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Raymond Bellemare se souvient de cette étrange sensation d’être associé au projet olympique avant la tenue des JO à Montréal, en 1976. D'abord directeur du graphisme, puis consultant, il devait faire fi du chaos lié à la flambée exorbitante et désastreuse des coûts pour la tenue de l’événement afin de maintenir son enthousiasme dans cette inspirante aventure pour soigner l’image de Montréal.
C’était même un peu gênant, à certains égards, de dire que l’on travaillait pour les Jeux olympiques. On faisait ce qu’on avait à faire malgré un climat délétère.
Ce diplômé de l’École des beaux-arts a raison. Beaucoup de turbulences ont précédé le coup d’envoi des Jeux olympiques à Montréal, qui ont eu besoin de brillants artisans comme Raymond Bellemare pour être enfin acclamés en dépit des scandales de corruption.
On se réveillait le matin, puis on entendait dans les médias que ça allait coûter trop cher, qu’il y avait de la corruption. On te disait : "Ah oui, tu fais partie de la gang de corrompus", ou de je ne sais pas quoi. Il fallait oublier ça, puis on a survécu.
Raymond Bellemare a consacré trois ans de sa vie aux JO. Il a ainsi mis en valeur son talent de concepteur au bénéfice de la réussite de ce projet inspirant.
On est arrivé à la fin avec un programme d’identité professionnelle de qualité internationale, à mon avis. Ce ne sont que trois années de ma carrière, mais elles sont très importantes parce qu’il s’agit d’un événement d'envergure. J’étais très motivé.

Une affiche utilisée à l'approche des Jeux.
Photo : Raymond Bellemare et François Dumouchel, Le parcours de la flamme olympique, 1975. Musée McCord Stewart, ©COJO
Raymond Bellemare a aujourd’hui 84 ans. Chez lui, à Noyan, petit village de la Montérégie, près de la frontière du Vermont, il conserve dans son atelier quelques souvenirs de cette période de sa vie. L’endos de la médaille olympique fait partie de ses réalisations.
C’est gratifiant. Il faut faire de la recherche pour trouver la meilleure idée, et il y en a toujours une meilleure parmi les meilleures. Une couronne de laurier personnalise la médaille de Montréal.
Il avoue cependant être un peu déçu du rendu final.
Je ne trouve pas que l’impression était belle, si je compare avec la maquette. Je trouve que ça manque de caractère. À la fin, ce n’est pas un résultat que je trouve intéressant.
Des affiches thématiques conçues par Raymond Bellemare et d’autres designers et graphistes sont exposées, jusqu'au 13 septembre, au Musée McCord Stewart, à Montréal, pour célébrer le 50e anniversaire des JO dans la métropole.
Celle qui symbolise le parcours de la flamme olympique est l'une des pièces de collection présentées au public.
Le conservateur du musée, Christian Vachon, est venu me voir pour m’expliquer l’exposition dédiée à l’image des Jeux, et non pas au sport. Je lui ai remis quelques items. C’est extraordinaire pour un designer de participer à un projet dont les œuvres circulent partout sur la planète.
Raymond Bellemare estime à plus de 1000 le nombre d’imprimés produits aux Jeux olympiques de Montréal. Des brochures, des livres de règlements, des dépliants, des affiches, etc.
Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts en 50 ans. À l’époque, tous les graphistes étaient des bricoleurs professionnels. Il fallait être manuel, nous n’avions pas le choix. Aujourd’hui, tout est fait à l’ordinateur.
Parmi ses autres réalisations, l’octogénaire présente une affiche dont l’objectif était d’attirer le regard des jeunes. Une douzaine de macarons apparaissent sur la poche d’un jean.
Une sociologue avait été embauchée pour déterminer les préoccupations des jeunes de l’époque. Chaque macaron symbolisait l’une d’entre elles.
Le cannabis a donc eu droit à son macaron olympique…

Raymond Bellemare désigne le macaron arborant une feuille de cannabis.
Photo : Radio-Canada / Jean-François Vachon
Des gens ont été surpris de ce choix. Mais le cannabis était important chez les jeunes à ce moment-là en 1976. Ce macaron aurait pu être contesté, mais il a été accepté!
Raymond Bellemare n’est pas surpris que le 50e anniversaire des Jeux olympiques de Montréal ramène certaines de ses œuvres dans la vitrine.
Cinquante ans, ça se fête. Ça me rappelle une période avec beaucoup d’effervescence, mais un peu chaotique.
Aujourd’hui, il n’y a rien de gênant à y être associé, surtout quand vos réalisations se retrouvent dans un musée…


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