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«Que reste-t-il de nos États-Unis?» : le déclin du rêve américain

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Enfant, le journaliste québécois Michel Labrecque rêvait d’être américain. Mais, depuis 2024, il ne met plus les pieds aux États-Unis. Son dernier livre, Que reste-t-il de nos États-Unis ?, l’accompagne dans 60 ans de relations avec notre voisin américain, d’abord en vacances, comme enfant, puis comme reporter pour Radio-Canada à Windsor, ville voisine de Detroit, puis comme envoyé spécial pour diverses émissions d’affaires publiques à la radio de Radio-Canada.

« Quand j’allais en vacances aux États-Unis, il y avait cette espèce d’idéalisation. Je parle du bonheur d’être sur une plage, de manger de la pizza qui était difficile à trouver à l’époque à Québec. Mais, en arrière-fond, il y avait les plages finalement assez polluées. Il y avait aussi la discrimination raciale », dit Michel Labrecque en entrevue dans un café montréalais.

Cette discrimination raciale, il en a été témoin pour la première fois en 1967. Il accompagnait son père pour une partie de baseball majeur à Detroit quand les violentes émeutes raciales ont explosé.

« Si on avait été attaqués, je serais peut-être devenu moi aussi raciste, dit-il aujourd’hui. Des fois, ça tient à pas grand-chose. Mais, moi, j’ai été choqué par ça. J’étais profondément choqué, même si j’habitais un quartier presque complètement blanc dans ma banlieue de Québec », dit-il aujourd’hui.

Des années plus tard, ce sera la découverte de la contre-culture californienne, entre autres lorsqu’il participe à un congrès sur les médias communautaires à Seattle.

« Quand, jeune adulte, je suis allé pour la première fois en Californie, c’était un voyage un peu utopique. » Les États-Unis qu’il découvre alors défendent les droits civiques, sont pro-gais. Aveuglé, il perçoit mal, à cette époque, la fracture sociale, politique, économique qui divise aujourd’hui les États-Unis.

Le Far West

En effet, derrière ce vernis, il y avait le Far West, le royaume des self-made-men, qui dominent depuis l’ascension de Donald Trump au pouvoir. « Les deux trucs qui m’ont le plus troublé du retour de Trump au pouvoir, c’est d’abord le recul climatique parce que, là, on est à rebrousse-temps, on retourne des années en arrière, et l’alliance des oligarques de la tech avec Trump », dit-il.

Des États-Unis qui se sont dévoilés au monde au cours des dernières années, Michel Labrecque a regroupé les sept péchés capitaux : l’argent, les prisons, la religion, la polarisation, le sport, les armes à feu et la drogue.

Mais celui qui surpasse l’ensemble et « décide de tout le reste », c’est l’argent, la valeur absolue américaine.

« Le plus important, c’est l’argent, parce que tout le reste gravite autour de l’argent », dit-il. « Il y a aux États-Unis un appât du gain qui est insatiable. » Cette valeur absolue américaine peut racheter les pires excès. Les Américains sont « drogués » à l’argent, écrit-il. « Dans ce contexte, ceux et celles qui ne s’enrichissent pas finissent par se convaincre qu’ils sont responsables de leur malheur. » Il précise d’ailleurs que les Américains pauvres sont les plus pauvres des pays occidentaux, parce qu’ils n’ont pas accès, par exemple, à une assurance maladie universelle. « C’est-à-dire qu’ils ont le plus petit filet social. Quand on est dans la pauvreté aux États-Unis, on devient vraiment pauvre. L’assurance chômage, ça dure très peu de temps. »

Reste qu’au fil de ses reportages, Michel Labrecque a rencontré des Américains de toute la gamme du spectre politique, du plus à gauche au plus à droite.

Un Texas à surveiller

Et il tire de ses incursions en sol américain des conclusions parfois étonnantes. Pour lui, par exemple, l’État du Texas est absolument représentatif de l’avenir des États-Unis. « Le Texas va devenir un État où les Blancs, les Caucasiens, vont être minoritaires par rapport aux Latinos, aux Noirs et aux Asiatiques. Et même si, en ce moment, évidemment, l’État est dirigé par un gouvernement que je qualifierais d’extrême droite, avec son gouverneur, Greg Abbott, la plupart des grandes villes du Texas sont devenues démocrates ». Dans ce même Texas, on constate d’ailleurs un boum de l’industrie des énergies solaire et éolienne.

Mais il constate aussi une très grande désaffection des Américains pour la chose politique. « Je raconte une anecdote qui illustre que Hillary Clinton a perdu la Floride en 2016 parce qu’un paquet de gens ne sont pas allés voter car ils étaient sûrs qu’elle gagnerait », dit-il.

Au fil des pages, en croisant tous ces gens qu’il a rencontrés, on comprend que la réalité politique américaine est plus complexe qu’il n’y paraît. Lui-même reste, en fin de parcours, avec une interrogation : « Finalement, la majorité américaine, c’est qui ? »

Mais quand on lui demande ce qu’il reste de ses États-Unis, il répond sans hésiter « la culture ». Il a d’ailleurs placé en exergue de chaque tête de chapitre une chanson américaine qui donne le ton.

« J’ai créé une playlist qui s’appelle Que reste-t-il de nos États-Unis ? sur Spotify », dit-il.

Le premier chapitre s’ouvre avec California Dreamin’, de The Mamas and the Papas, et le dernier avec Only the Young, de Taylor Swift.

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