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Il n’y a pas de pipeline sans le projet Pathways, et pas de projet Pathways sans pipeline. C’était là la contrepartie énoncée dans un accord énergétique de grande envergure signé entre l’Alberta et Ottawa en novembre.
L’Alberta mène les premiers travaux de planification et de réglementation concernant un éventuel nouveau pipeline d’un million de barils par jour vers la côte ouest, qui permettrait d’écouler la production accrue des sables bitumineux et de stimuler les exportations vers l’Asie.
Mais le « grand compromis » conclu avec Ottawa pour aider à ouvrir la voie au pipeline exige une compensation significative des émissions de carbone qu’il générerait.
C’est là qu’intervient le projet Pathways : un plan de plusieurs milliards de dollars visant à transporter et à stocker 16 millions de tonnes de dioxyde de carbone (CO2) par an provenant des sables bitumineux d’ici 2035.
Le projet est en cours d’élaboration depuis environ quatre ans, mais les entreprises qui le proposent, la province et le gouvernement fédéral n’ont pas encore déterminé comment ils se répartiront les coûts et les risques. L’accord entre l’Alberta et Ottawa fixait au 1er avril la date limite pour parvenir à un accord tripartite, mais la question reste en suspens.
Le projet Pathways est proposé par l’association industrielle Alliance des sables bitumineux (anciennement Alliance nouvelles voies), qui regroupe cinq grands acteurs du secteur des sables bitumineux : Canadian Natural, Cenovus Energy, ConocoPhillips Canada, L’Impériale et Suncor.
Le captage et le stockage du carbone constituent « probablement la voie la plus rentable pour la décarbonisation de la plupart des industries en Alberta », estime Brendan Frank, vice-président chez Clean Prosperity, un groupe spécialisé dans les politiques climatiques.
Qu’est-ce qui caractérise le projet Pathways ? Voici un aperçu des aspects techniques et économiques :
Captage
Les membres du projet Pathways seraient responsables d’installer des équipements de capture du carbone sur leurs propres sites d’exploitation des sables bitumineux. Les gaz de combustion seraient collectés à partir des chaudières, des générateurs de vapeur et d’autres équipements de combustion. Un procédé chimique permettrait de séparer le CO2, qui serait ensuite comprimé sous forme liquide. Les coûts varieraient d’un site à l’autre en fonction de la distance de transport vers le centre de stockage et de l’intensité des émissions de chaque opération, explique M. Frank.
Transport
Il est proposé de construire un réseau de pipelines de plus de 650 kilomètres pour acheminer le CO2 depuis le nord, jusqu’à la région de Fort McMurray, vers le sud, à un centre de stockage situé dans la région de Cold Lake, en Alberta, selon une présentation du projet publiée en mars par l’Alliance des sables bitumineux.
Ce plan ne tient pas compte des investissements nécessaires dans les différentes usines d’exploitation des sables bitumineux pour capturer les émissions. Il prévoit 16 petits segments latéraux partant de 13 sites d’exploitation des sables bitumineux, qu’il s’agisse de mines ou d’installations fonctionnant à la vapeur. Ils achemineraient ensuite le CO2 liquéfié vers une artère de transport plus large, qui serait ensuite reliée à une ligne de distribution menant au centre de stockage.
Stockage
Au niveau du centre de stockage, le gaz serait injecté en profondeur dans la formation de grès cambrien basal, à 1 ou 2 kilomètres sous la surface. Ce grès spongieux comporte des interstices pouvant être remplis de CO2. Au-dessus de cette formation se trouve une épaisse couche de sel gemme non poreux qui peut agir comme une barrière pour maintenir le dioxyde de carbone dans le sol.
À quel prix ?
La présentation du plan ne comprenait pas d’estimation actualisée des coûts, mais, en 2022, l’alliance avait indiqué que la première phase nécessiterait un investissement de 16,5 milliards de dollars d’ici 2030.
Le projet est dans l’impasse depuis des années, les entreprises, Ottawa et l’Alberta tentant de parvenir à un accord sur la répartition des coûts.
« Nous pouvons financer une partie de Pathways », a précisé Jon McKenzie, président et chef de la direction de Cenovus, lors d’une entrevue en avril. « Nous ne pouvons pas assumer la totalité de la charge. »
Le gouvernement fédéral offre déjà un crédit d’impôt à l’investissement pour les projets de capture du carbone. Les acteurs du secteur le jugent utile, mais insuffisant pour couvrir les coûts. L’Alberta dispose de son propre programme de subventions, qui couvre 12 % des coûts d’investissement admissibles.
Au Canada, le soutien financier du gouvernement en faveur du captage du carbone s’est concentré sur les coûts d’investissement, aidant ainsi les projets à démarrer. Aux États-Unis, en revanche, les entreprises assument les coûts de construction initiaux et bénéficient de généreux crédits d’impôt pour leurs opérations courantes.
Là où le prix du carbone entre en jeu
L’aide gouvernementale pour les coûts d’investissement est la bienvenue, explique Chloe McElhone, responsable de recherche chez Clean Prosperity.
Mais à l’échelle du projet Pathways, il faut une certitude pour les décennies à venir.
« Il faut que cela s’accompagne d’un soutien opérationnel continu, et c’est ce qu’offrent les marchés du carbone », ajoute-t-elle.
Les gouvernements fédéral et de l’Alberta ont convenu au début du mois de viser un prix effectif du carbone — la valeur des crédits carbone et des compensations sur le marché — de 130 $ la tonne d’ici 2040.
Plusieurs groupes environnementaux ont rétorqué que cet horizon était trop lointain.
« Ce barème de prix n’est pas assez ambitieux pour stimuler les investissements privés à court terme nécessaires à la relance du projet de capture du carbone Pathways », précise Chris Severson-Baker, directeur général du groupe de réflexion sur les énergies propres Pembina Institute.
Les défenseurs du climat ont toutefois salué l’inclusion de contrats carbone sur les différends dans l’« accord de mise en œuvre » fédéral-provincial. Ceux-ci agissent en quelque sorte comme une police d’assurance, offrant aux investisseurs dans les énergies propres une certitude quant au régime de tarification du carbone pour les années à venir. Si l’un des paliers de gouvernement venait à ne pas respecter ses engagements ou à abroger ses politiques climatiques respectives, il « assumerait l’entière responsabilité » des contrats.
Selon une analyse de Clean Prosperity, des prix du carbone compris entre 130 $ et 150 $ devraient suffire à rendre viable une partie, voire la totalité, du projet Pathways, rappelle Brendan Frank.
« Je dirais que l’accord de mise en œuvre représente un progrès significatif vers la viabilité économique du projet Pathways », conclut le vice-président chez Clean Prosperity. « Il offre beaucoup plus de certitude que ce dont disposaient auparavant les acteurs du marché. »


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