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Des militants de Québec solidaire (QS) ont reproché à leur parti de s’« embourber vers le centre », cette fin de semaine, lors d’un congrès préélectoral au cours duquel une proposition visant à taxer davantage le 1 % le plus riche de la société a été rejetée de peu.
Les porte-parole de la formation politique de gauche ont plutôt dit avoir adopté des positions « ambitieuses », mais « crédibles ». « On est à l’écoute de la population », a lancé Ruba Ghazal dimanche.
Pendant deux jours ce week-end, quelque 300 délégués de Québec solidaire ont voté sur diverses propositions afin de rédiger la plateforme électorale solidaire en vue de l’élection d’octobre.
Sept thèmes étaient à l’étude : « coût de la vie et redistribution de la richesse », « logement et habitation », « environnement, transition socioécologique et transports », « santé et services sociaux », « éducation », « indépendance inclusive, féminisme, vivre-ensemble et amour du Québec », ainsi que « démocratie et droit du travail ».
Le parti avait inscrit au sommet de son agenda de la fin de semaine une mesure visant la mise sur pied d’épiceries publiques à but non lucratif, mais ce sont ses propositions en fiscalité qui ont créé le plus de déchirements chez les militants.
Taxe sur les « ultrariches »
L’un des votes les plus serrés des deux journées de congrès a porté sur l’instauration d’une « taxe progressive sur les grandes fortunes ».
Les deux porte-parole de QS misaient sur une taxe supplémentaire visant les 4000 ménages québécois dont les avoirs dépassent 25 millions de dollars (environ le 0,1 % le plus riche).
Des délégués ont toutefois plaidé pour ratisser plus large, en rabaissant le seuil à 5 millions, couvrant essentiellement le « 1 % le plus riche » de la société québécoise.
« C’est sûr qu’on va rencontrer un vent de face », a admis le militant André David, qui souhaitait voir la deuxième option l’emporter. « Mais ça ne devrait pas nous empêcher de nous tenir debout. »
Après des débats corsés, 130 délégués ont appuyé la proposition à 25 millions de dollars, contre 108 pour la seconde. La porte-parole solidaire Ruba Ghazal a estimé qu’« aller chercher l’argent de poche des multimillionnaires » aiderait à financer « des mesures qui vont vraiment améliorer le quotidien des Québécois ».
Recentrage ?
Dimanche, les membres de la formation politique ont refusé d’inscrire dans leur plateforme électorale une promesse de construire 100 000 logements sociaux et communautaires dans un premier mandat. Ils se sont plutôt arrêtés à 50 000.
Une motion visant à « nationaliser ou à socialiser le parc immobilier résidentiel détenu par des capitaux étrangers » a été confiée à une instance du parti pour être étudiée. Elle ne se retrouvera donc pas dans la plateforme d’octobre.
Sur le plan environnemental, les délégués ont voté en faveur d’une cible de réduction des gaz à effet de serre de 37,5 % en 2030 — et « idéalement » de 45 % — par rapport aux niveaux de 1990.
Cet objectif est calqué sur l’avis du Comité consultatif sur les changements climatiques, mais moins radical que celui défendu au scrutin de 2022. Québec solidaire détenait alors la cible de réduction des émissions polluantes la plus ambitieuse, à 55 % de moins en 2030.
Au micro de la salle de plénière, le délégué Francis Breton a fait part de sa « déception avec le congrès ». « Il y a 20 ans, on était […] en train de rêver à un parti politique différent, à gauche, bien entendu », a-t-il lancé, se remémorant la fondation de Québec solidaire, en 2006.
« Je vois qu’on s’embourbe un petit peu vers le centre. Puis il y a beaucoup de déception de ma part », a-t-il ajouté. « Il ne faut pas avoir peur d’avoir peur et il faut rêver d’avoir de l’audace. »
La proposition qu’il défendait, visant à créer « une assurance publique et universelle couvrant l’ensemble des soins oculaires et auditifs essentiels », a été rejetée par les membres.
QS « évolue »
Pour la porte-parole solidaire Ruba Ghazal, les « convictions » profondes du parti sont toujours les mêmes, 20 ans après sa création.
« Après ça, est-ce qu’on a évolué avec la société ? Bien sûr, c’est normal », a-t-elle dit en conférence de presse, dimanche, décrivant les 20 000 membres solidaires comme un ensemble de « pragmatiques idéalistes ». « On a toutes sortes de [membres] qui ont toutes sortes de façons de voir, la gauche, où elle devrait aller. »
Invité dans le cadre du 20e anniversaire de Québec solidaire, l’ex-porte-parole Amir Khadir, connu pour ses prises de position assommées à gauche, n’a pas voulu condamner l’utilisation d’une guillotine contre une marionnette représentant le ministre Jean Boulet lors d’une manifestation au début du mois. QS avait pourtant dénoncé cet acte simulé la semaine dernière.
« Il y a cette espèce de petit symbole […] mais, vraiment, toute la gauche est contre la peine de mort depuis 50 ans », a-t-il argumenté.
S’adressant à ses successeurs, il les a invités à être « combatifs tout en étant très sages ». « Actuellement, je vois une bonne combinaison des deux. »


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