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Des biologistes marins ont utilisé avec succès la technologie des ultrasons portables sous l’eau pour confirmer des grossesses chez des raies mantas géantes sauvages au large du Mexique, marquant une première documentation de ce type pour cette espèce en voie de disparition et ouvrant de nouvelles perspectives pour leur conservation.
L’exploration de la biologie des espèces marines géantes franchit une étape importante grâce à de nouvelles méthodes d’imagerie non invasive. À plus de 300 miles au large de la côte pacifique du Mexique, au sein de la réserve marine protégée du parc national de Revillagigedo, des équipes de recherche documentent pour la première fois le stade de développement de grossesses chez des spécimens sauvages de Mobula birostris, plus connues sous le nom de raies mantas géantes.
L’échographie sous-marine comme outil de découverte à Revillagigedo
Madalena Cabral, biologiste marine de l’organisation Mares De Mexico qui étudie ces animaux depuis six ans, mène ces examens dans l’eau. Lorsque la raie manta, dont l’envergure atteint environ 15 pieds, accepte sa présence, la chercheuse nage au-dessus de l’animal munie d’un appareil portatif pour lequel elle détient des permis officiels. L’eau présente entre la sonde et la peau de l’animal sert de gel conducteur, permettant à une image d’apparaître sur un téléphone portable.
À l’intérieur, un petit embryon en mouvement apparaît, avec des nageoires qui se fléchissent et une bouche qui s’ouvre et se ferme pour pomper le liquide utérin riche en nutriments et en oxygène. It’s like a superpower, confie la biologiste, décrivant la sensation de posséder une vision permettant de voir à l’intérieur d’un animal, selon des propos rapportés dans les publications sur ces travaux. La chercheuse ajoute avoir fondu en larmes lors de la première observation en temps réel : I cried underwater.
Cette méthodologie a permis de confirmer trois grossesses chez des raies mantas géantes prénommées Timshel, Ophelia et Grecia. Si des ultrasons avaient déjà été utilisés sur des spécimens libres, c’était auparavant sur des raies mantas de récif, une espèce côtière plus facile d’accès et mieux connue des scientifiques. La biologiste Deni Ramirez Macias avait également scanné des mantas océaniques en Équateur et aux îles Revillagigedo, bien que ces travaux soient restés inédits.
Programmes de suivi par balises et habitats dans le golfe d’Amérique
Confirmer la gestation ne constitue que la première étape de la recherche. Pour identifier les zones de mise bas et comprendre les déplacements de ces femelles, les scientifiques combinent l’imagerie échographique sans contact, l’identification photographique à long terme et le marquage par satellite. Au cours de deux expéditions menées en janvier et mars en 2026, l’équipe a ainsi équipé trois spécimens de balises destinées à transmettre des données après s’être détachées automatiquement au bout de six mois.
Ces efforts s’inscrivent dans un cadre plus large de partenariats impliquant des agences fédérales et des organisations à but non lucratif, chapeautés par la NOAA Fisheries et ses partenaires, incluant Manta Trust et la Marine Megafauna Foundation. Dans le sanctuaire marin national de Flower Garden Banks, situé dans le nord-ouest du golfe d’Amérique (anciennement golfe du Mexique), les équipes ont déployé deux balises satellites et une balise acoustique dans le cadre d’un projet visant à évaluer l’habitat de nourricerie des juvéniles.
Des relevés menés par bateau le long de la côte louisianaise, notamment près du delta du Mississippi, ont permis à NOAA Fisheries et à la Marine Megafauna Foundation de marquer quatorze balises satellites et d’observer plus de 50 individus depuis le début de ces travaux en 2023. Parallèlement, des scientifiques collaborent dans la région mexicaine d’Isla Mujeres avec le Mexican Caribbean Manta Project, Manta Trust et El Colegio de la Frontera Sur pour étudier les populations fréquentant les aires marines protégées de la péninsule du Yucatan depuis 2013.
Menaces industrielles et vulnérabilité biologique des populations
La compréhension des couloirs de migration et des zones de reproduction revêt un caractère urgent pour la survie de l’espèce. Classées comme menacées ou en danger selon les sources, les raies mantas géantes font face à des pressions anthropiques majeures, en particulier la capture accidentelle par les pêcheries industrielles de thon en dehors des réserves. Les filets massifs peuvent en effet entraver les mouvements de ces animaux qui ont l’obligation constante de nager pour respirer.
Photo: fisheries.noaa.govMême lorsque les spécimens capturés par accident sont relâchés, ils subissent fréquemment des blessures graves. Cette vulnérabilité est accentuée par la lenteur de leur cycle reproductif, qualifié de plus lent parmi l’ensemble des requins et des raies. Les femelles n’atteignent pas la maturité reproductive avant l’âge de 8 à 10 ans et ne mettent bas qu’un seul petit tous les quatre à cinq ans, après une période de gestation de douze mois. Dans certaines régions du monde, les populations ont ainsi enregistré des déclins atteignant 90 pour cent.
Face à ces dynamiques, les chercheurs insistent sur la nécessité d’une protection transfrontalière rigoureuse. La biologiste rappelle qu’il ne suffit pas de créer simplement un rectangle au milieu de l’océan, car les animaux ne connaissent pas les frontières, soulignant que les données recueillies par ultrasons et par télémétrie devront guider les politiques d’aménagement des aires marines protégées pour contrer la diminution de ces effectifs.


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