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Rassemblement National : Le Pen va « débrancher » Bardella

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Depuis les révélations de Médiapart le lundi 28 septembre, Bardella est confronté à des écrits antisémites émis sur son compte Messenger en 2013 et 2014. Malgré les éléments de preuve présentés dans un deuxième temps par Médiapart (sous constat d’huissier), l’actuel président du RN persiste à nier être l’auteur de ces propos nauséabonds. Un déni assumé par Le Pen et les caciques du parti. Bardella ne doit pourtant pas se faire d’illusions : ses jours sont comptés…

Il est évident que Le Pen a été sonnée lorsqu’elle a pris connaissance – par une journaliste et non par l’intéressé ! – des révélations de Médiapart portant sur des propos antisémites tenus naguère par le jeune militant Bardella. Ce qui ne l’a pas empêchée de dénier avec virulence toute crédibilité à cette mise en cause de l’actuel patron du Rassemblement National, lequel a balayé les accusations en les qualifiant de « barbouzerie ». La candidate à la présidentielle est même allée jusqu’à proférer des menaces à l’encontre des journalistes qui ont rendu publics les écrits antisémites de Bardella : « Maintenant, c'est à Mediapart (…) qu'il va falloir dire d'enfiler son costard en Kevlar. » Rappelons que le kevlar est le principal composant de protection des gilets pare-balles.

Faut-il voir dans les propos délibérément agressifs de Le Pen des « menaces de mort », comme l’ont affirmé quelques observateurs et personnalités politiques, principalement de gauche ? À l’évidence non, car il s’agissait là d’une image percutante destinée à faire passer dans l’opinion un message de fermeté d’une clarté limpide : le Rassemblement National, tous cadres confondus, fera bloc avec Bardella et rendra coup pour coup aux éventuels développements de ce qu’il est désormais convenu d’appeler « L’affaire Bardella ». Le problème est qu’une deuxième salve de révélations de Médiapart a fait état des sources – fournies par la multinationale Meta sous contrôle d’huissier – sur lesquelles s’étaient appuyés les journalistes de Médiapart pour éditer leur brûlot.

D’où le changement de ton qui s’est opéré au sein du RN. Certes, la solidarité avec Bardella est officiellement restée intacte, Le Pen ayant réaffirmé « J’ai totalement confiance en Jordan ». La candidate du parti est même allée encore plus loin dans la démonstration unitaire en présentant le mardi 6 octobre avec Bardella le projet de budget du Rassemblement National pour la France. Mais il n’a échappé à personne que cette unité de façade à finalité électoraliste masquait en réalité des divisions internes de plus en plus prégnantes, comme le reconnaissent certains caciques du parti (cf. Le Canard enchaîné, 7/10). Pour ne rien arranger, le sulfureux Soral – figure de proue de l’antisémitisme assumé – est venu apporter publiquement un total soutien à son ex-disciple Bardella.

Dès lors, la question n’est plus de savoir si Bardella sera « débranché » par Le Pen, mais quand la décision interviendra, qu’il soit encore ou pas l’antisémite que les révélations de Médiapart ont dépeint. Comment pourrait-il en aller autrement ? Imagine-t-on sérieusement une campagne de la candidate du Rassemblement National traînant comme un boulet un président de son parti réputé « antisémite » alors que le RN était censé avoir fait le ménage dans ses rangs. Or, des personnalités sulfureuses, tout le monde sait qu’il en subsiste, jusque dans les rangs des élus. Nul doute que les médias qui s’opposent à Le Pen auraient beau jeu de brandir ces cas sulfureux pour casser l’image d’une candidate incapable de se séparer du n°2 de sa formation politique.

Le plus cocasse dans cette histoire est qu’il aurait probablement suffi à Bardella d’avouer ses torts en plaidant l’erreur de jeunesse pour que l’affaire se dégonfle comme elle s’est dégonflée pour d’autres politiciens avant lui, rattrapés par leur errements du passé. Nier en bloc a été l’erreur fatale. Ce que confirme Cahuzac, instruit par sa propre expérience (Le Canard enchaîné, 7/10) : « C’est fini, trop tard. La première déclaration emporte tout. [Bardella] est mort, mais il ne le sait pas encore. » Qu’il parte se consoler dans les bras de Maria-Carolina, voilà qui ne manquera pas de réjouir les anciens du RN dont certains vouent à Bardella une haine farouche. Cette affaire plombera-t-elle le vote Le Pen en 2027 ? Au premier tour, probablement pas. Mais que se passera-t-il au second ?

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