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Deux jours après la formation du Conseil des ministres, le premier ministre Paul St-Pierre Plamondon a débloqué d’urgence 28 millions de dollars, dont 18 millions pour Montréal, pour financer la création de 1000 places supplémentaires en halte-chaleur partout au Québec.
« On ne peut pas ignorer l’urgence. On a une responsabilité éthique et morale par rapport à l’hiver qui vient », a déclaré le nouveau chef du gouvernement, vendredi midi, lors d’une visite à l’Accueil Bonneau, un des plus importants lieux d’aide aux personnes en situation d’itinérance à Montréal.
Le premier ministre était flanqué de deux ministres et de la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, qui affichait un large sourire. Les relations généralement tendues entre la Ville de Montréal et le gouvernement du Québec viennent de changer de ton, ont convenu la mairesse et le premier ministre — qui donnent tous les deux la priorité à la lutte contre l’itinérance.
« Vous avez fait de l’itinérance votre affaire personnelle. Je suis heureuse que les babines suivent les bottines », a lancé Mme Martinez Ferrada à M. St-Pierre Plamondon. La mairesse a fait part de son « espoir qu’on travaille ensemble » sur cette crise, la plus importante de l’heure dans la métropole, selon elle.
L’investissement de 28 millions porte à 46 millions de dollars les sommes vouées à garder au chaud les milliers de personnes qui vivent dans la rue ou en campement durant l’hiver. Montréal prévoit déjà d’offrir 3000 places en halte-chaleur dans les prochains mois.
Un coup de barre contre la crise
Les haltes-chaleur ne sont pas la panacée à la crise de l’itinérance. Il s’agit de locaux rudimentaires où les personnes sans-abri viennent se réchauffer durant le jour ou passer la nuit. La plupart n’offrent même pas de lits : les gens dorment sur des chaises de type Adirondack, peu propices à un sommeil réparateur.
Le premier ministre a souligné que l’aide d’urgence reste une première étape dans la lutte contre l’itinérance. Paul St-Pierre Plamondon a rappelé qu’il s’apprête à tenir un grand sommet sur l’itinérance, au début de l’année 2027, pour réfléchir aux solutions avec l’ensemble du milieu communautaire, de la santé et des services sociaux.
Il faut aussi offrir des logements de transition, avec accompagnement, aux gens qui ont été jetés à la rue, a fait valoir le premier ministre. De plus, il compte réviser la politique d’habitations abordables du gouvernement, pour offrir de véritables logements sociaux. « Le logement social est de retour », a-t-il dit au Devoir.
Le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) avait largement mis de côté les traditionnels logements sociaux, dont le loyer correspondait à 25 % des revenus des locataires. Québec misait désormais sur la construction de logements subventionnés dits « abordables » ou « abordables intermédiaires », dont les loyers étaient fixés en fonction des prix médians de l’habitation dans chaque région.
Cette politique a mené à des loyers de 1300 $, 1700 $ et même 2700 $ par mois, qui sont inaccessibles aux ménages à revenus modestes. Plusieurs se sont retrouvés à la rue.
Un premier pas dans la bonne direction
Jean-Charles Boily, directeur général de l’Accueil Bonneau, était enchanté de recevoir le premier ministre et la mairesse, qui travaillent main dans la main pour résoudre cette « véritable crise humanitaire ».
« L’annonce d’aujourd’hui est un signal fort qu’on donne à cette crise l’importance qu’elle mérite, a-t-il dit. L’itinérance ne cesse de s’accentuer et de se complexifier. Il faut aussi investir dans la prévention, dans l’accompagnement vers la réaffiliation et dans le logement social. »
De son côté, Annie Savage, directrice générale du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), se réjouit de la volonté du premier ministre de revenir à l’esprit des logements sociaux. Mais elle prévient que c’est insuffisant pour venir à bout de la crise du coût de la vie.
« Ceci est très rassurant. Toutefois, même si on construit 20 000 logements sociaux supplémentaires, si on n’agit pas également sur les contrôles des loyers et pour empêcher des évictions, on ne fermera pas le robinet de l’itinérance », a-t-elle réagi après avoir applaudi le premier ministre et la mairesse, dans une salle de l’Accueil Bonneau.
Préparer les prochains hivers
Elle souhaite que les sommes pour la création de haltes-chaleur deviennent récurrentes, parce que la crise de l’itinérance semble là pour rester dans l’avenir prévisible — tout comme l’hiver.
De son côté, Michelle Patenaude, directrice générale du CAP St-Barnabé, a souligné que les investissements de Québec et de la Ville permettent d’offrir des haltes-chaleur durant deux mois de plus qu’habituellement. L’organisme d’aide aux personnes itinérantes ouvrira des refuges du 1er novembre au 30 avril plutôt que du 1er décembre au 31 mars. Une bonification de service appréciable pour les personnes qui vivent dans la rue.


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