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Pourquoi l’espagnol ? Pour vous proposer une comparaison. Alors que notre société s’engouffre dans l’hiver et subit une noirceur ayant culminé au solstice, la lumière semble manquer non seulement pour éclairer les actions quotidiennes, mais pour guider la société. Les conflits s’accumulent et s’enveniment. Les appels aux droits individuels occultent des obligations collectives. Les statistiques et les rapports montrent des reculs ou des déclassements de nos institutions. Les dirigeants sont de plus en plus contestés et les consensus semblent relégués aux oubliettes, chassés des objectifs de gouvernance.
Quand on se compare, est-ce qu’on se console toujours ? J’ai eu l’occasion depuis 30 ans de faire un certain nombre de séjours en Espagne et d’y constater des changements notables. En 1992, le pays n’offrait que de rares guichets automatiques, bien que l’argent liquide fût requis presque partout. Les corridas faisaient partie des fêtes des récoltes d’automne dans la plupart des villes et agglomérations. Peu de gens parlaient une langue autre que l’espagnol. Comme cela a changé… J’oserai même dire « évolué » !
Alors, comment répondre à ¿Qué tal estàs ? L’Espagne sortait il y a 50 ans de près de 40 ans de dictature, de répression, de déni de droits démocratiques et individuels. En cinq décennies, ce pays axé sur le conservatisme, la répression et la religion intégrée aux objectifs de l’État a su se réformer. Pas sans heurts, mais avec une vision qui demeure unifiée contre le passé franquiste.
L’Espagne, sortant à peine de l’obscurantisme, a été le troisième pays au monde à légaliser en 2005 le mariage des personnes de même sexe et leur droit à l’adoption. Moins de 15 ans après la fin de la dictature, le premier TGV était inauguré et l’Espagne profite maintenant de plus de 4000 km de voies rapides. La vitalité du pays ne vient pas de sa jeunesse, puisque la société espagnole est plus vieille que la nôtre. L’immigration y est reconnue comme la voie pour assurer le maintien de l’activité économique, et l’Espagne régularisera d’ici trois ans le statut d’un million de résidents irréguliers. L’économie, mais aussi la culture et le sport profitent d’un élan, d’un désir d’aller plus loin sans pour autant penser que cela dénature le pays.
La monarchie, contestée là aussi, a orchestré la sortie de la dictature et s’évertue à proposer la stabilité plutôt que le passé colonial et dictatorial. L’art espagnol connu pour ses Picasso et Miró, symboles de la résistance à Franco, se renouvelle aussi et irradie dans le monde en art visuel et en musique. Nadal et Alcaraz portent aussi l’image d’une Espagne dominante et qui n’a pas peur de la compétition.
En matière sociale, l’aide médicale à mourir a été légalisée en Espagne en 2021. Par contre, le suicide assisté était déjà dépénalisé en 1995. L’avortement aussi a été décriminalisé en 1985, mais demeure lié à des restrictions qui ne s’appliquent plus au Canada.
L’Espagne a eu droit à des épisodes de terrorisme, surtout menés par l’organisation séparatiste basque ETA (Euskadi Ta Askatasuna). Ceci est maintenant résorbé en des revendications portées par des partis politiques. Certes, la question de la Catalogne irrite encore, mais Barcelone n’en ressort pas moins comme un haut lieu de design, de tourisme, de vitalité économique.
Pensons-y. Alors que nous avons eu une Révolution tranquille, 60 ans plus tard, nous nageons et nous nous noyons dans une réglementation mal tissée qui freine l’essor nécessaire pour émerger, respirer, flotter sur les acquis et l’innovation que représente l’intelligence artificielle (IA), par exemple. Je ne propose pas ici qu’il faille emprunter une activité de droite contre la réglementation, mais de la coordonner et de la rendre cohérente pour proposer et implanter des projets économiques, écologiques, sociaux et culturels.
Est-ce que l’on se conforte ou l’on se cache derrière une stagnation de normes que plusieurs veulent immuables ? Les normes portent une valeur, celle d’instaurer une atmosphère de respect. Par contre, ce respect ne doit pas simplement statuer sur les droits des uns aux dépens des demandes des autres. On devrait embrasser l’occasion de revoir notre façon de faire les choses, que ce soit en santé, en éducation, en environnement, en économie. Et pour ce faire, il faut des dirigeants qui inspirent la confiance, qui acceptent et pratiquent la transparence et la collaboration, même si cela peut être associé à une perte de pouvoir. L’idée de mener une nation vers une société plus harmonieuse et unifiée est une position préférable à l’exercice du pouvoir par des lois et des décrets.
En Espagne, la médecine a connu un développement marqué depuis 30 ans. Les équipes de recherche y sont en progression et font partie des grands acteurs mondiaux. À titre d’exemple, le Centre national de recherches oncologiques bénéficie de ressources plus comparables à celles de son équivalent aux États-Unis qu’au Canada et au Québec, qui ont laissé le leadership aux voisins du Sud, en ne s’investissant pas dans une vision d’innovation médicale. L’Espagne a centralisé toutes les procédures pour entreprendre des essais cliniques sur le cancer, en faisant un lieu de choix pour rapidement lancer des études sur des médicaments prometteurs. Nous sommes à des lieues de ceci chez nous.
La capacité à s’analyser, à s’investiguer, à recevoir des conclusions provocatrices, à accepter de revoir comment on traite, comment on s’exprime, comment on vit individuellement et collectivement sont autant d’indices de notre réel désir d’évoluer, d’accepter de nouvelles normes, de se préparer à faire tomber des barrières et des standards que le passage du temps ne peut plus justifier.
Pourquoi les enfants de la Révolution tranquille semblent-ils si peu enclins à brasser certaines conventions dans le respect des valeurs de chacun, mais avec le désir de créer de nouvelles façons de contribuer à l’évolution des mentalités et des pratiques ? La Révolution tranquille, si elle fait encore partie du vocable politique, devrait devenir un peu plus tapageuse, plus entendue, plus démonstrative de l’obligation de répondre à une situation devenue inconfortable.
Gustave Le Bon, médecin, a écrit : « Ce n’est pas d’une révolution, mais d’une transformation profonde des idées que résultent les réformes durables ». Je nous souhaite d’oser le discours et les conversations honnêtes pour retrouver le goût de faire des choses et de s’adapter, à l’instar d’autres sociétés, comme l’Espagne, qui n’est pas parfaite et compose avec son lot d’écueils, mais qui a su trouver sa voie à elle pour se renouveler et s’inscrire dans l’ordre mondial.
¿ Qué tal estás ? J’espère, et surtout, je veux que ça aille mieux !


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