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Rafael Payare et l’OSM poursuivent leur aventure jusqu’en 2032

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L’Orchestre symphonique de Montréal et Rafael Payare seront désormais unis au minimum jusqu’en juin 2032 grâce à un renouvellement contractuel d’une durée substantielle de cinq ans. Le chef, qui va donc pouvoir prolonger un travail de fond, s’est confié au Devoir avant l’annonce officielle.

Il n’y avait évidemment aucune hésitation de la part de Rafael Payare à accepter l’offre de renouvellement de l’OSM, lui qui s’est installé avec sa femme et ses enfants dans la métropole à peu près aussi vite qu’il s’est plié à l’apprentissage du français.

Ce second mandat, pour lequel Rafael Payare prend le titre de directeur musical et artistique, qu’il porte également pour l’Orchestre symphonique de San Diego, et qui manifeste sa volonté de s’impliquer encore davantage dans la vision artistique à long terme, sera placé sous le signe de l’opiniâtreté. « Oui, on est un peu têtus ! » assume Rafael Payare en riant.

Élargir

Le directeur musical se veut têtu, par exemple, dans les programmes qu’il propose à l’étranger. L’OSM n’est plus cantonné à Stravinsky et à la musique française, un virage entamé sous Kent Nagano (la 7e de Mahler à Vienne, Penderecki à Salzbourg), mais accentué sous Rafael Payare, qui dirigera Chostakovitch et Richard Strauss cet été en Europe. « On veut faire entendre l’orchestre comme ça. C’est pour ça que la toute première tournée, c’était avec la 5e Symphonie de Mahler. À l’étranger, beaucoup de personnes parlent de ce que nous faisons ici. »

« Cette année, à Édimbourg, les orchestres qui ne sont pas du Royaume-Uni, c’est nous, le Philharmonique de Berlin et celui de Los Angeles. C’est déjà pas mal. L’idée, c’est de faire d’autres festivals d’été en Europe. »

Le plus spectaculaire est donc assurément à venir. Rafael Payare pense aussi « faire quelque chose au Canada ». « C’est un peu bizarre que tous vont nous connaître dans le monde, mais pas au Canada. » Ce souci de la place de l’OSM au Canada prendra aussi en compte la création musicale. « Je veux m’immerger davantage dans les compositeurs canadiens. Aujourd’hui, on a essayé une pièce de Denis Gougeon, c’est très coloré, c’est très bien. Je ne connais pas encore tous les compositeurs au Canada, mais on va élargir cela. »

Comme nous l’avons déjà écrit, Rafael Payare s’est retrouvé dans la même situation que l’ancien chef de l’OSM Charles Dutoit au milieu des années 1970 : avec un nouvel orchestre à bâtir. Ce fut l’un des gros défis de son premier mandat. « Nous avons déjà engagé 34 ou 35 musiciens. » Pour les chantiers futurs, « mon cher Pierre-Vincent Plante [cor anglais] va prendre sa retraite. C’est un gros morceau et, après ça, la section des hautbois sera complètement changée. Il va y avoir une ou deux contrebasses, quatre ou cinq violons… Et Tim [le flûtiste Timothy Hutchins], au moment où il partira, les choses seront différentes. Quand beaucoup de gens sont nouveaux, il faut apprendre la manière de l’OSM. On va prendre soin de ça. »

Danser

Rafael Payare définit sa relation avec l’orchestre comme « magique ». « On est devenus comme des “partenaires de danse”. C’est comme une osmose. Ça a pris à peu près un an, c’est allé très vite. On se trouve dans la façon dont on “danse” musicalement. »

Parmi les objectifs des six prochaines années (le mandat initial prend fin en 2027), il y a évidemment l’implantation du programme El Sistema pour permettre à plus de groupes de jeunes de milieux défavorisés de pratiquer un instrument. « Nous allons peut-être avoir trois ou quatre noyaux bientôt, et l’idée est de sortir les noyaux hors de Montréal aussi. On a commencé par 60 enfants, on pensait passer à 120 après trois ans, et on est déjà à 140. »

Avec un tel développement, le projet sera d’associer des éléments d’El Sistema à la Virée, notamment à partir de 2028. Car Rafael Payare réfléchit aussi à la programmation estivale. « Montréal est une ville estivale. On doit trouver la façon de faire de la musique classique qui fonctionne sans jamais diluer ce qu’on fait. Ce n’est pas juste donner des “bonbons”. Quand on joue dans un parc, on joue toujours une pièce forte. La musique d’orchestre, ce n’est pas juste une ouverture de quatre minutes comme sur TikTok. Et notre rendez-vous à l’Esplanade du Stade olympique, on doit le maintenir. »

Du point de vue des enregistrements, la relation avec l’éditeur Pentatone se porte bien. Le sacre du printemps, enregistré cette semaine, sera couplé à Daphnis et Chloé. « On va continuer avec Pétrouchka et L’oiseau de feu », annonce le chef, sans compter que le minifestival Richard Strauss en 2026-2027 va aussi fournir son lot de disques. Le nouveau réglage acoustique de la salle sert bien les projets discographiques. « Avec le Sacre, nous avons trouvé le sweet spot. Nous savons comment faire pour que tout le monde soit à l’aise. Pour Carl Talbot [directeur artistique de l’enregistrement], la salle pleine favorise l’enregistrement et nous avons placé une extension de scène pour les micros. »

Alors, Rafael Payare, vos filles auront quel âge en 2032 ? « La plus vieille aura 15 ans et l’autre aura 9 ans. » Une configuration de scolarisation idéale pour une future prolongation, non ? « Mais pourquoi pas ? Ce que nous faisons ici est spécial, ce n’est pas “normal”. Et on va évoluer encore. La chimie entre nous nous permet d’aller toujours un peu plus loin. »

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