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Produite par Éric Rochant, la série de la réalisatrice espagnole Isabel Coixet est une ode à l’amitié et au cinéma, et raconte la collocation parisienne de trois jeunes adultes attachants.
Passer la publicité Passer la publicitéLes créateurs de séries sont des spectateurs comme les autres. Père du Bureau des légendes, Éric Rochant est tombé en 2021 sur la saga espagnole Foodie Love (disponible sur arte.tv), portrait de deux trentenaires apprenant à se connaître au fil d’excursions gourmandes. Sous le charme de cette exploration sensuelle des sentiments, le showrunner contacte sa créatrice : la réalisatrice catalane Isabel Coixet (Un amor), figure du cinéma d’auteur espagnol. Il lui demande si elle a une idée de série se déroulant en France. La perche tombe à pic. Isabel Coixet est hantée par ses rêves de jeunesse, lorsque, étudiante à Paris, elle rêvait de se lancer dans le cinéma et de mettre en scène l’idylle manquée entre les chanteurs Françoise Hardy et Nick Drake, génie britannique de la folk disparu prématurément à 26 ans. C’est ainsi qu’est née la nouvelle comédie excentrique et douce-amère d’Arte Quelqu’un devrait interdire les dimanches après-midi, chronique de la colocation entre trois adolescents fantasques et à fleur de peau.
« Ce projet c’est une manière de réécrire ma vie, décrypte pour Le Figaro la cinéaste. J’ai passé ma dernière année d’études d’histoire en échange à la Sorbonne. Je rêvais de trouver ma communauté et de mener des discussions passionnées autour de longs-métrages obscurs et de cinéastes méconnus. Mais j’étais très seule et je travaillais comme femme de ménage dans les hôtels. » Isabel Coixet a glissé beaucoup d’elle-même (son amour du Japon, de la littérature) dans les obsessions de son trio.
L’art du sushi parfait
Louise (Liv Henneguier, Les Amandiers ) a quitté sa Limoges natale pour la capitale dans l’espoir de développer un scénario sur Hardy et Drake. Nelson (Théo Christine) s’escrime à maîtriser l’art du sushi parfait. Son amie d’enfance Charlie (Clara Bretheau), en révolte contre la terre entière, vivote de son boulot de serveuse. Elle serait furieuse si elle apprenait que Nelson entretient une liaison avec sa mère galeriste (formidable Jeanne Balibar). Chaque dimanche, le trio se réunit autour d’un film culte pour chasser la mélancolie de la fin du week-end et exorciser ses fêlures.
Construits comme une poupée russe de secrets et de surprises, ces huit épisodes arpentent le Paris des artistes, du 19e au 13e arrondissement, et dressent une ode enfiévrée aux pouvoirs de consolation du cinéma et de l’amitié. « Dans ma vie, cela a bien plus compté que l’amour », confie la Barcelonaise, qui a voulu une vision de la capitale à rebours du Paris enchanté et coloré d’Emily in Paris . Un choix assumé. Il y a longtemps, Isabel Coixet avait été contactée par Netflix pour filmer sa comédie glamour, mais elle avait décliné. Pour Arte, fidèle à son style, elle filme au pied levé, parfois en Super 8, superpose les images façon album de coupures de journaux. Elle tourne aussi quelques scènes du script de Louise, et la vision dans le métro d’une jeune Françoise Hardy, vêtue de sa robe Paco Rabanne, donne envie d’en voir plus.
Isabel Coixet espère que les spectateurs auront la curiosité de redécouvrir les longs-métrages programmés par son trio. Elle cite, en tout cas, comme influences majeures Julie (en 12 chapitres) de Joachim Trier, mais aussi le cinéaste oublié des années 1970 Guy Gilles : « Dans ses films, où les protagonistes brisaient le quatrième mur, il recourrait à des moments de silence, mélangeait la couleur, le noir et blanc. »
Quelqu’un devrait interdire les dimanches après-midi ne prétend pas être le reflet du quotidien de la génération Z, admet volontiers Isabel Coixet, qui y injecte également ses interrogations de mère. Reste que la série a de la sincérité et de la tendresse à revendre. À l’image du petit hérisson souffreteux que recueillent ses héros.


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