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Quels seront les impacts de l’implication des Houthis en Iran?

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Bien qu’ils soient soutenus par l’Iran et qu’ils soient géographiquement proches de la zone du conflit entre Washington et Téhéran, les rebelles houthis du Yémen s’étaient faits discrets alors que la région s’embrasait. La donne a toutefois changé lundi, quand ces derniers ont annoncé un blocus maritime « contre l’ennemi saoudien, selon le principe “œil pour œil”, avec effet immédiat ». Quelles en sont les possibles conséquences et pourquoi les Houtis agissent-ils maintenant ? Le Devoir fait le point.

Y aura-t-il des impacts économiques?

Il s’agit sans conteste d’une nouvelle source d’incertitude dans cette région du monde.

Les rebelles houthis contrôlent une grande partie du Yémen. Leur territoire se concentre à l’ouest du pays, à proximité de la frontière avec l’Arabie saoudite et des côtes de la mer Rouge. C’est là qu’ils menacent d’imposer un blocus, plus précisément dans le détroit de Bab el-Mandeb, qui relie la région à la mer d’Arabie (et à l’océan Indien) en passant par le golfe d’Aden.

Environ 4,2 millions de barils de pétrole transitent normalement par le détroit de Bab el-Mandeb chaque jour. Mais, nous ne sommes plus en temps normal, rappelle en entrevue Yvan Cliche, spécialiste en énergie au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal. Le blocus du détroit d’Ormuz voisin par l’Iran a en effet déjà fragilisé les infrastructures pétrolières mondiales, avec un impact particulier pour les producteurs de la région, notamment l’Arabie saoudite.

« Les Saoudiens, qui étaient bien conscients de l’instabilité politique qui régnait dans la région depuis des décennies avec les menaces iraniennes, avaient décidé de faire du détroit de Bab el-Mandeb une voie de contournement au détroit d’Ormuz », détaille M. Cliche. Depuis le début du conflit en Iran, des firmes d’analyses de données maritimes, comme Kpler, ont démontré que la mer Rouge était davantage utilisée pour le transport de pétrole.

Même sans action concrète des Houthis, l’incertitude créée par l’annonce d’un blocus pourrait avoir des impacts sur l’économie mondiale, comme une hausse du prix du pétrole, souligne Yvan Cliche. Une inflation généralisée est aussi envisageable en raison des nombreuses industries qui dépendent du pétrole pour assurer leur bon fonctionnement, dit-il.

« C’est la même histoire que pour le détroit d’Ormuz», résume le spécialiste en énergie. «Est-ce que les propriétaires de bateaux et les marins veulent prendre le risque de traverser ? Et à quel prix ? À quel point les assureurs vont-ils augmenter leurs primes ? Ce sont les mêmes problématiques, mais sur un nouveau front qu’il va falloir surveiller. »

Pourquoi les Houthis ont-ils rejoint le conflit ?

La semaine dernière, l’Arabie saoudite et les Houthis se sont échangé des tirs au Yémen, remettant en doute la mince trêve négociée en 2022 à la suite d’une longue guerre entre les deux camps. Préalablement à ces affrontements, les Houthis ont accusé l’Arabie saoudite d’avoir lancé des attaques sur l’aéroport de Sanaa (la capitale du Yémen sous contrôle des Houthis) en raison de la tentative d’atterrissage d’un avion iranien, ce qui défie le contrôle saoudien sur l’espace aérien yéménite.

Mais, pour Sami Aoun, directeur de l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord de la Chaire Raoul-Dandurand, ce n’est pas un hasard que les menaces des Houthis impliquent un blocus du détroit de Bab al-Mandab comme cela pourrait venir aider l’Iran.

« La stratégie iranienne a toujours eu un objectif, celui d’aggraver la crise économique mondiale et d’aggraver le coût de cette guerre en disant, selon leur propre équation : “si l’Iran souffre, tout le monde va souffrir avec” », explique le politologue.

À ses yeux, la récente reprise des hostilités, tant du côté américain que par le camp iranien, pourrait avoir influencé la décision de ces derniers d’utiliser à leur faveur « ce levier important » que représente un blocus de ce détroit devenu encore plus névralgique. « Les Iraniens sont coincés sous des frappes américaines de plus en plus sérieuses, ils voulaient montrer qu’ils sont toujours capables de répliquer et de se défendre. »

Bien que les Houthis aient été « calmes » depuis le début de la guerre en Iran et qu’ils « ne sont pas tous alignés inconditionnellement » sur ce pays, M. Aoun note qu’on « sait très bien que leur leadership est très pro-Iran au niveau idéologique », ce qui peut expliquer leur décision de s’impliquer.

Quelle sera l’influence sur le futur du conflit ?

Il est encore tôt pour déterminer qu’est-ce qui découlera de l’implication des Houthis, et même si elle va mener à des actions concrètes, mais Sami Aoun estime que cela pourrait revigorer de plus belle les tensions opposant le groupe rebelle au gouvernement yéménite et à l’Arabie saoudite.

Comme un blocus du détroit de Bab al-Mandab viendrait fragiliser l’économie mondiale, des acteurs, comme la Chine, des pays d’Europe ou les États-Unis, pourraient vouloir intervenir, ces derniers pouvant « êtres provoqués pour retourner aux frappes contre les Houthis », mentionne le politologue.

« D’ailleurs, les Houthis disent que le blocus est contre l’Arabie saoudite pour cacher que c’est un blocus contre l’économie internationale et pour peut-être désarmer ceux qui vont vouloir venir à la rescousse de ce blocus », souligne-t-il.

Pour Yvan Cliche, « tant que l’Iran va exercer un rôle de déstabilisateur dans la région, ça va rendre le fonctionnement du marché pétrolier à l’échelle mondiale beaucoup plus complexe ». « Actuellement, il y a des projets très sérieux pour contourner le détroit d’Ormuz, mais on le voit avec Bab al-Mandab : même si vous faites de nouveaux pipelines, ils vont probablement, pour la plupart, être quand même à portée d’atteinte de tirs iraniens », affirme le spécialiste en énergie.

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