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Les jeunes diraient-ils tout haut ce qu'une large frange de la population française pense tout bas ? Selon un sondage Odoxa pour Le Figaro et Backbone, publié le 1er octobre, 62 % des Français considèrent la mobilisation des lycéens comme "justifiée", tout en condamnant les violences et débordements.
Ce soutien est majoritaire dans toutes les tranches d'âge, et dans presque toutes les familles politiques – seuls les sympathisants Les Républicains (LR) sont une minorité à trouver le mouvement légitime (41 %). Pour Paolo Stuppia, chercheur associé au CESSP (CNRS-Université Paris I-EHESS), co-auteur avec Valérie Becquet de Géopolitique de la jeunesse – Engagement et (dé) mobilisations (Cavalier bleu), "ce soutien n'est pas du tout étonnant. Une majorité de Français peut s'identifier à cette jeunesse scolarisée : ils peuvent se dire que ce sont potentiellement leurs enfants".
Dégradation des conditions d'apprentissage
Depuis le 21 septembre, les blocages se multiplient partout en France pour dénoncer la dégradation des conditions d'apprentissage : bâtiments vétustes, enseignants non remplacés, classes surchargées ou pression de Parcoursup. Près d'un millier d'actions ont été recensées le 1er octobre, dans une journée marquée par de nombreuses interpellations et plusieurs centaines de blessés parmi les forces de l'ordre. Près de 400 établissements restent fermés ce vendredi et le mouvement gagne désormais les universités. Le ministre de l'Éducation Édouard Geffray a reçu jeudi les associations lycéennes et de parents d'élèves.
Blocage des lycées en France : Darmanin veut faire "payer les réparations" aux parents"Les jeunes expriment un sentiment d'horizon bouché qui n'est pas propre à la génération Z", poursuit Paolo Stuppia. "Ce malaise est ressenti dans plusieurs parties de la population." Il rappelle que le soutien de l'opinion aux mouvements de jeunesse n'est pas inédit. En 2006, sous la présidence de Jacques Chirac, la contestation contre le CPE (contrat première embauche), partie des universités puis étendue aux lycées, avait progressivement gagné l'opinion et contribué à isoler le gouvernement jusqu'au retrait du texte.
Vingt ans plus tôt, la mobilisation contre la loi Devaquet, sous François Mitterrand, avait déjà connu une issue comparable. "C'est la hantise du gouvernement. Le fait qu'il ait convoqué dès le 1er octobre une cellule de crise interministérielle, dix jours seulement après le début du mouvement, traduit sa fébrilité", analyse le chercheur. Le retrait, dès jeudi soir, du projet de frais d'inscription en BTS et classes préparatoires pour les non-boursiers témoigne, lui, d'une volonté d'apaisement.
Blocage des lycées : Matignon condamne des "violences urbaines" et incrimine LFIDes jeunes instrumentalisés ?
Ces derniers jours, plusieurs responsables de La France insoumise (LFI), comme Bally Bagayoko ou Louis Boyard, se sont rendus sur les blocages lycéens pour afficher leur soutien au mouvement. Le maire de Saint-Denis a notamment déclaré que "la violence, à un moment donné, peut être légitime". Matignon, s'appuyant sur une analyse des services de renseignement, a dénoncé une "manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultragauche", entraînant la riposte tout aussi immédiate du coordinateur de LFI, Manuel Bompard : "les proxys sont Lecornu et les gouvernements successifs" qui ont réduit les investissements dans l'éducation.
L'implication des Insoumis est pourtant très largement critiquée. Selon le sondage Odoxa, près de huit Français sur dix y voient une démarche électoraliste ; une nette majorité estime également que le parti n'est pas dans son rôle et qu'il met les lycéens en danger.
Pour autant, comme l'explique Emile Leclerc, directeur d'études d'Odoxa, "si le gouvernement comptait détourner l'attention de l'opinion en focalisant le problème sur l'attitude de la France insoumise, il se trompe. Les deux tiers des Français ne se sentent proches ni des positions de la France insoumise, ni de celles du gouvernement".
En réalité, la colère lycéenne rencontre une inquiétude déjà profondément installée dans l'opinion. Bien avant le début de la mobilisation, près de neuf Français sur dix jugeaient que la situation générale de l'école s'était dégradée depuis dix ans et considéraient l'éducation comme un enjeu majeur de la présidentielle.
Dans un pays où seuls 17 % des Français disent désormais faire confiance à Emmanuel Macron et 19 % à Sébastien Lecornu, le mouvement lycéen rencontre un mécontentement qui le dépasse largement. Derrière les professeurs absents, les bâtiments dégradés ou les classes surchargées, une partie de l'opinion reconnaît ses propres griefs face à une école jugée à bout de souffle.
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