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Rencontré en marge de la tournée européenne de l’orchestre, le couple formé par le directeur musical de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), Rafael Payare, et la violoncelliste de renommée internationale Alisa Weilerstein se livre sur sa vie à Montréal et son mode de fonctionnement, et revient sur les coulisses rocambolesques de son premier contact avec le Québec.
La tournée européenne de l’OSM enfreint les règles que le couple Payare-Weilerstein s’est fixées : « C’est la première fois que les enfants vont rester aussi longtemps sans l’un de nous. Normalement, le maximum est de trois jours », dit au Devoir Rafael Payare.
La vie familiale des deux musiciens internationaux, parents de deux filles de dix et quatre ans, est très organisée. « Nous avons une règle de couple : jamais plus de deux semaines de séparation entre nous », précise Alisa Weilerstein. Et pour les enfants, « à 90 % du temps, l’un de nous est à la maison ».
Ce mode de fonctionnement inclut une nounou d’origine vénézuélienne, qui épaule le couple depuis neuf ans : « Elle était déjà avec nous lorsque nous habitions Berlin. Elle fait partie de la famille », estime Rafael. « Nous avons de la chance, vraiment », ajoute Alisa.
Berlitz et la Reine des neiges
Nous avons voulu en savoir plus sur les coulisses de l’arrivée de Rafael, d’Alisa et d’Ariadna, leur fille aînée, au Québec, en catimini, en pleine pandémie, à Noël 2020, cachés, en isolement, dans les Cantons-de-l’Est. « On est arrivés le 19 décembre 2020 dans une cabane près de Magog », raconte Alisa. « On a été en secret, parce que l’orchestre ne savait rien », ajoute Rafael. Dans sa cabane, Rafael étudiait le français d’arrache-pied. « J’avais commencé en novembre avec Berlitz. À Magog, j’en faisais six heures par jour. Madeleine Careau a même dû venir parce que le signal Internet n’était pas assez bon ! » raconte-t-il. « Et puis tu préparais ton texte avec moi, pour l’annonce », se souvient Alisa.
« On ne savait pas trop comment on allait passer le temps. Mais quand on est arrivés, ça a été très drôle parce que notre fille adorait le film Frozen [La Reine des neiges]. Et on était à Magog face à un lac gelé. Pour elle, c’était comme : “Oh mon Dieu !” Elle chantait toute la journée ; c’était parfait », raconte Rafael.
« Il y avait un sapin, vraiment tout. Comme dans un rêve, c’était vraiment spécial, fantastique en fait. Il y avait juste, tous les jours, pendant les 14 jours, les appels de la commission de quarantaine. Elle était étrange, cette époque-là, vraiment », se souvient Alisa.
« Ma nomination devait être annoncée le 7 janvier 2021. Madeleine Careau m’a appelé le 6 : “Tu as vu ce qui se passe à Washington, au Capitole ?” On pensait que l’annonce allait passer inaperçue », s’amuse Rafael. « L’orchestre savait qu’un chef allait venir pour un concert, mais ne savait pas que l’annonce allait être imminente. Il était question d’autres confinements. Quand monsieur Bouchard a envoyé le message d’une réunion Zoom “pour parler d’une question”, tout l’orchestre pensait qu’il s’agissait de l’annonce de nouvelles mesures. On pouvait voir le visage dépité de tout le monde. Et puis, il a dit : “Non, c’est pour annoncer le prochain directeur musical !” Immédiatement, tous les visages étaient comme “wouah !”. C’était incroyable. Me souvenir de ce moment me donne encore la chair de poule. »
Choix limpide
À l’époque de sa nomination, Rafael habitait Berlin et San Diego avec sa famille. Il a vite élu domicile à Montréal. « Quand on a vu la quantité de semaines que je devais être ici, on s’est dit : “C’est peut-être le moment d’arrêter d’être à Berlin.” Par chance, notre fille avait déjà commencé le lycée français à San Diego. C’est pourquoi elle a été très dure avec moi ; elle avait l’oreille dans le français avant moi. »
En mars 2021, la famille s’est installée à Ville-Marie avant de louer une maison à Outremont. « Après, on a trouvé la maison à Notre-Dame-de-Grâce. Quand on l’a vue, c’était vraiment le coup de cœur. On ne connaissait pas le quartier, mais la maison était incroyable et l’école, le Collège international Marie de France, est à huit minutes à pied. Ariadna a commencé son cours préparatoire à Stanislas et maintenant elle est à Marie de France. Ce sont déjà ses racines, Marie de France. » Lors de la présente rentrée, la petite dernière, Elina, commencera l’école maternelle.
Lorsqu’on lui demande ce qu’a changé dans ses habitudes le fait d’être à Montréal, Rafael s’écrie : « Parler français, quand même ! » « Il a commencé de zéro, c’est impressionnant », observe Alisa. « La chose un peu plus difficile pour moi, c’est qu’à la maison, je parle avec les enfants en espagnol et avec Alisa en anglais. C’est pourquoi, dès le moment où j’arrive à Montréal et que je sors de la maison, je parle avec tout le monde en français pour pratiquer, parce que je sais qu’il me manque encore un peu d’aisance », analyse Rafael. « Dans ma vie à Montréal, j’utilise seulement le français, parce que je dois pratiquer et améliorer », précise Alisa.
Sport et risotto
Alisa et Rafael ont pu se ménager des vacances en famille cet été : « Pas de camp de jour jusqu’à la semaine dernière ; les filles ont été avec nous tout le temps », se réjouit Rafael. « Déconnecter, c’est important. Et, pour les enfants aussi, avoir simplement du temps ensemble, c’est vraiment beau. » Le concept de vacances des Payare-Weilerstein est « rester à la maison, cuisiner, nager, faire un petit tour par-ci par-là — Aspen, San Diego, Boston ».
« Alisa cuisine très, très bien. Moi, ce n’est pas la même chose ; mon truc, c’est le barbecue. Mais j’ai commencé à découvrir quelque chose, cet appareil qui s’appelle Thermomix, et qui fait un risotto en 30 minutes, avec des champignons. Normalement, le risotto, à la fin, ça devient fatigant, c’est comme diriger ! Cette machine fait tout, et on prend un petit martini en attendant le risotto ; c’est magnifique ! » s’amuse Rafael.
Interrogé sur sa pratique sportive, Rafael hoche la tête et exhibe un petit anneau : « La direction, c’est du sport ! Ça, c’est mon Oura ring. Alisa me l’a offert pour la fête des Pères ; ça mesure tout. Quand je fais une répétition, c’est 800 calories ou quelque chose comme ça. On peut tout voir sur le téléphone, et quand j’ai fait la première répétition avec, j’ai ouvert l’application et vu quelle activité elle m’attribuait. J’ai lu “boxing” ! »
« J’ai le même anneau et moi, c’était “équitation” », sourit Alisa. Record à battre : 2500 calories au dernier concert de Lanaudière. « C’était vraiment très chaud ! » conclut le puncheur.


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