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« J’étais prise dans un engrenage qui me dépassait. » C'est ainsi que Paméla Groleau a raconté sa tentative pour dénoncer à l'interne les gestes « de plus en plus intrusifs » qu'elle dit avoir subis de la part du cardinal Marc Ouellet.
Jamais Paméla Groleau n'aurait pensé ajouter son nom à l'action collective intentée contre des prêtres du diocèse de Québec. C'est dans ce contexte que les agissements allégués du cardinal sont devenus publics, à la suite de quoi M. Ouellet a intenté une poursuite de 100 000 $ en diffamation contre elle.

Paméla Groleau est poursuivie en diffamation par le cardinal Marc Ouellet.
Photo : Radio-Canada / Mathieu Catafard
Mme Groleau témoignait pour sa défense jeudi. Questionnée par son avocat Me Alain Arsenault, elle a raconté avoir été victime d'abus sexuels de la part d'un autre évêque, Léopold Manirabarusha, au début des années 2000, alors qu'elle était une jeune agente pastorale.
Puis, entre 2008 et 2010, elle aurait croisé la route de Marc Ouellet à plusieurs reprises lors d'événements publics. Massage d'épaule, bises insistantes, main dans le dos jusqu'au pli fessier : Mme Groleau a estimé que les gestes du cardinal étaient en gradation chaque fois qu'ils se rencontraient.
J'avais l’impression que, chaque fois que je rentrais dans une salle avec Monseigneur, il y avait un spotlight [l'attention sur, NDLR] moi.
Elle aurait plusieurs fois parlé de son malaise à des collègues de l'équipe pastorale. Je sens que c’est un sujet qu’on ne peut pas aborder au sein de l’institution, a-t-elle dit dans son témoignage jeudi. On ne peut pas dire ces choses-là, surtout quand ça vient d’un cardinal.
Elle a expliqué s'être beaucoup remise en question à l'époque. Comme si mon malaise était injustifié. J'avais le sentiment de ne pas être adéquate au sein de l'institution.
Malgré les scandales, ça n'a pas changé
Elle s'est ensuite tournée vers les ressources internes de l'Église. Elle n'a alors aucune intention d'alerter les médias ni de se tourner vers les tribunaux. Je ne m’étais jamais permis de réfléchir à cette possibilité, parce que j’avais le sentiment que ce serait comme une trahison envers l’institution, a-t-elle dit.
Mais la désillusion a été totale, a-t-elle raconté, en pleurs, au juge Martin Castonguay. Même après tous les scandales qui ont secoué l'Église, je me suis rendu compte que ça n'avait pas changé, que la façon à l'interne de traiter les plaintes était toujours la même, a avancé Paméla Groleau. Elle dit avoir subi des menaces et des représailles à la suite de ses dénonciations.
J’ai l’impression qu’on m’a arraché mon âme.
Elle a raconté avoir été sous le choc lorsqu'elle a appris que le cardinal avait intenté une poursuite en diffamation contre elle après que les allégations eurent été rendues publiques. J’avais vraiment l’impression d’avoir tout perdu, et qu’il ne me restait plus rien.
C'est alors qu'elle a choisi de sortir de l'anonymat et de raconter son histoire aux médias. J'avais besoin d'exprimer que je faisais cette démarche en tant que chrétienne, en tant que représentante de l’institution, parce que j’avais foi en l’institution, a expliqué Paméla Groleau. Ça m’a déchirée de voir les manquements alors que je demandais de l’aide.
Son contre-interrogatoire se poursuit jeudi après-midi.


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