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Ce ne sera bientôt plus que les médecins qui pourront utiliser un programme d’intelligence artificielle qui écrit, pour eux, la note médicale au dossier de leur patient. Santé Québec Côte-Nord déploie l’outil à grande échelle, avec un projet pilote rassemblant 70 personnes de toutes les catégories de professionnels de la santé, comme les infirmières, les ergothérapeutes et les physiothérapeutes.
Le besoin est partout, et si ça peut soulager les professionnels, on y va, lance le PDG, Jean-François Miron. Selon lui, il s'agit du premier établissement au Québec à ouvrir la licence du scribe à l'ensemble des professions de santé.
Avec l’autorisation du patient, le scribe médical enregistre la conversation et la transcrit en simultané, puis génère la note médicale en quelques secondes. Le professionnel est tenu de contre-vérifier toutes les notes générées par l’application, ajoute-t-il.

L’arrivée de l'IA en transcription vocale laisse entrevoir des gains en temps et en qualité des notes dans le domaine médical, indique le gouvernement du Québec. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Antoine Proulx
Les infirmières auxiliaires pourront bientôt l’utiliser lorsqu’elles font des visites à domicile.
On va voir si c’est réellement efficace, ou si ça prend plus de temps de vérifier les notes et de les réécrire, se méfie la présidente du SIISNEQ, Karine Ouellet-Moreau. Elle aimerait que ce nouvel outil vienne diminuer la tâche administrative qui surchargerait les infirmières auxiliaires qu’elle représente.
Le matin, ce sont les visites à domicile, puis l’après-midi, la rédaction de notes et le cumul des statistiques. C’est beaucoup, ça enlève du temps au chevet des patients, et ça augmente d’année en année, décrit-elle.

Karine Ouellet Moreau est la quatorzième présidente du SIISNEQ, mais la première à avoir occupé le poste d'infirmière auxiliaire.
Photo : Radio-Canada / Catherine Gosselin
Le directeur du département de médecine sociale et préventive à l'École de santé publique de l'Université de Montréal, Bryn Williams-Jones, juge qu'un déploiement progressif est la bonne méthode pour commencer.
Il recommande un suivi accru, impliquant le personnel de première ligne, pour s'assurer que ces outils allègent leur quotidien au lieu de leur ajouter des tâches. Il faut des groupes de discussion avec des équipes de soins, et avec une ouverture d’apprentissage collectif, conseille-t-il.
Et une fois complétée la première phase du projet pilote, il préconise une surveillance accrue pour détecter et corriger les problèmes, et s’assurer que l’outil permet de faire de véritables gains pour le personnel.
D'autres projets chez Santé Québec Côte-Nord
D'autres programmes d'intelligence artificielle, cette fois-ci pour aider les médecins à prendre des décisions, ont également été déployés.
Un premier est dédié à l'imagerie des lésions musculosquelettiques : il repère la zone de la lésion et rédige un rapport que le radiologiste n'a plus qu'à réviser.
Et l'équipe de médecins en Basse-Côte-Nord, accompagnée par un chercheur, teste un autre produit. Celui-ci guide les médecins pour déterminer la pertinence de prescrire une radiographie pour une blessure, par exemple en proposant d'abord un suivi en physiothérapie.

Bryn Williams-Jones assure que l'IA constitue un excellent outil, mais rappelle que la responsabilité éthique, clinique et légale repose sur l'humain. (Photo d'archives)
Photo : gracieuseté
Les IA peuvent aider à prendre des décisions beaucoup plus rapidement, et la radiographie en est un bon exemple. Elles sont hyper efficaces pour analyser des milliers de radiographies, assure Bryn Williams-Jones.
Des questionnements valides
L'arrivée de ces nouvelles technologies s'accompagne inévitablement de plusieurs craintes, partagées par des représentants syndicaux et le spécialiste en bioéthique.
Du côté de l'APTS, le représentant national pour la Côte-Nord, Kevin Newbury se demande si l'intégration de ces nouvelles technologies masque en fait l'incapacité de l'organisation à trouver assez de personnel.
Bryn Williams-Jones met d'ailleurs en garde contre le technosolutionnisme : la tendance à croire que les problèmes d'efficacité peuvent être résolus grâce à l'utilisation de technologie.
Qu'est-ce qui fait que les conditions de travail sont telles qu'il manque d'infirmières, là-bas? demande-t-il. L'IA ne doit pas empêcher l'organisation de trouver des solutions aux causes de la pénurie.
Enfin, il rappelle qu'employer des outils numériques exige du personnel technique qualifié, ainsi que des systèmes de secours. Sans cette redondance, les pannes logicielles fragilisent l'ensemble de l'hôpital, particulièrement en région éloignée.
Santé Québec Côte-Nord a laissé notre demande d’entrevue sans réponse.
Avec des informations d’Étienne Parent.


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