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« Pourquoi Macron a-t-il déclaré que l’on s’en prenait pour “la première fois” à des innocents en raison de leur religion? »

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FIGAROVOX/CHRONIQUE - En déclarant au sujet de l’attentat de Trappes qu’il s’agissait de «la première fois qu’il y avait un acte terroriste planifié pour tuer nos compatriotes à raison de leur couleur de peau ou de la religion qu’on leur donne» avant de se rétracter, Emmanuel Macron a commis une lourde erreur, juge l’avocat.

Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Il est également président d’Avocats sans frontières.


À l’ordinaire, je n’ai pas le goût des chroniques victimaires. Je préfère verser dans l’ironie ou la moquerie amère. Mais cette semaine, désolé, je ne puis. Notre président de la République, encore pour quelques mois, aura réussi à me surprendre encore. Il a fait le choix ce vendredi 23 de se rendre à Trappes après qu’un individu prénommé Kevin a tiré mortellement sur un malheureux sportif de couleur ainsi que sur d’autres personnes, dont une petite fille de 12 ans. Au moment où j’écris ces lignes, j’apprends que le meurtrier a été conduit au service psychiatrique en raison de son état psychique. De la cocaïne et du cannabis ont également été trouvés dans son sang d’après les résultats de l’analyse toxicologique. Je souhaite, quoi qu’il en soit, dans cette circonstance, un traitement judiciaire à la hauteur de cette monstruosité.

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Ayant écrit cela fermement, j’ignore pour quelle raison Monsieur Macron aura fait le choix de se rendre ici et non sur d’autres lieux, si nombreux, où la terreur s’est hélas exercée, mais, dans la situation où se trouve la France, nous ne sommes plus dans la concurrence victimaire. Ailleurs est située la cause de l’irritation extraordinaire de ma chronique hebdomadaire. Elle trouve sa source dans les déclarations hallucinantes, et, j’ose l’écrire, hallucinées, du président de la République en exercice lorsqu’il se trouvait sur les lieux de l’attentat et que je vais reproduire ci-après servilement : « Ce qui s’est passé aujourd’hui, c’est un tournant parce que c’est la première fois qu’il y a un acte terroriste planifié pour tuer nos compatriotes, nos enfants, à raison de leur couleur de peau ou de la religion qu’on leur donne. »

Antisémitisme mortel oublié

Avec Emmanuel Macron, je m’interroge toujours pour savoir si je dois traiter son comportement sous un angle uniquement politique, mais, n’étant pas psychologue, je m’en tiendrai là. Je dois ici peser mes mots au trébuchet des convenances, mais j’avoue que, pour des raisons personnelles et professionnelles, j’ai été saisi d’une colère que j’ai tenté d’apaiser en la répandant sur ces réseaux que l’on dit sociaux. Comment le président de la République a-t-il pu oser déclarer que c’était la première fois que l’on s’en prenait à des innocents en raison de leur religion ? N’était-il pas le mieux placé pour savoir que c’était monstrueusement faux ? J’avoue avec humilité n’avoir aucune explication. J’avoue aussi que j’ai ressenti une tristesse infinie que ma colère n’apaisait pas. J’écris ici que ce déni ne passe pas.

J’avais également écrit ici que j’étais rue Copernic lors de l’attentat contre la synagogue. Mon cabinet étant situé à quelques mètres, j’ai couru en entendant l’explosion. Je revois les corps ensanglantés des victimes à même le sol. Je suis de ceux qui ont fait condamner, quarante années plus tard, Hassan Diab, qui coule des jours heureux au Canada sans que nos autorités judiciaires ne se démènent beaucoup pour obtenir son extradition. Je suis l’avocat de Natacha Goldenberg, pour le massacre de la rue des Rosiers contre le restaurant Goldenberg, il y a aussi quatre décennies. Je suis l’avocat de la famille de Philippe Braham, victime de l’attentat islamiste contre l’Hypercacher ; je puis attester du courage et de la dignité exceptionnels de son unique fils. Je suis l’avocat d’Esther, sœur de Sarah Halimi, assassinée par un islamiste que la justice française n’a pas condamné parce qu’il avait trop fumé de haschisch. L’antisémitisme a été reconnu. Nous verrons comment elle se comportera avec Kevin le cocaïné. Je suis l’avocat de la famille de Mireille Knoll, brûlée et assassinée par deux antisémites estampillés. Sans être leur avocat, le Rouennais qui écrit songe à la famille du père Hamel, assassiné dans son église normande de Saint-Pierre du Rouvray par Adel Kermiche et Abd al Malik.

À lire aussi «On a appris qu’il avait tourné extrême droite» : Kévin T., le suspect de l’attentat de Trappes, a-t-il été identifié sur la photo d’un groupe propalestinien ?

Je songe, pour avoir beaucoup parlé de lui et de son oubli, à Alban Gervaise, médecin militaire de 40 ans venu récupérer ses enfants à la sortie du groupe scolaire privé catholique à Marseille, poignardé dix fois par Mohamed L. « au nom d’Allah ». Je pense encore aux trois fidèles tués par Brahim Aouissaoui, le 29 octobre 2020, dans l’attentat de la basilique Notre-Dame de Nice. Je songe donc à Nadine Devillers, à Vincent Loques et à Simone Barretto Silva, assassinés en raison de leur foi. Je pense aussi à Ashur Sarnaya, chrétien assyro-chaldéen de 45 ans. Je m’étais plaint sur X que nul ou presque n’ait parlé de cet handicapé en fauteuil roulant, égorgé le 10 septembre 2025 à Lyon alors qu’il évoquait sa foi chrétienne. Le suspect principal est un Algérien lié au mouvement djihadiste. J’avoue donc être en colère de ne pas voir la France suffisamment encolérée par cet oubli présidentiel inexplicable autant qu’insupportable.

Retour et fin, précisément, sur l’antisémitisme mortel oublié. Et que n’efface certainement pas ce communiqué publié à la hâte dans la nuit, tentant de réparer l’omission sans même s’en excuser. Voilà un président qui a refusé de marcher contre l’antisémitisme pogromiste sur le conseil de Yassine Belattar, anciennement proche du CCIF dissout pour sa propagande islamiste. Et voilà le même président qui, près de trois années plus tard, piétine, en banlieue, ses victimes en les effaçant. Il arrive parfois à un avocat de ne plus avoir de mots pour qualifier une faute et situer sa hauteur. Cela vaut mieux, peut-être.

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