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Il est rare qu'un film belge nous fasse pénétrer dans un bâtiment aussi mythique que la Maison de la radio place Flagey à Bruxelles, dont l'allure de "paquebot" art déco créé par Joseph Diongre en 1938 domine les étangs. Inauguré en décembre 1938 et investi par les équipes de l'nstitut national de radiodiffusion (INR), le bâtiment flambant neuf est alors considéré comme "la plus grande fabrique de son au monde", et décrit lors de l'exposition universelle de New York en 1939, comme la maison de la radio la "plus progressiste d'Europe". Rappelons que l'INR compte alors deux millions d'auditeurs en Belgique, et que la radio est le média le plus populaire à l'époque, celui où se jouera aussi la "guerre des ondes" dans laquelle nous emporte le film (de fiction) du flamand Frank Van Passel. On y suit Berre (Jef Hellemans), un jeune ingénieur du son en stage qui rencontre Elza Friedman (Femke Vanhove, aux faux airs de Tilda Swinton), une jeune actrice juive qui échappe à la prudence requise par son père et change son nom pour frotter son talent aux pièces radiophoniques alors très populaires. Mais l'invasion allemande fait tout basculer.

Guerre des ondes
Si certaines émissions résistent dans un premier temps au nazisme (le film montre des émissions politiques socialistes jouant l'hymne soviétique), la résistance s'avère peu à peu impossible face à ""l'alliance fasciste-rexiste-nationaliste". Frank Van Passel imagine le personnage de Polack (Koen de Bouw), ingénieur du son juif et ancien champion de natation qui préférera se suicider plutôt que de laisser sa place aux Allemands.
Autrice d'une thèse à l'Université de Namur sur la répression de la collaboration radiophonique (Interférences : Radios, collaborations et répressions en Belgique (1939-1949), parue aux Presses Universitaires de Namur en 2021), Céline Rase rappelle l'état d'esprit du personnel de l'INR en 1940 : "Au lendemain du 10 mai 1940, les agents de l'INR se sentent abandonnés. Un acteur de la radio note dans son journal intime au début du mois de juin 1940 que "les autorités belges se désintéressent de leur sort. Les attaques personnelles se multiplient, c'est la pagaille". On voit les comédiens et le personnel se réunir au Café des Arts place Saint-Croix, chercher des solutions. À ce moment-là, il n'y a pas grand monde pour aiguiller le personnel de l'INR. Le gouvernement s'est réfugié à Paris pour continuer la lutte aux côtés des Alliés, bientôt, il sera à Londres. Les anciens directeurs de la radio sont également éparpillés sur les routes de l'exode."
Flagey : une fantaisie à quatre mainsAlors que les ondes diffusent l'allocution du Premier ministre belge Hubert Pierlot le 28 mai 1940, critiquant la "trahison" du roi Léopold III qui ouvre des négociations séparées avec l'Allemagne, Berre et Elza vont tenter de résister à leur manière. Le film montre un directeur antifasciste qui propose de démonter le matériel radio à l'arrivée des Allemands afin de vider Flagey de sa substance. Des faits similaires ont existé mais, en dix-huit jours, la programmation se relance. "Commotionnés par l'invasion, les agents s'agrippent aux consignes qu'ils entendent. Le 8 juin, le bourgmestre de Bruxelles Joseph Vandemeulebroek lance un appel public à la relance de l'activité économique" rappelle Céline Rase.
La radicalisation de Radio Bruxelles
Peu à peu les émissions radiophoniques de ce qu'on appelle désormais Radio Bruxelles se radicalisent. Le film met intelligemment en scène le débat entre acteurs et actrices autour de la pièce radiophonique Le Vol des Lindbergh de Bertolt Brecht (qui rebaptisa la pièce Le Vol au-dessus de l'océan afin d'effacer le nom de Lindbergh qui soutint ouvertement les Nazis dans les années 30 et 40). Peter Van den Begin y fait office de grand méchant en acteur collabo et antisémite, prêt à dénoncer Elza. La propagande nazie se met en place et se radicalise à partir de 1942, dépouillant tout d'abord le patrimoine de l'INR de ses artistes pacifistes et glorifiant peu à peu la culture allemande, quitte à autoriser le jazz pour attirer le public belge vers ses idées. "En 1944, Radio Bruxelles est un vomi national-socialiste" note Céline Rase qui a principalement étudié l'épuration après-guerre à travers les archives de Flagey conservées au CegeSoma.
Le vaste chantier de verdurisation de la place Flagey à Ixelles a débuté : "Le but serait de finir les aménagements pour début 2024"La force de Radioman est de nous faire revivre l'épopée des studios Flagey occupés à travers la relation quasi "sonore" entre la fougueuse Elza et l'introverti Berre. C'est par le bruitage qu'ils s'émancipent de la violence de leur époque (voulant fuir en Argentine, elle sera rattrapée par la déportation), et le film tente de joliment venger l'Histoire dans une scène dansée en plein Flagey, évoquant une sorte de La La Land flamand sous l'Occupation. À voir donc.
Radioman Réalisé par Frank Van Passel Avec Jef Hellemans, Femke Vanhove, Koen de Bouw, Peter Van den Begin 2h
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