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Une femme découvre un cadavre sur ses terres et décide de mener l’enquête elle-même, non sans entraves. Les décennies de violence qui ne se sont jamais vraiment estompées entre deux clans rivaux et les événements survenus dans le pénitencier fédéral du village altèrent ainsi ses recherches. La créatrice de Prescott, Anie Pascale — qui signe les textes avec Sophie Fortier et Marie-Ève Bourassa —, situe la genèse de la série dans un enjeu très contemporain. « Je suis quelqu’un qui est très préoccupé par ce qui se passe, par les situations politiques. Je trouve que la rage et la violence sont sous-jacentes de beaucoup de choses présentement », explique-t-elle.
Cette colère, elle ne voulait pas la glorifier, plutôt la suivre à la trace, comprendre comment elle circule dans un microcosme, comment elle se transmet d’une génération à l’autre. « Ça me fascine et c’est de ça qu’on parle [dans Prescott]. Comment fait-on quand on a toujours été dans une dynamique de violence ? » Ses recherches auprès d’agents correctionnels pour la série l’ont amenée à dresser un constat peu réjouissant : à la question de la possibilité de la réinsertion, la réponse était souvent non. « La vérité, c’est que c’est rare des détenus qui se réhabilitent et qui changent complètement de vie. Il y a quelque chose là-dedans que je trouvais symptomatique aussi de ces familles-là qui ont vécu dans le conflit pendant si longtemps et qui le répètent », ajoute-t-elle. Si les Trudeau et les Meunier veulent s’en sortir, il faudra briser le cycle.
Un regard de femme
« Il y a le personnage de Valérie [Trudeau], qui, elle, veut faire autrement », assure Anie Pascale. La créatrice la décrit comme une sorte d’alter ego qui lui permet de porter un regard de femme sur un univers d’hommes. « Je suis quelqu’un de profondément féministe et c’était important pour moi », ajoute-t-elle. Catherine Chabot, qui incarne ce personnage, voit en elle quelque chose de rarement montré à l’écran. « C’est une femme qui doit se battre, qui navigue à travers des eaux assez tumultueuses et assez violentes. Mais elle a aussi de la violence à l’intérieur d’elle. Les personnages féminins, on ne les voit pas souvent connectés à cette agressivité-là ou à cette violence », relève l’actrice. Valérie Trudeau a-t-elle raison de se faire justice elle-même ? « À un moment donné, tu te fais attaquer, tu te fais pousser, il faut que tu répondes. Elle va donc se mettre de plus en plus dans le pétrin. C’est ça qui est intéressant », mentionne-t-elle.
Valérie Trudeau doit également prendre sa place de mère de famille. « Elle doit défendre son territoire, défendre ses enfants. C’est une mère lionne », note Catherine Chabot. Anie Pascale a, de fait, souhaité explorer la maternité avec nuance, notamment à travers la relation entre la protagoniste et son fils jeune adulte, Jordan, à qui Lévi Doré prête ses traits. « On a bien compris que ce lien-là, entre la mère et le fils, qui sont très proches en âge parce qu’elle l’a eu jeune, a quelque chose de presque étrange, puisqu’ils sont quasiment des amis », confie la créatrice de Prescott.
Même si l’univers de la série est majoritairement masculin, les personnages féminins forts brillent, souvent en raison de leur ambiguïté. « Ce n’est pas quelque chose qu’on retrouve généralement dans une saga criminelle écrite par des hommes », souligne Anie Pascale, qui cite en exemple le personnage de la mère d’un détenu interprété par Caroline Néron. « Oui, c’est une femme sexuellement épanouie, mais on comprend tout de suite qu’elle ne devait pas en mener large dans les arénas où son fils jouait au hockey », précise-t-elle. Il s’agit d’un personnage complexe, bien au-delà de ce que le genre lui réserverait habituellement.
La bête humaine
Sur le plan formel, Prescott, par ailleurs réalisée par Julien Hurteau, assume un côté délibérément rugueux. « Il y a quelque chose de complètement brut qu’on voulait dans le jeu et que je pense qu’on a au dialogue. C’était important pour moi que ça soit quelque chose de très parlé », indique Anie Pascale. Catherine Chabot est du même avis. « La colère et la violence, ça vient un peu de partout. Chacun des personnages est pris avec ça. C’est sûr que c’est explosif », dit l’actrice. Le résultat tient alors de l’animalité. « Dans la proposition, il y a quelque chose de très vrai, de très cru. On est dans quelque chose de très proche de la chasse, de la bête. On la voit, la bête humaine », poursuit-elle.
Prescott ne s’arrête pourtant pas à la noirceur. « Je trouve ça beau de voir les personnages se dénouer tranquillement, parce qu’ils ont aussi une belle humanité. Il y a une part de rédemption, de réconciliation dans tout ça », conclut Catherine Chabot.


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