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Que faire si vous trouvez un crâne de morse? L’énigme de la rivière Matane

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« On n'a jamais vu ça. Personne n'a jamais trouvé ça dans la rivière! », lance Martin Mercier, un crâne de morse entre les mains. La trouvaille, aux défenses encore intactes, pèse son poids en os et en mystères.

Pourtant, si le riverain de Saint-René-de-Matane est habitué à voir des animaux s’abreuver au bord de la rivière, il n’aurait jamais pensé qu’un morse y laisserait sa trace.

Gros plan sur l'intérieur d'un crâne de morse, avec les défenses intactes et les dents encore présentes, dans les mains d'un homme au bord de la rivière Matane.

Il avait été suggéré à Martin Mercier qu’il s’agissait d’un crâne de chèvre. «On n’était pas tout à fait d’accord avec ça», admet-il.

Photo : Radio-Canada / Myriam Ouellette

Sa nièce, Maya Bouffard, en a fait la découverte quatre ans plus tôt, un après-midi de baignade. Je me promenais, puis j'ai vu un morceau de sa défense dépasser du sable, raconte-t-elle.

Ma sœur n’arrêtait pas de me dire : "c'est un morceau de bois", mais moi, je ne croyais pas ça, alors on l’a sorti de là!

Ce souvenir, digne d'Indiana Jones, n’a jamais quitté l’esprit de la jeune fille. Le fait de creuser pour sortir un os, j’ai aimé ça, décrit-elle.

C’était vraiment lourd!, se souvient Maya. Elle avait tiré de ses deux mains le crâne par les défenses afin de le déterrer. Il était vraiment dégoûtant, plein de vers, d’algues.

Une adolescente regarde l'objectif en souriant à côté de son oncle, qui tient un crâne de morse entre ses mains, au bord de la rivière Matane.

Maya Bouffard réside à Matane, tandis que son oncle, Martin Mercier, est le propriétaire du terrain de Saint-René-de-Matane, où le crâne a été découvert.

Photo : Radio-Canada / Myriam Ouellette

La découverte était trop intrigante pour la famille. Après un premier contact avec la ZEC de la rivière Matane, Martin Mercier s’est tourné vers Lyne Morissette, biologiste marine.

M. Mercier m'a appelé parce qu'il ne savait pas trop quoi faire avec ça, confirme la scientifique. Je me suis dit : "on va vous accompagner, on va faire la bonne démarche pour s'assurer que tout soit fait dans les règles de l'art".

Une femme souriante aux cheveux bouclés regarde l'objectif, sur une plage à marée basse, à Saint-Fabien.

La biologiste Lyne Morissette est basée au Bas-Saint-Laurent, et mène tous types de projets, comme du mentorat en robotique.

Photo : Radio-Canada / Myriam Ouellette

Un guide de bonne conduite

Mais que faire d’un crâne de morse? Quels sont les bons réflexes à adopter lorsqu’on découvre un artéfact ou un écofact?

La réponse se trouve au bord du Saint-Laurent, à 300 km au sud de la rivière Matane, à L’Islet-sur-Mer.

Il ne faut pas y toucher!, répond spontanément Anaïs Lapierre, âgée de 13 ans. Toutes les spécialistes qu'on a vues, c'est la première chose qu'elles nous ont dite.

Huit élèves regardent la caméra en groupe, autour de leur kiosque sur l'enquête d'un crâne de morse.

L’équipe des Pionniers, de l’école secondaire Bon Pasteur. De gauche à droite : Frédéric Vaillancourt, Isaac Dupont, Xavier Gagnon, Olivier Labrie, Zoé Lapierre, Anaïs Lapierre, Clément Pelletier, et Julien Bois.

Photo : Radio-Canada / Myriam Ouellette

Au quatrième étage de l’école secondaire Bon Pasteur, huit élèves s'agitent dans la pièce de robotique.

Il ne faut pas déplacer l’artéfact, prendre plusieurs photos pour le présenter aux professionnels et prendre les coordonnées, explique à son tour, Olivier Labrie.

L’équipe des Pionniers se prépare pour la compétition provinciale LEGO FIRST, qui se tient quelques jours plus tard, à Laval.

Un robot en légo est sur une table de jeu au premier plan, deux élèves rient en arrière.

Le robot conçu par les Pionniers a été baptisé Maurice, comme le morse dans La Pat’Patrouille. Il doit accomplir certaines missions liées à l'archéologie sur un plateau de jeu.

Photo : Radio-Canada / Alice Jacottin

Si l’invention des élèves, le robot Maurice, est au centre du concours, un volet de présentation scientifique l’accompagne, sous le thème Déterré.

En s’inspirant de l’histoire de M. Mercier et de Maya, l’équipe a consacré plusieurs semaines à la production d’un signet composé d’une liste de conseils et de ressources numériques à compulser, lors d'une trouvaille.

Pour ce faire, les jeunes ont consulté plusieurs expertes : chercheuse en radiochronologie, paléobiologiste, historienne et présidente d'institutions muséales.

Même nous, on a eu de la difficulté à trouver ce qu'on devait faire!, déplore Anaïs Lapierre.

C'est surtout pour donner un peu d'information, pour guider les personnes qui trouvent des artéfacts. Ça nous fait vraiment plaisir d'aider du monde, c’est notre but.

Un papier rectangulaire dans l'herbe qui indique des conseils comme «ne pas toucher ni déplacer l'artéfact».

Le signet propose cinq conseils ainsi que des codes QR vers le formulaire de déclaration du ministère de la Culture et de différents musées.

Photo : Radio-Canada / Alice Jacottin

Par courriel, le ministère de la Culture et des Communications (MCC) a réagi au signet des Pionniers en indiquant que les informations contenues dessus étaient exactes.

