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BUFFALO, New York – Martin St-Louis a jeté un long regard à son adjoint Trevor Letowski, qui, au même moment, était en communication avec l’entraîneur des gardiens Marco Marciano.
Jakub Dobes venait de mal paraître sur un tir de Konsta Helenius, et il avait déjà accordé trois buts aux Sabres de Buffalo à leurs quatre premiers lancers.
St-Louis avait le dernier mot et c’était à lui de décider s’il changeait ou non de gardien à un moment où le Canadien, à mi-chemin d’une première période étourdissante, perdait 3-2.
Il a retenu l’avis de Marciano et les entraîneurs ont fait confiance à l’instinct de compétition et au tempérament de battant de Dobes.
Ils ont eu raison.
Dobes a été intraitable à compter de ce moment-là, réalisant 32 arrêts consécutifs. Et celui qui semblait chancelant de prime abord a fini par jouer un rôle crucial dans la victoire de 6-3 du Canadien, jeudi soir, à Buffalo.
Une victoire qui l’amène à un gain de la finale d’association.
J’ai remercié [St-Louis] de m’avoir laissé là, pour essayer de me prouver. C’est important de sentir la confiance de son entraîneur, a indiqué Dobes après la rencontre.
J’ai juste essayé de redonner un peu de momentum à l’équipe et de garder la marque égale, et ç'a fonctionné. Je me sens privilégié et chanceux d’avoir pu terminer ce match-là.

Le robuste ailier des Sabres Jordan Greenway tombe devant le gardien du Canadien Jakub Dobes lors du cinquième match de la série de deuxième tour, jeudi soir.
Photo : La Presse canadienne / Jeffrey T. Barnes
Un rythme volé peu à peu aux Sabres
Avec une série égale 2-2, il y avait énormément à l’enjeu dans cette rencontre. C’est désormais une petite série 2 de 3 et le gagnant allait pousser l’adversaire au bord du précipice samedi soir.
La façon dont les deux équipes ont géré la situation est diamétralement opposée.
Les Sabres, même s’ils étaient en déficit au chapitre des tirs, étaient dominants en première période. Un véritable train.
Le Canadien, qui ne jouait pas assez serré, n’arrivait pas à freiner la relance de leur attaque suffisamment tôt. Les défenseurs des Sabres touchaient abondamment à la rondelle avant même de pénétrer le territoire montréalais, ça attaquait à quatre en zone du CH et on se perdait dans nos assignations défensives tellement l’offensive des Sabres apportait du chaos.
Mais le momentum des locaux a fini par s’épuiser. Et quand ils ont eu besoin que leurs meilleurs joueurs se lèvent et fassent la différence, Tage Thompson et Rasmus Dahlin ont encore paradé au banc des punitions. Le Canadien a marqué deux fois en supériorité numérique et c’est ainsi qu’il a mis les Sabres hors d’état de nuire.
Pendant ce temps, qui a pris les commandes du côté du Canadien pour remporter ce match crucial?
Ce fut une œuvre collective, mais il faut commencer par Dobes, un gardien recru qui vient de finir quatrième au scrutin du trophée Calder. Il faut commencer par Ivan Demidov, une autre recrue émérite qui n’a été devancée que par le prodigieux Matthew Schaefer à ce même scrutin. Et il ne faut pas oublier Lane Hutson, un défenseur de deuxième année.
Ce sont les moins expérimentés qui ont fait la différence en faveur du Tricolore, jeudi. Et ça ne peut qu’être une bonne nouvelle pour la suite.

Ivan Demidov célèbre le premier but de sa carrière dans les séries éliminatoires, jeudi soir, face aux Sabres de Buffalo.
Photo : Getty Images / Joe Hrycych
Ces séries éliminatoires constituent un apprentissage inestimable pour cette jeune formation appelée à bientôt devenir une puissance de la Ligue nationale de hockey.
L’équipe a appris collectivement à demeurer calme sous la pression et à ne pas laisser l’adversaire lui faire trop mal lorsqu’il prend l’ascendant dans un match.
Or, même au plan individuel, chaque match est susceptible d’apporter ses enseignements.
La leçon que j’ai apprise du match de ce soir, c’est de garder un meilleur langage corporel pour mes coéquipiers, a d’ailleurs confié Dobes. Je ne dois pas leur faire sentir que je ne me sens peut-être pas à mon mieux.
On a parlé durant l’entracte, on s’est ressaisi dans le vestiaire et je suis revenu en ayant un meilleur langage corporel. Je vais retenir la leçon.
L’arrêt de Dobes aux dépens de Thompson en début de deuxième période, alors que le grand centre des Sabres s’amenait vers lui en échappée, a vraiment contribué à faire changer le match de côté.
Certes, le trio de Nick Suzuki a continué d’avoir maille à partir avec l’unité Benson-Norris-Doan pendant une ou deux autres présences, mais de façon générale, le Canadien a fini de traverser la tempête à partir du moment où Dobes a frustré Thompson.
Le gardien de 25 ans n'a toujours pas perdu en séries cette saison dans les matchs qui ont suivi une défaite.

