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Procès du « roi de la crypto » : « Je n’ai plus les moyens de prendre ma retraite »

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À Toronto, d'autres victimes présumées d'Aiden Pleterski se sont succédé à la barre des témoins au procès de celui qui se faisait appeler le « roi de la crypto ». Le jeune homme de 27 ans est inculpé pour fraude et blanchiment des produits de la criminalité. Les différents témoignages indiquent que de petits investisseurs ont eux aussi tout perdu dans l'aventure.

Le procès a permis d'apprendre jusqu'à présent qu'Aiden Pleterski sollicitait des investissements de la part de personnes qui avaient entendu parler de lui, par les réseaux sociaux, dans les médias ou par des connaissances.

Aiden Pleterski.

Aiden Pleterski, qui s'est surnommé le « roi de la crypto », entre au palais de justice de Toronto, le 5 octobre 2026, pour la sélection du jury à son procès pour fraude. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Tous s'étaient dits impressionnés à l'époque par son génie en finances et son expérience des marchés boursiers.

Aiden Pleterski leur faisait croire qu'il disposait de 300 millions de dollars en réserves pour les protéger contre tout risque, alors que son fonds de commerce n'était que de 30 à 50 millions de dollars.

Il leur offrait des profits de 1 à 5 % par semaine et leur proposait de conserver 30 % de leurs avoirs au moment de retirer tout leur argent de sa compagnie, les gains et le capital initial.

La Couronne soutient qu'Aiden Pleterski n'a jamais investi l'argent de ses investisseurs dans les métaux précieux, les crypto-monnaies ou les devises étrangères comme ils le croyaient, mais qu'il s'en est plutôt servi pour mener un train de vie somptueux.

Des grands investisseurs…

Le propriétaire de clubs de musculation, David Hotrum, explique qu'il avait fait des recherches sur Internet au sujet d'Aiden Pleterski après avoir entendu parler de lui.

Il y a notamment trouvé un article du magazine Forbes, qui disait que le jeune homme était astucieux en matière de crypto-monnaies.

Je suis allé le voir chez lui, le 5 janvier 2021, dans un beau quartier de Whitby, où il m'a montré de nombreuses voitures de luxe, il avait l'air d'un type en règle, se souvient-il à la barre des témoins.

M. Hotrum ajoute qu'ils ont parlé d'affaires et d'occasions d'investissements. Il m'a dit qu'il pouvait doubler mon capital tous les trois mois, poursuit-il en confirmant qu'il lui avait donné une traite bancaire de 220 000 $.

Aiden Pleterski et son ancienne petite amie devant une Lamborghini verte fluo.

Aiden Pleterski et son ancienne petite amie qu'on ne peut identifier devant une Lamborghini à une date indéterminée et dans un endroit inconnu.

Photo : YouTube

L'entrepreneur mentionne qu'Aiden Pleterski lui a dit qu'il ne risquait rien puisqu'il avait un filet de sécurité de 300 millions de dollars pour éviter toute perte financière et qu'il recevrait des relevés hebdomadaires sur la façon dont son argent fluctuait sur les marchés de change

M. Hotrum précise en outre que l'accusé lui avait révélé qu'il était sur le point d'obtenir son permis de courtier en valeurs mobilières en Ontario.

Après trois mois, M. Hotrum a demandé à avoir une nouvelle rencontre en personne avec lui pour récupérer son capital initial. Aiden m'a dit que mon compte surperformait au-delà de toute attente, dit-il.

Il ajoute que l'accusé lui a expliqué la façon dont il procédait pour rendre l'argent à ses investisseurs et que cela prenait de trois à cinq jours ouvrables.

Aiden Pleterski dans un avion privé.

