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Quand Radio-Canada déroule le tapis rouge à l’ultra-gauche

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« À la radio comme à la télé, Marie-Louise Arsenault ne donne pas dans l’entrevue complaisante ». Ainsi commençait un article du 29 août sur l’animatrice de Radio-Canada dans le journal La Presse. Pourtant, dans l’épisode de l’émission Tout peut arriver du 10 octobre, l’intervieweuse a laissé l’écrivain d’ultra-gauche Édouard Louis enchaîner une série de propos pour le moins radicaux sans le défier.

L’écrivain français était de passage au Québec pour deux représentations de la pièce de théâtre tirée de son livre « Qui a tué mon père ». L’entrevue s’ouvre sur un ton chaleureux et admiratif : Marie-Louise Arsenault souligne le succès fulgurant de l’auteur, qu’elle qualifie de « superstar de la littérature », avant de revenir sur son premier roman autobiographique, « En finir avec Eddy Bellegueule », qui dépeint une enfance marquée par la pauvreté, la violence et l’homophobie dans le nord de la France (Édouard Louis est homosexuel).

La discussion glisse rapidement vers le mouvement de contestation des lycéens français, déjà dans la rue depuis trois semaines au moment de l’enregistrement. Édouard Louis oppose très frontalement les lycées prestigieux du centre de Paris aux établissements des quartiers les plus pauvres qui seraient « en train de s’effondrer ». Il mentionne la présence de rats et de cafards ainsi que des murs qui suintent l’eau, comme s’il s’agissait d’une situation généralisée. Ni Marie-Louise Arsenault ni les autres participants ne contestent ces affirmations, qui semblent ainsi bénéficier d’une adhésion implicite.

Bien que réelle dans certains établissements – notamment en Seine-Saint-Denis –, cette dégradation n’est pas représentative de l’ensemble du système scolaire français, y compris dans les quartiers populaires. Réduire l’explication à l’indifférence des privilégiés élude d’autres facteurs tels que l’immigration et la gestion locale. En France, le bâti et son entretien quotidien ou structurel relèvent des collectivités.

Abordant la question des violences policières, Louis poursuit dans une rhétorique qui dramatise pour servir sa thèse. Il affirme que les jeunes des banlieues, majoritairement noirs et arabes selon lui, sont particulièrement ciblés par la police, y compris en dehors des mouvements sociaux. Il avance qu’en France, un jeune homme noir ou arabe est tué par la police environ chaque mois, « simplement parce qu’il est noir ». Là encore, ses propos passent comme une lettre à la poste.

La police ne peut pas collectivement être accusée de racisme sur la base d’une formule choc. Quand il présente les jeunes de banlieue comme des victimes prioritaires d’une police raciste, Louis omet de dire qu’ils sont aussi massivement surreprésentés dans les vols, les agressions, les refus d’obtempérer et les attaques contre les forces de l’ordre. Quand un jeune est tué lors d’un contrôle, ce n’est pas « simplement parce qu’il est noir », mais parce qu’il a refusé de s’arrêter, foncé sur les policiers ou tenté de fuir après une infraction. Prétendre qu’un jeune noir ou arabe est exécuté chaque mois à cause de sa couleur de peau relève d’un récit victimaire. En exonérant les comportements délinquants pour tout expliquer par un racisme systémique, on ne fait qu’exacerber l’aversion envers les forces de l’ordre et alimenter la violence dans ces quartiers.

Ensuite, il présente la violence des rues comme le simple reflet de la violence quotidienne subie par les ouvriers et les jeunes noirs et arabes en raison de leurs conditions de travail, de la précarité, des contrôles policiers, et des morts. Selon sa logique, brûler un banc ou un bus serait une « continuité normale ». Il conclut en assumant explicitement être « pour qu’on mette le feu aux rues dans Paris » et qu’on casse des choses au nom de la transformation du système. On ne sera pas surpris d’apprendre qu’il a apporté un soutien public et répété à La France Insoumise (LFI) et à Jean-Luc Mélenchon.

À ce propos, l’un des autres participants éprouve le besoin de réagir, mais essentiellement pour expliquer que la violence risque de nuire électoralement à la gauche lors de l’élection présidentielle. Louis rejette l’appel à l’apaisement car, selon lui, la politique équivaut à une question de vie ou de mort : « être femme, être noir, être gay, être pauvre, c’est être exposé à une mort prématurée ».

On a déjà vu des personnalités de gauche refuser de condamner la violence (par exemple : Gabriel Nadeau-Dubois en 2012), mais quand avons-nous assisté à un appel à la violence aussi décomplexé sur les ondes de la télévision d’État ? Édouard Louis n’est ni canadien, ni membre de la classe politique, mais on se serait attendu à davantage de résistance sur le plateau suite à ces propos.

Mais Édouard Louis ne s’arrête pas là. À la fin de l’entretien, il en vient à appuyer l’interdiction pure et simple de tous les partis d’extrême droite, qu’il présente comme une condition pour sauvegarder la démocratie. Selon lui, un parti politique ne devrait pas avoir le droit de produire un programme fondé sur l’exclusion ou la violence, de la même manière qu’un individu n’a pas le droit d’agresser quelqu’un dans la rue. Là encore, personne sur le plateau ne conteste frontalement ses propos, qui sont pourtant d’une inconsistance crasse. Après tout, il propose des mesures dictatoriales pour préserver la démocratie – ou plutôt, ce qu’il désigne comme celle-ci. Ne veut-il pas surtout préserver les aspirations électorales de la gauche radicale?

En utilisant les mêmes raccourcis que lui, on pourrait estimer que n’importe quel programme politique est « fondé sur l’exclusion ou la violence ». Qui plus est, c’est lui qui souhaite exclure tout ce qu’il associe à « l’extrême droite » et qui cautionne la violence comme aboutissement logique des souffrances individuelles des opprimés. Notez que toute cette grille d’analyse repose sur le marxisme : la mobilisation de groupes identifiés comme opprimés pour renverser l’ordre établi.

L’émission Tout peut arriver – qui est financée avec l’argent des contribuables – a déroulé le tapis rouge à un écrivain d’ultra-gauche qui se présente comme membre d’une minorité opprimée, et l’a laissé tenir un discours de gauche radicale décomplexé sans jamais lui opposer de résistance. On peine à imaginer qu’une émission de Radio-Canada ferait preuve d’autant de complaisance envers un invité de droite nationale ou conservateur – à supposer qu’on daigne même l’inviter.

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