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Par Annick Cojean
Publié aujourd’hui à 20h00, modifié à 20h33Article réservé aux abonnés
Reportage« Paroles d’Afghanes » (4/6). Seules les femmes peuvent soigner les femmes, or le pays ne forme plus ni de docteures, ni d’infirmières, ni de sages-femmes… Une situation qui rend l’accès aux soins difficile, vire parfois au drame et fragilise la santé mentale des Afghanes, comme elles l’ont raconté à notre envoyée spéciale à Kaboul. Bientôt, qui mettra au monde les fils des talibans ?
Il faudrait quitter Kaboul. Enjamber les montagnes qui la cernent et filer au nord vers Kunduz, à la frontière avec le Tadjikistan ; foncer plus à l’ouest vers Herat, porte d’entrée sur l’Iran ; descendre vers Kandahar, fief d’Haibatullah Akhundzada, le chef des talibans ; et puis s’aventurer dans la région de Khost, si proche du Pakistan. Il faudrait atteindre les villages les plus éloignés des villes, ceux de l’austère Daykundi, des steppes désertiques du Registan et des vallées encaissées du Nouristan. C’est là qu’on prendrait la mesure du désastre.
On y verrait des dizaines de familles en deuil pour des mamans mortes en couches et des bébés perdus à la naissance ; des femmes interdites de soins parce que les dispensaires près de chez elles ont été fermés, que la route pour accéder à l’hôpital régional est longue et périlleuse, que le transport est coûteux, et qu’il ne peut, de toutes façons, être entrepris que si la patiente – dûment voilée − est accompagnée d’un homme de sa famille. Si ce dernier venait à manquer, même en cas d’urgence, même en cas de vie ou de mort, les portes du centre de soins resteraient hermétiquement closes.
On y percevrait des souffrances insondables, dues à des causes anciennes sans doute (des décennies de conflit, la pauvreté, la sécheresse, le sous-investissement, la corruption et une dépendance extrême à l’aide internationale, aujourd’hui en chute libre) ; mais des causes considérablement aggravées par les politiques discriminatoires et oppressives des talibans. Le droit des femmes à la santé est désormais systématiquement violé en Afghanistan. Un rapport récent de l’Organisation des Nations unies (ONU) écrit même le mot « féminicide ».
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