Le Pr Ludovic Gicquel est pédopsychiatre, spécialiste du trouble borderline à l’adolescence (CH Henri Laborit, Poitiers). Dans son livre, Adolescent borderline, qui vient de paraître aux Éditions Solar, il fait toute la lumière sur ce trouble psychiatrique aussi fréquent que la schizophrénie ou le trouble bipolaire mais bien moins connu. Il se caractérise par une forte dysrégulation émotionnelle, une image de soi instable et des relations aux autres difficiles, voire une impulsivité et des conduites auto-agressives. 

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  • « Le trouble borderline est un véritable trouble psychiatrique qui affecte principalement la régulation des émotions, avec une grande intensité émotionnelle, une image de soi instable, des relations aux autres parfois très fluctuantes et une forte sensibilité au rejet ou à l’abandon. »Photo Adobe Stock

    « Le trouble borderline est un véritable trouble psychiatrique qui affecte principalement la régulation des émotions, avec une grande intensité émotionnelle, une image de soi instable, des relations aux autres parfois très fluctuantes et une forte sensibilité au rejet ou à l’abandon. »

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  • Cela peut aller jusqu’à une forte impulsivité, des conduites à risque ou des comportements auto-agressifs. Le trouble borderline peut avoir des conséquences importantes, en matière de dépression et de risque suicidaire, toujours à prendre au sérieux. Il concerne 1 à 3 % de la population, soit, en France, 800 000 à 1,4 million de personnes, de tous âges. »  Photo Adobe Stock

    Cela peut aller jusqu’à une forte impulsivité, des conduites à risque ou des comportements auto-agressifs. Le trouble borderline peut avoir des conséquences importantes, en matière de dépression et de risque suicidaire, toujours à prendre au sérieux. Il concerne 1 à 3 % de la population, soit, en France, 800 000 à 1,4 million de personnes, de tous âges. »  

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  • « Ce qui augmente, en tout cas, ce sont les symptômes aigus qui peuvent être associés au trouble borderline, avec une augmentation massive des automutilations et des tentatives de suicide, probablement lié à une plus grande précarité émotionnelle et relationnelle. Dans nos services de soins, c’est devenu la pathologie prépondérante chez l’adolescent. »Photo Adobe Stock

    « Ce qui augmente, en tout cas, ce sont les symptômes aigus qui peuvent être associés au trouble borderline, avec une augmentation massive des automutilations et des tentatives de suicide, probablement lié à une plus grande précarité émotionnelle et relationnelle. Dans nos services de soins, c’est devenu la pathologie prépondérante chez l’adolescent. »

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Qu’est-ce que le trouble borderline ?

Pr Gicquel : « Le trouble borderline est un véritable trouble psychiatrique qui affecte principalement la régulation des émotions, avec une grande intensité émotionnelle, une image de soi instable, des relations aux autres parfois très fluctuantes et une forte sensibilité au rejet ou à l’abandon.

Cela peut aller jusqu’à une forte impulsivité, des conduites à risque ou des comportements auto-agressifs. Le trouble borderline peut avoir des conséquences importantes, en matière de dépression et de risque suicidaire, toujours à prendre au sérieux. Il concerne 1 à 3 % de la population, soit, en France, 800 000 à 1,4 million de personnes, de tous âges. »  

Ce trouble est-il de plus en plus courant ?

Pr Gicquel : « Il n’y a pas d’études pour l’affirmer. Ce qui augmente, en tout cas, ce sont les symptômes aigus qui peuvent être associés au trouble borderline, avec une augmentation massive des automutilations et des tentatives de suicide, probablement lié à une plus grande précarité émotionnelle et relationnelle. Dans nos services de soins, c’est devenu la pathologie prépondérante chez l’adolescent. »

Vous dites : « Le trouble borderline à l’adolescence correspond à une souffrance réelle, et non à une simple crise d’adolescence, à un défaut de caractère ou à un problème éducatif. » Comment faire la part des choses ?  

Pr Gicquel : « C’est difficile et c’est pourquoi, chez l’adolescent, le diagnostic doit rester prudent être revu dans le temps, car certaines manifestations émotionnelles sont aussi liées au développement neurobiologique en cours. On parle donc plutôt de « fonctionnement borderline » lorsque les manifestations sont durables, envahissantes et source de souffrance ou de retentissement importants.

Les manifestations émotionnelles et relationnelles existent chez tous les adolescents, mais chez l’ado borderline elles franchissent durablement un seuil qui dépasse les variations habituelles de l’adolescence. On peut ainsi considérer qu’ils présentent une « alarme émotionnelle dysfonctionnelle ». Poser ce diagnostic - même provisoire - permet d’agir et éviter qu’il ne se développe. »

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Quelle serait la cause du trouble borderline ?

Pr Gicquel : « Il n’existe pas de facteur unique : le trouble résulte de l’interaction de vulnérabilités biologiques, du tempérament, des expériences relationnelles, des événements de vie et de l’environnement. Il s’agit donc d’un ensemble de facteurs qui se combinent au cours du développement. C’est comme une porte comportant plusieurs serrures : il faut que celles-ci s’ouvrent pour que le trouble puisse se déclencher. Or, ces « serrures » s’ouvrent progressivement au cours du développement, et non à un moment unique. Dans cette perspective, le traumatisme (maltraitance, climat familial, isolement social, harcèlement, solitude émotionnelle, traumatisme sévère, relation avec les autres…) est un facteur parmi d’autres mais il ne suffit pas, à lui seul, à expliquer l’apparition de la pathologie.

Le climat familial, les relations avec les pairs, l’école et l’isolement social peuvent ainsi renforcer certains mécanismes de souffrance ou, à l’inverse, favoriser leur atténuation et contribuer à une plus grande stabilité. »

Justement, vous insistez sur la nécessité de repérer les crises et d’adapter les réactions de l’entourage. Comment, sans aggraver la situation ?

Pr Gicquel : « Les vulnérabilités, les fragilités et les événements de vie ne doivent pas être considérés comme définitifs. Ils peuvent être contrebalancés par des facteurs thérapeutiques et protecteurs. Les interventions parentales ou thérapeutiques doivent être adaptées aux situations de crise afin d’améliorer la situation et surtout de ne pas l’aggraver. Pour résumer, deux grandes dynamiques doivent être enclenchées : la première consiste à « apaiser et protéger », la seconde à « comprendre et avancer ».

Elles vont de pair, mais il ne faut pas se tromper dans l’ordre : lorsqu’un adolescent est en crise, que ce soit contre lui-même ou vis-à-vis des autres, il n’est plus réellement accessible, tout est « émotion ». Il faut d’abord « refroidir le moteur », vérifier qu’il ne va pas exploser et s’assurer que l’adolescent est en sécurité. Une fois que la température émotionnelle a baissé, il devient alors possible de comprendre ce qui s’est passé et de travailler avec l’adolescent pour que la crise suivante soit moins intense et qu’il parvienne progressivement à mieux repérer les signes annonciateurs.

Les parents doivent également comprendre que l’accompagnement du trouble s’inscrit dans la durée car lié au développement neurobiologique de l’adolescent. »

À savoir : L’adolescent borderline peut présenter des symptômes d’allure psychotique, car le trouble peut ressembler à d’autres pathologies, notamment anxieuses, dépressives ou psychotiques (hallucinations). Mais le trouble borderline n’est pas une forme précoce de schizophrénie, même si certaines manifestations peuvent parfois prêter à confusion.

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