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Malgré les frappes des États-Unis en Iran dans la nuit de lundi à mardi, les deux belligérants pourraient parvenir à s’entendre prochainement sur un accord préliminaire. Une telle entente permettrait d’éviter une reprise complète des hostilités. Depuis que l’Iran a bloqué le détroit d’Ormuz, le pays s’est taillé une place de choix à la table des négociations. Décryptage avec deux experts.
Quel type d’entente est sur la table ?
Ce n’est pas un accord détaillé qui est actuellement négocié sous la médiation du Pakistan (avec le soutien de la Chine), mais plutôt une entente préliminaire — incluant une prolongation du cessez-le-feu — qui ouvrirait la porte à des discussions plus approfondies dans les prochaines semaines.
« Les Américains n’ont pas intérêt à ce que la guerre reprenne, souligne Jabeur Fathally, expert du Moyen-Orient à l’Université d’Ottawa. Il en est de même pour l’Iran. Il y a donc un point de rencontre qui est de mettre fin à cette guerre. »
Selon Patrick Clawson, expert du Moyen-Orient au Washington Institute, « il y aura encore des incidents [comme celui de la nuit de lundi à mardi], que chaque camp présentera comme étant de nature défensive ».
Dans le cadre des négociations, c’est surtout la réouverture du détroit d’Ormuz, bloqué par l’Iran depuis le début de la guerre, qui préoccupe les États-Unis. En échange d’une reprise du trafic maritime, les Iraniens tenteraient d’obtenir une levée de certaines sanctions économiques, notamment liées à l’exportation de leur pétrole et au gel d’avoirs.
Quelles concessions pourraient être faites ?
Les États-Unis semblent avoir accepté de repousser les négociations sur l’épineuse question du programme nucléaire iranien à plus tard. Selon Patrick Clawson, expert du Moyen-Orient au Washington Institute, les États-Unis auraient aussi assoupli, du moins temporairement, leur exigence de « zéro enrichissement » en Iran.
Dans le but de parvenir à un accord préliminaire, le régime des ayatollahs semble moins insistant sur les compensations qu’il réclame pour les dommages subis depuis le début de la guerre et sur la cessation des bombardements israéliens au Liban, ajoute M. Clawson.
Pour la libération des avoirs, l’Iran pourrait être prêt à accepter que seuls les 6 milliards de dollars américains provenant de la Corée du Sud soient débloqués dans un premier temps. « Les États-Unis avaient accepté de libérer ces fonds en 2023 après la libération de citoyens américains détenus par l’Iran, avant de les re-geler après les attaques du Hamas contre Israël. »
Les récents bombardements états-uniens risquent toutefois de « rigidifier les positions iraniennes », croit Jabeur Fathally.
Quand auront lieu les négociations sur le nucléaire ?
Un échéancier de 60 jours pourrait être fixé après la conclusion de l’accord préliminaire. Le président Trump voudra être en mesure de claironner à son électorat qu’il a empêché l’Iran de se doter de l’arme nucléaire.
Du côté iranien, « étant donné que les installations d’enrichissement iraniennes ont été endommagées ou détruites par les frappes aériennes américaines et israéliennes, le pays pourrait facilement accepter un moratoire sur l’enrichissement d’uranium », croit Patrick Clawson.
Une solution devra aussi être trouvée pour le stock d’uranium enrichi qui se trouve en Iran. Le pays détenait 440 kg d’uranium enrichi à 60 % en 2025 (à 90 %, une arme atomique peut être fabriquée). « Sous l’accord d’Obama [en 2015], l’Iran avait accepté de donner [son uranium enrichi] en dépôt à la Russie. Peut-être cette fois-ci, ça pourrait être chez les Chinois ou les Pakistanais, qui agissent comme médiateurs dans ces négociations », mentionne Jabeur Fathally.
L’entente conclue pourrait-elle être moins avantageuse que celle négociée par Obama ?
L’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien, conclu en 2015, était un plan détaillé et technique, répond M. Fathally. « Il a assuré un contrôle drastique sur le programme nucléaire iranien. Aucun autre programme nucléaire dans le monde n’a été soumis à ce type de contrôle. »
Plusieurs puissances mondiales étaient signataires de l’accord, et non seulement les États-Unis. « Il avait une solidité. »
Or, depuis que le président Trump a déchiré l’entente en 2018, les inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique ont progressivement diminué. « Il existe d’importantes lacunes dans ce que nous savons », mentionne Patrick Clawson.
Jabeur Fathally croit qu’un enjeu de transparence pourrait surgir dans les prochains mois. « Les Iraniens ne vont pas montrer toutes leurs cartes. […] Ils vont accepter certaines formes de contrôle, mais ils seront plus rigides pour donner l’accessibilité totale aux vérificateurs. »
L’Iran a-t-il gagné en puissance depuis le début de la guerre ?
Certainement, répond M. Fathally. Bien que l’Iran ait subi des coups durs depuis la fin février (assassinats de ses leaders, destructions des capacités militaires et d’infrastructures), le pays a mis la main sur le détroit d’Ormuz, asphyxiant une partie de l’économie mondiale.
« Cette guerre a donné une légitimité à ce contrôle. Auparavant, les Iraniens étaient timides, ils voulaient contrôler le détroit, mais ils n’avaient pas de prétexte », souligne le professeur.
L’emprise de l’Iran sur cette voie maritime — en possible violation du droit international — place le pays dans une position avantageuse à la table des négociations. « La guerre a donné ce gain aux Iraniens. »
Patrick Clawson souligne néanmoins que l’Iran continue d’être englué dans une sévère crise économique. « Tous les problèmes qui avaient conduit aux manifestations de janvier — coupures d’électricité, pénuries de gaz naturel, menaces de manque d’eau à Téhéran — se sont encore aggravés. »
Des millions d’Iraniens ont perdu leur emploi depuis le début de la guerre et les bombardements ont causé des dommages évalués à des centaines de milliards de dollars. « La situation d’après-guerre sera très difficile. »


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