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Qui veut d’un «Québec blanc»?

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C’est sans doute un hasard si une manifestation de suprémacistes blancs s’est déroulée à Shawinigan ce samedi, à peine une semaine après le dévoilement du rapport des OUI Québec qui faisait état de l’inquiétude pour le vivre-ensemble que suscite le discours politique sur l’immigration.

Ce hasard fait néanmoins réfléchir. La classe politique, aussi bien souverainiste que fédéraliste, a été unanime à condamner cette démonstration de racisme décomplexé qui ne regroupait qu’une vingtaine d’individus. Mais il est très possible que des éléments du discours politique en encouragent certains à afficher publiquement leurs préjugés haineux.

Qu’il soit systémique ou non, le racisme n’est évidemment pas un phénomène nouveau, et il est bien antérieur au mouvement souverainiste. Une manifestation semblable à celle de Shawinigan a eu lieu à Hamilton il y a deux mois et, à ce que l’on sache, l’Ontario n’a aucune envie de se séparer du Canada.

Il ne faut surtout pas généraliser à partir d’un incident, si choquant qu’il puisse être. En 2007, la publication du code de vie d’Hérouxville, qui prétendait interdire la lapidation des femmes et l’excision, avait fait le tour de la planète et avait donné des arguments à ceux qui ne demandaient pas mieux que de présenter le Québec comme un foyer d’intolérance et de xénophobie.

Quelques années plus tard, les journalistes se succédaient à Hérouxville, qui était alors présentée comme un modèle d’intégration harmonieuse des immigrants en région préfigurant le Québec de demain. Personne là-bas ne semblait avoir la nostalgie d’un « Québec blanc ».

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Cela fait des années que le discours dominant sur l’immigration la présente comme une source de problèmes. On lui a imputé la crise du logement, l’encombrement des urgences, des écoles et des garderies, la recrudescence de la violence…

Au Canada anglais, ce discours était considéré comme un mauvais procès qui témoignait plutôt du déplorable ethnocentrisme des Québécois (pour dire les choses poliment), jusqu’à ce qu’il constate à son tour que sa capacité d’accueil avait atteint un point de saturation.

Les sondages successifs arrivent toujours à la même conclusion : les Québécois ont beau être d’affreux chauvins, ils s’entêtent à se montrer les plus ouverts à l’immigration — ou plutôt les moins fermés, selon le point de vue.

Pour l’édition 2026 de la consultation annuelle Confédération de demain, la firme Environics a sondé l’hiver dernier près de 5696 Canadiens d’un océan à l’autre. Encore une fois, les résultats sont éloquents.

Question : « Dans l’ensemble, il y a trop d’immigration au Canada. D’accord ou en désaccord ? » En moyenne, 66 % des personnes interrogées se sont dit d’accord avec cette affirmation. De toutes les provinces, c’est au Québec que le chiffre était le plus bas (60 %).

Question : « Pensez-vous que l’immigration a un effet positif ou négatif sur l’économie de votre province ? » Au total, seuls 36 % estimaient qu’elle avait un effet positif. Au Québec, le chiffre était de 44 %, soit le plus élevé.

L’effet sur leur culture était le seul que les Québécois étaient les moins nombreux à juger positif : 27 %, par rapport à une moyenne générale de 32 %.

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On peut comprendre que, vu de Paris, appeler à plus de bienveillance envers les immigrants puisse être perçu comme de la mollesse ou de la naïveté.

Un sondage effectué par l’Institut CSA pour le compte de différents médias du groupe Bolloré, les 26 et 27 mai derniers, indiquait que 63 % des Français sont favorables à un moratoire sur l’immigration légale pour une période de trois ans. La polarisation sur cette question y est encore plus vive qu’au Québec : 73 % des électeurs de droite se disaient favorables à cette suspension, alors que 64 % des électeurs de gauche s’y opposaient.

En France aussi, le gouvernement estime que le pays est arrivé à la limite de sa capacité d’intégration.

Compte tenu de ce qu’aussi bien la Coalition avenir Québec que le Parti québécois disent de l’immigration depuis quelques années, il est remarquable que les Québécois continuent à montrer une plus grande ouverture aux immigrants que le reste du Canada. Comme s’ils mettaient ces propos sur le compte de la partisanerie plutôt que de la responsabilité.

Plusieurs ont mis en doute la validité de la consultation menée par les OUI Québec, mais cette inquiétude pour le vivre-ensemble qu’évoquait leur rapport soulignait simplement que le discours politique est en porte-à-faux avec ce que pense une grande partie de la population.

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