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Procès Jean Pormanove : En quoi consiste le bannissement numérique auquel Naruto et Safine ont été condamnés

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France 05/08/2026 15:28 Actualisé le 05/08/2026 15:30

En plus de peines de prison avec sursis, les deux streamers ont été condamnés à un bannissement numérique de six mois, une création récente du droit.

Par Timothée Barnaud avec AFP

La durée du banissement numérique est fixée à six mois par la loi (photo d’illustration).

d3sign / Getty Images

La durée du banissement numérique est fixée à six mois par la loi (photo d’illustration).

Les streamers Naruto et Safine, de leurs vrais noms Owen Cenazandotti et Safine Hamadi, connaissent leurs peines. Accusés de violences et d’humiliations en ligne contre le streamer Jean Pormanove avant sa mort en août 2025, les deux hommes ont respectivement été condamnés à deux ans de prison avec sursis et 15 000 euros d’amende et 18 mois de prison avec sursis et 5 000 euros d’amende. Les deux hommes sont également condamnés à six mois de bannissement numérique.

Le procès ne portait pas sur la mort à 46 ans de Raphaël Graven, alias Jean Pormanove ou JP, dont la découverte en direct du corps inerte sous son drap a choqué le monde entier. Après autopsie, l’enquête sur ce volet a été classée sans suite en février.

Mais les deux streamers ont été condamnés pour des violences et des humiliations infligées à JP et à Stéphane G., alias Coudoux, quadragénaire sous curatelle, au cours de milliers d’heures de live entre 2023 et 2025 sur les plateformes Twitch puis Kick.

Le bannissement numérique, une création récente du droit

En plus de leur condamnation à de la prison avec sursis, les deux streamers Naruto et Safine ont été condamnés à six mois de bannissement numérique. Cette peine est une création récente : elle provient de la loi visant à sécuriser et à réguler l’espace numérique, dite loi Sren, entrée en vigueur en mai 2024.

Cette condamnation est relativement explicite : Elle prévoit « la suspension des comptes d’accès à des services en ligne ayant été utilisés pour commettre l’infraction ». La durée est fixée à six mois par la loi, une peine qui peut monter à un an en cas de récidive.

« Pendant l’exécution de la peine, il est interdit à la personne condamnée d’utiliser les comptes d’accès aux services de plateforme en ligne ayant fait l’objet de la suspension », est-il écrit dans la loi, mais aussi « de créer de nouveaux comptes d’accès à ces mêmes services ». La violation de cette suspension est sanctionnée de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende.

Afin de s’assurer de l’effectivité de cette interdiction, les réseaux sociaux sont également responsabilisés par cette loi. Ils sont en effet obligés de bloquer le compte suspendu, et d’empêcher la création de nouveaux comptes par cette même personne, sous peine d’une amende de 75 000 euros, peut-on lire sur le site gouvernemental Vie publique.

« Un système de maltraitance humaine »

Les images diffusées ou décrites devant le tribunal correctionnel de Nice ont montré JP et Coudoux recevoir des gifles, des coups de pied, de fouet ou de batte de baseball, des cris dans les oreilles... JP reçoit des œufs frais sur la tête, des seaux d’eau, des insultes, au son d’une petite chanson « JP veut pas d’ça ».

Pour la procureure Maud Marty, il s’agissait d’un « système de maltraitance humaine, pas un dérapage ou une provocation », car « les violences sont le programme, elles font le scénario ». Et « le simple fait que la mort (de JP, NDLR) soit survenue en live traduit la dérive », a-t-elle ajouté.

Pour les streamers, le concept de la chaîne était simple : tous les scénarios étaient envisagés pour provoquer les colères fulgurantes de JP, aussi vite éteintes, « dans la bonne ambiance », a assuré Naruto, en affirmant s’inspirer des défis potaches des débuts de Michaël Youn ou Cyril Hanouna.

Le streamer français Owen Cenazandotti, connu sous le nom de Naruto, ici photographié le 6 juillet 2026 au tribunal de Nice. Il a été condamné à deux ans de prison avec sursis et 15 000 euros d’amende, ainsi qu’à un bannissement numérique de six mois.

VALERY HACHE / AFP

Le streamer français Owen Cenazandotti, connu sous le nom de Naruto, ici photographié le 6 juillet 2026 au tribunal de Nice. Il a été condamné à deux ans de prison avec sursis et 15 000 euros d’amende, ainsi qu’à un bannissement numérique de six mois.

Avec une moyenne de 20 000 internautes devant chaque live le soir de 21h à minuit, leur chaîne Kick était la plus regardée en France. Des influenceurs, chanteurs ou footballeurs y ont participé, et ses protagonistes ont touché jusqu’à 6 000 euros par mois, même plus pour Naruto. « On a vécu une aventure exceptionnelle. On a voyagé, on a kiffé, on a fait du bien à plein de gens. On ne voyait pas le mal », a raconté ce dernier.

Plusieurs autres enquêtes en cours

Safine, ami d’enfance qui l’avait rejoint pour animer la chaîne, s’est montré beaucoup plus contrit, assurant avoir essayé de prendre ses distances et se sentir aujourd’hui « pas fier ». Désormais installé en région parisienne mais sans emploi ni perspective, il a expliqué « se faire traiter de meurtrier, se faire insulter H24 par toute la planète ».

Naruto, en revanche, est resté dans le milieu et projette de réaliser des vidéos de voyages, même si son bannissement numérique lui interdit de publier sur les plateformes numériques pendant six mois. En attendant, il écrit des concepts et loue du matériel à d’autres créateurs de contenus.

Parallèlement au procès niçois, une enquête est en cours à Paris sur Kick, pour déterminer si elle a rémunéré Naruto et Safine et quels freins elle a mis à leurs dérives. Les streamers, qui n’ont jamais rien déclaré au fisc, font aussi l’objet d’une enquête sur leurs finances.

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