scientifiques pour être lents à la libérer ensuite, typiquement, l'océan. L'océan a ralenti le rythme du réchauffement climatique en absorbant près de 30 % du CO2 émis par les activités humaines depuis la Révolution industrielle. Mais il ralentira aussi la possibilité de refroidir notre climat. »

Le mirage du bouton « undo »

« Le réchauffement climatique n'est pas réversible », insiste Fabio D'Andrea.

Même si on imaginait enlever du CO2 qui se trouve dans notre atmosphère ? « Les ingénieurs essaient de développer les technologies pour y arriver. Pour l'instant, elles sont encore coûteuses. Y compris en énergie. » Les esprits les plus réalistes envisagent ainsi surtout de les utiliser pour arriver au fameux « zéro émission nette », un scénario dans lequel les dernières émissions de gaz à effet de serre que l'on n'arriverait pas à supprimer seraient compensées par la capture du CO2. En sortie d'usine ou directement dans l'atmosphère.

Les technologies de capture directe du dioxyde de carbone de l’air (DAC) sauveront-elles notre climat ? Rien n’est moins sûr, semble montrer une étude publiée aujourd’hui. © Xavier Demeersman, ChatGPT

Miser sur la capture du CO2 ? Des chercheurs alertent sur une illusion dangereuse

Peut-on vraiment refroidir le climat en aspirant le dioxyde de carbone (CO2) de l’air ? Séduisante sur le papier, la technologie reste coûteuse et gourmande en énergie. Et face aux énergies renouvelables, comment se positionne-t-elle ? Des chercheurs apportent une réponse sans détour.... Lire la suite

« Cela ne résoudrait pas le problème de l'énergie stockée dans l'océan. »

Alors non, à l'échelle du climat, il n'y a pas de système d'arrêt d'urgence.

Une stabilisation en quelques années, mais au sommet

Jusqu'ici, les scientifiques pensaient qu'il faudrait plusieurs dizaines d'années pour stabiliser notre climat après l'arrêt des émissions. « Nos derniers calculs semblent montrer que ce serait plus rapide : de l'ordre de quelques années seulement. C'est positif », souligne le climatologue.

Une bonne nouvelle ? Oui, mais attention au piège : stabiliser ne veut pas dire refroidir. Les températures cesseraient d'augmenter, mais elles resteraient bloquées à leur niveau maximal. C'est là que le terme « irréversible » prend tout son sens. La surchauffe s'arrête, mais le radiateur reste brûlant.

C'est précisément pour cela que les mesures d'adaptation sont absolument nécessaires : nous allons devoir apprendre à vivre durablement dans ce nouveau monde que nous avons créé.

La chance de réinventer nos sociétés

Tout comme les mesures d'atténuation qui nous permettront, c'est certain, d'éviter le pire.

« C'est peut-être un peu décourageant, mais c'est un fait, on ne peut pas le cacher. Et puis, voyons le verre à moitié plein. La situation nous contraint à construire aujourd'hui une société meilleure. C'est "un peu naïf", penseront certains, mais j'assume. Pendant des décennies nous nous sommes contentés de croire que nos vies pouvaient être dirigées par les échanges économiques. Et aujourd'hui, la planète, avec son histoire étrange de réchauffement climatique, nous donne l'opportunité de repenser nos sociétés. »

"The science is evolving quite rapidly and time is running out to do anything about it because the tipping point may well be quite close," says PIK's @rahmstorf in this piece on Iceland declaring the potential collapse of the #AMOC a national security risk. ???? https://t.co/GDjDSd5Vm2

— Potsdam Institute for Climate Impact Research PIK (@PIK_Climate) November 13, 2025

Point de non-retour : la roulette russe ?

Reste la question du point de non-retour. La physique en définit. Ceux que les anglophones appellent les tipping points.

Le scénario de « Terre étuve » (« hothouse Earth » en anglais), c’est celui d’une planète dont les températures moyennes seraient stabilisées à 4 ou 5 °C au-dessus des niveaux préindustriels. Une Terre sur laquelle notre survie serait remise en cause. Et une nouvelle étude avertit aujourd’hui, si nous n’agissons pas rapidement pour stopper le réchauffement anthropique, le risque de voir notre planète suivre cette trajectoire explose. © XD

Les scientifiques alertent : 16 points de basculement menacent de transformer la Terre en étuve

Plus nous émettons de CO2, plus notre climat se réchauffe. Dit comme ça, les choses semblent simples. Mais elles ne le sont pas. Les scientifiques ont identifié de seuils à partir desquels la machine pourrait s’emballer. Et notre Terre se transformer en véritable étuve. Des seuils avec lesquels nous flirtons aujourd’hui dangereusement.... Lire la suite

Dépassez ces seuils fait très rapidement tomber le système dans un état dont il lui est ensuite extrêmement difficile de ressortir. « On connait quelques-uns de ces processus physiques. Comme la fonte des calottes polaires ou l’interruption de la circulation profonde de l’océan Atlantique (Amoc). On ne peut pas faire de généralités, car ils sont tous différents.

Il se pourrait, que le point de non-retour ait déjà été atteint pour la fonte du Groenland. En tout cas, la probabilité pour que cela se produise bientôt est très importante et les effets seront globaux. Mais la glace du Groenland ne disparaîtrait tout de même pas complètement avant plusieurs milliers d'années. Comment se projeter à cette échelle ?

Pour l'Amoc, c'est une autre histoire. Son interruption aurait pour effet de plonger très vite l'Amérique et l'Europe du Nord dans le froid. Toutefois, la probabilité d'un tel basculement reste inconnue, et très probablement infime.

Un effondrement du courant Amoc aurait bien plus de conséquences que ce qu'on pensait jusqu'à maintenant. © Karine Durand, chat GPT

Ce grand courant de l’Atlantique vacille… et l’Europe n’est pas prête : 4 conséquences terrifient les scientifiques

L'effondrement du méga-courant océanique Amoc n'aura pas uniquement pour conséquence d'entraîner un temps plus froid sur une partie du monde. Des impacts bien plus préoccupants sur la météo, et notre société, se produiront selon de nouvelles études scientifiques. Découvrez les quatre conséquences les plus surprenantes qu'un arrêt de l'Amoc aurait sur le monde, et encore plus, sur l'Europe !... Lire la suite

Ces phénomènes sont difficiles à appréhender, parce que bien que leur conséquences pourraient être catastrophiques, leur probabilité est extrêmement faible. Il y a des gens qui meurent parce qu'un pot de fleurs leur est tombé sur la tête, mais c'est extrêmement rare. En avoir conscience nous retient-il de sortir ? », interroge Fabio D'Andrea.

Sans doute pas. Mais cela devrait au moins nous inciter à lever les yeux et à imaginer des casques adaptés pour nos sociétés. Car si pour le climat, il n'y a pas de frein d'urgence, nous avons encore le volant entre les mains !

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