Le Ministère précise qu’il est obligatoire de déclarer la découverte d’un bien ou d'un site archéologique, à l’aide de ce formulaire (nouvelle fenêtre). Après analyse, il déterminera la nature archéologique ou non de la trouvaille afin de la répertorier et de la protéger.

Par ailleurs, il ne faut pas chercher à fouiller l'endroit davantage : seuls les professionnels détenant un permis de recherche archéologique délivré par le ministre sont autorisés à intervenir sur des sites et à y mener des fouilles.

Toutefois, si l’objet a été trouvé sur une propriété privée, il appartient au propriétaire du terrain. Donc, les réflexes de monsieur Mercier ont été les bons, conclut Lyne Morissette.

Un crâne de morse usé trône sur un kiosque avec au premier plan un morse imprimé porte-clé.

Le crâne sur le kiosque des élèves a pour sa part été retrouvé aux Îles-de-la-Madeleine et a été prêté à l'équipe par la biologiste Lyne Morissette.

Photo : Radio-Canada / Alice Jacottin

Et l’âge du crâne, alors?

Le projet du club de robotique de l’école Bon-Pasteur a permis d’envoyer le crâne de la rivière Matane en datation à l'Université Laval.

Julien Bois, 13 ans, sort une pancarte avec une courbe et la pose sur ses genoux. Il explique, sereinement : Quand l'être meurt, la dose de carbone 14 descend tranquillement pas vite.

Cette technique de datation permet de déterminer l'âge d'objets datant de moins de 50 000 ans. Rares sont les élèves de secondaire qui l'étudient, constatent les Pionniers.

Selon le pourcentage de carbone 14, avec cette courbe, on est capable de savoir [environ] en quelle année l’animal est mort!

Un gros plan sur une défense de crâne de morse, au bord de la rivière Matane, on y voit des lignes.

En l’espace de quelques mois, les jeunes en ont appris beaucoup sur l’archéologie, comme la datation au carbone 14.

Photo : Radio-Canada / Myriam Ouellette

Pour l'origine de ce crâne de morse, deux hypothèses s'affrontent.

La première option, c'est que ce crâne, s'il est très très vieux, date probablement de la mer de Goldthwait, lorsque le fleuve remontait beaucoup plus loin dans les terres... On parle de 10 000 ans à peu près, propose Lyne Morissette, également mentore des Pionniers.

L'autre hypothèse c'est qu’il est un peu plus récent et qu'il est probablement l'objet d'une chasse qui a eu lieu sur le Saint-Laurent tel qu'on le connaît aujourd'hui, mais par quelqu'un qui a remonté le bord de la rivière Matane, ajoute-t-elle.

Mais même ça, ça peut être quand même assez vieux parce que les derniers morses qui ont été aperçus dans le Saint-Laurent, c'est à la fin des années 1700.

Un gros plansur l'intérieur du crâne de morse avec les défense et les dents encore intactes.

«Il était dans le sable et l’eau douce. Ça se pourrait qu'il soit moins magané que dans l'eau salée», suppose Martin Mercier. «Mais on aura la vraie histoire lorsqu’on aura la datation.»

Photo : Radio-Canada / Myriam Ouellette

Avec la datation, on va être capable de savoir laquelle des deux hypothèses serait la plus juste, affirme fièrement l’élève, Zoé Lapierre.

Ça nous fait sentir importants parce qu’on sait qu’on apporte des nouveautés dans la communauté, pis que ça va probablement avoir un impact sur des découvertes futures.

Un banc de sable sous l'eau, sur une rive de la rivière Matane.

C'est dans ce banc de sable que les nièces de Martin Mercier ont déterré un crâne de morse, il y a quatre ans.

Photo : Radio-Canada / Myriam Ouellette

De l’inspiration pour demain

Isabelle Gamache enseigne les mathématiques et supervise les équipes de robotique depuis une dizaine d'années. À nouveau, ses élèves l'émerveillent.

En arrière de tout ce projet, il y a vraiment beaucoup d'heures de travail, confie-t-elle.

Une femme avec des lunettes et des cheveux bouclés regarde l'objectif en souriant, elle pose devant le kiosque des Pionniers.

L'enseignante et superviseure des Pionniers, Isabelle Gamache, n'aurait jamais pensé que le projet prendrait cette ampleur en début d'année scolaire.

Photo : Radio-Canada / Myriam Ouellette

Ils ont eu des défis personnels à relever, des défis d'équipe et je suis vraiment fière d’où on est rendu.

Je ne m'attendais pas à voir un crâne de morse dans ma vie, surtout pas en secondaire un, en robotique!, s’amuse Anaïs Lapierre.

Autour d'un kiosque bien rempli sur les artéfacts, cinq adolescents sourient à l'objecitf, accompagnés de leur enseignante.

Samedi, l'équipe des Pionners a remporté le prix de l’Étoile montante, à l'issue de la compétition FIRST. Si le robot a fait des siennes, la récompense souligne la persévérance des Pionniers ainsi que leur travail de recherche sur les artéfacts.

Photo : Facebook / Robotique FIRST Québec

Ce dynamisme réjouit également Lyne Morissette. Ça me donne beaucoup d'espoir, parce que, si c'est ça, la prochaine génération de jeunes qu'on a pour notre société, je pense qu'on s'en va dans la bonne direction.

Quant à Martin Mercier, il trouve ces jeunes passionnés extraordinaires. C’est pour ça que j'ai embarqué dans le dossier à 100 000 km/h!, prône-t-il.

En attendant de découvrir l’âge du crâne de morse, le résident de St-René-de-Matane garde précieusement son trésor, en l'exposant sur un socle.

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