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Que pensent les experts du virage nucléaire de la Saskatchewan?

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La Saskatchewan veut faire du nucléaire un pilier de son réseau électrique au cours des prochaines décennies. Ce virage soulève des questions sur les coûts, l’approvisionnement en eau et l’emplacement des futures installations.

Le premier ministre Scott Moe a annoncé mardi dernier un plan visant à explorer la construction de deux grands réacteurs nucléaires dans le nord-ouest de la Saskatchewan.

Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, devant un pupitre pour faire une annonce lors d'une conférence de presse organisée à l'Université de la Saskatchewan, à Saskatoon, en Saskatchewan, le 29 septembre 2026.

Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a présenté le nouveau plan provincial intitulé « Assurer la sécurité énergétique grâce à l'énergie nucléaire » lors d'une conférence de presse organisée à l'Université de la Saskatchewan.

Photo : Radio-Canada / Trevor Bothorel

Le premier pourrait entrer en service d’ici 2042, et le deuxième, d’ici 2050. À long terme, le gouvernement vise une capacité de production nucléaire d’au moins 2600 mégawatts (MW).

La province entend poursuivre parallèlement le développement de petits réacteurs modulaires (PRM).

SaskPower a retenu le secteur du barrage Rafferty, à l’ouest d’Estevan, pour mener des études plus approfondies en vue d’un éventuel déploiement. Le premier PRM de la Saskatchewan pourrait entrer en service au milieu des années 2030.

Le gouvernement vise une capacité d’au moins 600 MW provenant de cette technologie. Mais qu'en pensent les experts ?

Une source d’électricité plus « propre »

Greg Poelzer, professeur à l’École de l’environnement et du développement durable de l’Université de la Saskatchewan, affirme que l’un des principaux avantages du nucléaire est sa faible contribution directe aux changements climatiques.

La centrale nucléaire James A. FitzPatrick sur les rives du lac Ontario à Scriba, dans l'État de New York, le 8 septembre 2025.

Les centrales nucléaires ont besoin d’importantes quantités d’eau pour leur refroidissement. (Photo d'archives)

Photo : Associated Press / Ted Shaffrey

La production d’électricité à partir de combustibles fossiles peut libérer du dioxyde de carbone ou du méthane dans l’atmosphère, deux gaz qui contribuent au réchauffement climatique.

L’énergie nucléaire elle-même est considérée comme une énergie propre parce qu’elle ne produit pas les émissions de CO2 associées au charbon ou au gaz naturel, explique le professeur.

La nouvelle capacité de production ne servirait toutefois pas seulement aux ménages.

Selon Greg Poelzer, la Saskatchewan se distingue par l’importance de la consommation industrielle dans sa demande d’électricité.

Environ un tiers de l’électricité est destinée aux ménages, et près des deux tiers, à la production industrielle.

Le développement de nouvelles centrales nucléaires nécessitera des investissements considérables. Greg Poelzer souligne qu’une partie de ces coûts devra, à long terme, être assumée par les consommateurs.

Les contribuables au réseau, qu’ils soient industriels, commerciaux ou résidentiels, paieront l’électricité qui sera produite, explique-t-il.

En misant sur le nucléaire, la Saskatchewan suit une tendance déjà bien établie ailleurs. La France et les États-Unis figurent depuis longtemps parmi les pays ayant intégré cette source d’énergie à grande échelle dans leurs réseaux électriques.

Au Canada, un premier projet de petit réacteur modulaire est déjà en développement à Darlington, en Ontario.

Des inquiétudes sur l’endettement

Les ambitions nucléaires de la province ne font pas l’unanimité.

Bob Halliday, membre du conseil d’administration de la Saskatchewan Environmental Society et ancien directeur du Centre national de recherche en hydrologie du Canada, s’inquiète notamment de leurs coûts.

Ces projets pourraient ajouter 40 milliards de dollars à la dette ou entraîner des hausses très importantes des tarifs d’électricité, estime-t-il.

En juin, la dette totale de SaskPower s’élevait à 11,5 milliards de dollars.

Je suis donc très sceptique quant au calendrier et au coût de ces nouveaux projets, ajoute Bob Halliday.

La question de l’eau pourrait également devenir un enjeu important dans le choix des futurs sites.

Les centrales nucléaires ont besoin de grandes quantités d’eau pour refroidir leurs installations. Ce refroidissement peut notamment être effectué à l’aide de tours ou d’un système dans lequel l’eau est prélevée, circule dans les installations, puis est retournée dans son milieu d’origine.

Bob Halliday dit qu’un prélèvement important pourrait avoir des conséquences sur les cours d’eau.

Il s’agit de quantités énormes d’eau, et on ne peut pas retirer autant d’eau d’un cours d’eau sans conséquences, affirme-t-il, en ajoutant qu'il s’inquiète aussi de la disponibilité de cette ressource pendant les périodes de sécheresse.

L’emplacement des réacteurs reste à déterminer

Le gouvernement n’a pas encore précisé où seraient construits les deux grands réacteurs.

Scott Moe a toutefois déjà évoqué la possibilité de sites situés le long de la rivière Saskatchewan Nord.

Prince Albert et la rivière Saskatchewan Nord en été.

La rivière Saskatchewan Nord, cours d'eau majeur de l'Ouest canadien, s'étend sur 1220 km des Rocheuses jusqu'au centre de la Saskatchewan. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Trevor A Bothorel

Greg Poelzer souligne que d’autres sources d’énergie pourraient aussi être développées dans le nord de la province, dont l’hydroélectricité, mais que ces options comportent elles aussi des obstacles potentiels.

Nous avons d’excellentes ressources hydroélectriques dans le nord qui pourraient produire beaucoup plus d’électricité, mais elles ne sont peut-être pas accessibles politiquement, explique-t-il.

Selon lui, de nouveaux projets hydroélectriques pourraient notamment entraîner l’inondation de territoires traditionnels autochtones utilisés pour la chasse et la pêche.

Avec les informations de Leisha Grebinski et Halyna Mihalik

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