Ivan Demidov a provoqué une pénalité à l'endroit du capitaine des Sabres Rasmus Dahlin.
Photo : Getty Images / Joe Hrycych
Demidov libéré d'un poids
Demidov n’est pas celui qui a récolté le plus de points dans ce match, mais il a été l’attaquant le plus dangereux.
Le Russe de 20 ans n’avait pas marqué à ses 16 premiers matchs éliminatoires en carrière et il avait bien hâte de secouer sa guigne. En fin de compte, c’est lui qui a mis le match hors de portée des Sabres, en tirant de l’enclave durant l’infraction à Dahlin.
Combien de chances ai-je eues dans les autres matchs où je n’ai pas marqué? Je suis content de m’être enlevé cette pression-là des épaules.
À l’instar de plusieurs rouages offensifs du Canadien, Demidov s’était senti à l’étroit au premier tour face au Lightning de Tampa Bay. Le jeu plus ouvert des Sabres lui a donné l’espace nécessaire pour générer davantage, et son but en début de troisième a consacré ce qu’on voyait venir de loin.
Le Canadien est gâté avec les Suzuki, Caufield et Slafkovsky, qui sont capables d’être les locomotives de cette équipe. Mais le talent que déploient Demidov et Hutson, à un si jeune âge, démontre l'ampleur de l’arsenal à la disposition du Canadien et la force de frappe qu’il aura à sa disposition lorsque tous ces messieurs seront arrivés à maturité.
Ce sont des joueurs sûrs d’eux, et cette confiance vient de leur préparation, a expliqué St-Louis en parlant de Hutson et Demidov. Pour être un joueur confiant, il ne suffit pas de marquer des buts. Oui, ça aide, mais pour moi, la clé, c’est la préparation qui mène à tout ce qu’on essaie de faire. Et ces gars-là sont des perfectionnistes. Ils s’entraînent beaucoup, ils sont sur la glace, ils ont leurs touches de rondelle…
Avoir confiance ne garantit pas que la rondelle va finir dans le filet, mais je pense que ça leur permet de ne pas être un feu de paille. C’est un travail quotidien. Ils viennent tous les jours et ils travaillent sur leurs trucs. Donc, je ne suis donc pas surpris qu’ils aient connu du succès ce soir.
L'étalage du talent de Hutson en un seul jeu
Il ne faudrait surtout pas tenir pour acquis les prouesses qu’offre Hutson soir après soir.
Après avoir pris des notes l’an dernier lors de la série face aux Capitals de Washington, il est revenu en plein contrôle pour les éliminatoires de cette année et il se montre dominant.
Hutson fait mentir ceux qui répètent que les petits joueurs ne peuvent pas se démarquer dans le hockey des séries.
On approchait la mi-match quand Phillip Danault a remporté une mise en jeu en zone des Sabres. Il a refilé le disque à Hutson, qui a brillamment transporté la rondelle vers le filet avant de servir une brillante passe à Josh Anderson à travers le bas de l’enclave.
Anderson n’a eu qu’à pousser la rondelle pour faire 3-3.
Jumelé à l’arrêt de Dobes sur Thompson, quelques minutes auparavant, ce but a permis au Canadien de prendre le contrôle des opérations et d’ébranler les Sabres dans leurs convictions.
Sa vision, sa mobilité, son coup de patin, son jeu de passe… Il nous a tout montré juste sur ce but, s’est émerveillé Demidov au sujet de son ami Hutson.
Au-delà du but d'Anderson, les lectures de jeu à couper le souffle et les lignes de passe que lui seul semble voir ont défini une autre superbe soirée de travail pour Hutson.
Cole Caufield a enfin marqué un but à forces égales durant ces séries éliminatoires. Juraj Slafkovsky a fait amende honorable après son match difficile de mardi au Centre Bell, et il a récolté trois mentions d’aide dans la victoire. Et Nick Suzuki a trouvé le moyen d’être nommé la première étoile de la rencontre.
Or, quand les jeunes loups du Canadien prennent les choses en main dans un match aussi déterminant, on voit, sous nos yeux, l’avenir rattraper le présent.
L’organisation est drôlement bien positionnée.


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