Aiden Pleterski, qui se surnomme lui-même le « roi de la crypto », a publié cette photo sur Instagram le 15 août 2021 et plusieurs de ses investisseurs disent l'avoir vue dans des médias. (Photo d'archives)

Photo : Instagram/@aiden.ptrs

M. Hotrum affirme qu'il a quitté la rencontre et qu'il n'a jamais revu son argent.

J'ai reçu à un moment sans explication de 50 000 $, se rappelle-t-il, en concluant qu'il ne lui aurait jamais donné d'argent s'il avait su qu'il s'en servait pour acheter des voitures de luxe ou des déplacements en avion privé.

Aiden Pleterski, qui se défend seul, a refusé de le contre-interroger.

Il n'a en fait jamais contre-interrogé ses présumées victimes, à l'exception de la première, en affirmant qu'il n'avait pas de questions parce qu'[il] ne savait pas ce qu'il faisait.

Les seules objections qu'il a soulevées pour l'instant étaient d'ordre sémantique. Il a par exemple demandé au juge ce que signifiaient les mots cul-de-sac et téléphone arabe.

…aux petits épargnants

Le charpentier de formation Dean Marchant avoue candidement au jury qu'il ne connaît rien à la bourse et aux finances.

J'ai consulté des moteurs de recherches pour savoir qui il était, et cela disait qu'il était un génie tout frais sorti de l'université et que les critiques à son sujet étaient positives, déclare-t-il.

Bien sûr que cela m'a influencé dans ma décision, parce que je n'y connaissais rien, poursuit-il. Il précise qu'il lui a donné 10 000 $ en octobre 2021 après l'avoir rencontré dans sa villa de plus d'un million de dollars à Whitby.

M. Marchant affirme qu'Aiden Pleterski lui a dit qu'il faisait affaire avec un courtier, mais qu'il ne se souvenait pas du nom de la compagnie ni l'endroit où elle était située.

Dean Marchant qui marche sur le trottoir avec un dossier dans les mains, le 8 octobre 2026.

Dean Marchant estime chanceux de n'avoir perdu que 10 000 $ par rapport à d'autres investisseurs qui ont perdu beaucoup plus.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

Contrairement à M. Hotrum, M. Marchant affirme qu'il ne se souvient pas d'avoir reçu par la suite des relevés sur la fluctuation de son argent sur les marchés.

M. Marchant explique qu'il n'a jamais revu son argent lorsqu'il a demandé à l'accusé de lui retourner ses gains et le capital au début de l'année 2022.

La Couronne projette à l'écran tous les textos que M. Marchant a envoyés à Aiden Pleterski à ce sujet, mais qui sont restés lettre morte.

L'agent immobilier Ronald Shute, de Pickering, est au nombre des investisseurs d'Aiden Pleterski qui disent avoir été floués. Le procureur Scott Patterson lui demande s'il travaille encore.

Je n'ai plus les moyens de prendre ma retraite, réplique l'homme visiblement âgé de plus de 65 ans.

Ron Shute marche sur un trottoir.

Ron Shute quitte le palais de justice de Toronto sans s'adresser à la presse après son témoignage au procès pour fraude d'Aiden Pleterski le 8 octobre 2026.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

M. Shute avoue qu'il n'avait fait aucune recherche à son sujet, mais qu'il avait vu une photo de l'accusé et de sa copine posant devant une voiture de luxe.

Il mentionne qu'il a allongé des économies de 100 000 $ à l'accusé pour qu'il les investisse dans des devises étrangères, mais pas dans les crypto-monnaies avec lesquelles il n'était pas familier.

Il m'a promis des rendements de 1 à 5 % par semaine et que je ne risquais rien, confie-t-il en confirmant qu'il avait signé une traite bancaire pour la somme en mars 2022.

Il précise qu'il a cessé de recevoir des relevés sur son compte deux mois plus tard et qu'Aiden Pleterski lui a écrit un courriel en lui expliquant que les relevés ne lui seraient plus envoyés pendant quelque temps à cause d'un deuil dans sa famille.

M. Shute ne reverra plus jamais la couleur de son argent.

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