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Une opinion d'Erik Van den Haute, un parent inquiet
Je n'écris pas ces lignes en tant que juriste ou académique. Je les écris en tant que parent. Parent inquiet, parent déçu, parent qui observe depuis des semaines une crise scolaire s'emballer sans que l'intérêt de nos enfants soit véritablement au cœur du débat.
Notre famille vient d'une longue lignée d'enseignants. Nous avons toujours transmis à nos enfants un respect profond pour cette fonction, pour ceux qui l'exercent, pour ce qu'elle représente. Ce respect, je le vois fondre. Non parce que nos enfants auraient changé — mais parce que ce à quoi ils assistent les déconcerte. Parce qu'ils voient, et qu'ils comprennent plus qu'on ne le croit.
Une colère qui a une histoire
Il faut avoir l'honnêteté de replacer cette crise dans son contexte — et d'en reconnaître la complexité.
Les résultats de l'enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles se dégradent depuis près de trente ans. Les enquêtes Pisa le documentent édition après édition. Pendant ces trois décennies, des enseignants ont pourtant tiré la sonnette d'alarme. Ils ont alerté sur des réformes mal calibrées, sur des injonctions contradictoires, sur des couches de contraintes administratives et pédagogiques qui s'accumulaient sans jamais répondre aux vrais besoins des classes. Ils ont dit leur épuisement face à un système qui change les règles sans leur donner les moyens de s'adapter, qui réforme sans écouter, qui exige sans reconnaître. Cette colère-là est légitime. Elle mérite d'être entendue — et elle l'aurait été si on avait su l'écouter plus tôt.
Ne serait-il pas opportun de retirer la compétence de l'éducation aux politiques ?Mais il faut aussi dire ce que la crise actuelle révèle d'autre. Que c'est précisément lorsque des réformes touchent aux conditions de travail et au statut des enseignants que la rue s'embrase avec le plus d'intensité. On peut le comprendre humainement. On ne peut pas feindre de l'ignorer non plus.
Un droit fondamental qu'on fragilise
L'obligation scolaire impose entre 180 et 184 jours de classe par an. Le législateur considère qu'à partir de 9 demi-journées d'absence, le risque de décrochage devient préoccupant. Certains enseignants parmi les plus mobilisés totalisent cette année près de 40 demi-journées d'absence avec autant de temps scolaire perdu pour les élèves. Cherchez l'erreur.
Le droit à l'enseignement est consacré par notre Constitution. Il est loin d'être une évidence pour des millions d'enfants dans le monde. Y porter atteinte de façon répétée, c'est fragiliser en premier lieu ceux qui n'ont pas d'autre filet de secours.
Lorsque les magistrats ont exprimé leur mécontentement l'an dernier, ils l'ont fait en préservant la continuité du service public, conscients que l'accès à la justice est un droit fondamental.
Car les inégalités face à ces perturbations sont criantes. L'élève issu d'un milieu favorisé sera soutenu, accompagné, pris en charge. L'enfant d'une famille précarisée, lui, encaisse. Chaque jour perdu est pour lui une perte souvent irréversible, qui le rapproche un peu plus du risque de décrochage. Ce que l'école ne fait pas, personne ne le fera à sa place.
Lorsque les magistrats ont exprimé leur mécontentement l'an dernier, ils l'ont fait en préservant la continuité du service public, conscients que l'accès à la justice est un droit fondamental. L'enseignement mérite le même égard.
La fin ne justifie pas les moyens
Le mouvement Mars Attacks FWB soulève des questions légitimes. Mais sa manière de les porter interroge : opacité, diffusion de contre-vérités, prétention à parler au nom de tous, attaques personnelles et, surtout, le plus grave à mes yeux : l'instrumentalisation des élèves.
Faire quitter les classes à des enfants pour grossir les rangs d'un mouvement, c'est leur enseigner une version appauvrie de la démocratie : le primat du rapport de force, la confusion entre information et opinion, le mépris affiché à l'égard de la majorité parlementaire, la banalisation d'une représentation violente des relations entre citoyens et élus.
Apprendre aux élèves à se battre est infiniment respectableL'école dispose pourtant des outils pour offrir une alternative bien plus exigeante et plus formatrice. L'actualité peut devenir un levier pédagogique remarquable : comprendre la démocratie représentative, analyser les mécanismes d'un État fédéral, décrypter les données des études internationales, examiner les raisons des inquiétudes du monde enseignant. Former des citoyens éclairés demande du temps, de la rigueur, du recul. C'est précisément ce que l'école peut — et doit — offrir.
La confiance se construit, et se perd
Nous n'avons pas renoncé à l'école. Nous croyons en elle, en sa mission, en sa capacité à être un ascenseur social, un lieu d'émancipation, un espace où chaque enfant peut devenir plus que ce que son milieu lui promettait. C'est précisément parce que nous y croyons que cette crise nous affecte autant.
Mais la confiance n'est pas inconditionnelle. Elle se construit jour après jour, dans la continuité, dans l'exemplarité. Elle s'entretient — et elle se perd. Aujourd'hui, pour beaucoup de parents, pour beaucoup d'enfants, elle s'érode.
Il est encore temps de la restaurer. À condition que ceux qui ont choisi d'incarner ce droit fondamental qu'est le droit à l'enseignement acceptent la responsabilité qui va avec.
Les textes qui paraissent dans la rubrique Débats sont des contributions externes, qui n'engagent pas la rédaction.


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