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Dusty, la trentaine, vient de perdre son ranch dans un incendie de forêt. La maison et les bâtiments construits jadis par ses grands-parents ne sont plus qu’escarbilles et cendres. Temporairement installé dans une roulotte dans un campement gouvernemental, Dusty compte s’exiler dans un autre État, dans le ranch d’un cousin : cette vie-là, c’est tout ce qu’il connaît. Seulement voilà, Ruby, son ex, insiste pour qu’il profite de cette période de flottement pour s’occuper davantage de leur fille, Callie Rose, 9 ans. Dans Rebuilding (Reconstruire), Josh O’Connor livre une autre de ces splendides performances dont il a le secret.
Pour mémoire, l’acteur vient d’enchaîner des compositions aussi mémorables que dissemblables dans Challengers, de Luca Guadagnino, The History of Sound (Une histoire du son), d’Oliver Hermanus, The Mastermind (Le stratège ; lire notre entretien exclusif avec l’acteur), de Kelly Reichardt, et Wake Up Dead Man: A Knives Out Mystery (Wake Up Dead Man. Une histoire à couteaux tirés), de Rian Johnson. Sans compter qu’en juin, on pourra le voir dans le fort attendu Disclosure Day, de Steven Spielberg. Qui dit mieux ?
Dans Rebuilding, O’Connor crée un cow-boy moderne en profonde crise existentielle. De fait, c’est par l’entremise du ranch familial parti en fumée que Dusty a toujours défini son identité.
Non que la chose soit explicitée, fort heureusement.
Pas d’antagoniste
En effet, le scénario et la mise en scène de Max Walker-Silverman misent exclusivement sur la suggestion, le non-dit, la lecture entre les lignes et, évidemment, le pouvoir d’évocation conjugué de l’image et du jeu.
Côté réalisation d’abord, Walker-Silverman privilégie les prises longues, en phase avec une approche distinctement contemplative. Dans chaque plan, le cinéaste donne le temps au temps, le visage de Josh O’Connor se révélant le plus expressif des paysages.
Côté interprétation, justement, on aura compris que l’acteur anglais (à l’accent ici parfait) domine. Son Dusty n’est pas tant un homme de peu de mots qu’un homme qui peine à trouver les mots (voir à ce propos notre entrevue exclusive avec le cinéaste).
Cela étant, la vedette est admirablement épaulée par la toute jeune Lily LaTorre, dans le rôle de Callie Rose, de même que par Meghann Fahy (Drop/Trollée), dans celui de Ruby, et Amy Madigan (Weapons/Heure de disparition), en sage ex-belle-mère. À noter que, de manière rafraîchissante, le protagoniste est demeuré proche des deux femmes malgré le divorce.
Une lumière, une chaleur
D’ailleurs, et c’est tout aussi à l’honneur de Max Walker-Silverman, il n’est point d’antagoniste ou de « méchant » dans le film. Un film dont le moteur dramatique ne réside pas dans quelque affrontement, mais plutôt dans la lente prise de conscience de Dusty qu’en « perdant tout », il a peut-être, sans trop simplifier, gagné au change.
Car outre sa relation nouvellement solidifiée avec sa fille, Dusty s’ouvrira, presque malgré lui, à la communauté de sinistrés (joués par de merveilleux non professionnels) qui l’entoure au campement.
Austère, méditatif et, en définitive, très, très émouvant, Rebuilding distille tout du long une lumière, une chaleur, qui font en sorte que rien ne semble jamais complètement désespéré. Et c’est grâce à cette lumière et à cette chaleur que le dénouement lumineux, loin de sembler forcé, paraît au contraire empreint d’honnêteté.


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