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N’importe quel partisan du Canadien qui a regardé un match pendant les séries l’a constaté : les joueurs brisent des bâtons. Beaucoup de bâtons. Mais pourquoi l’équipement de ces athlètes élites semble flancher si facilement ?
Jeffrey Ferron connaît les bâtons d’hockey. Depuis 10 ans, il les répare depuis son petit atelier de la Rive-Sud de Montréal. Selon lui, c’est la question du poids des bâtons qui est en cause dans la quantité énorme d’entre eux qui sont brisés lors des matchs de hockey professionnel.
« Pour enlever du poids, il faut enlever du matériel. Et veut veut pas, au final, si le bâton est plus mince à l’intérieur, il est plus fragile », explique le jeune entrepreneur.
Depuis qu’il est en affaire, il a vu une très grande transformation de l’industrie. « Quand j’ai commencé, il y a 10 ans, un bâton, c’était entre 425 et 450 grammes. Puis, aujourd’hui, un bâton considéré comme lourd, on parle d’un bâton de 400 gammes. Puis, un bâton considéré comme dans les plus légers, on parle d’entre 330 et 350 grammes », laisse-t-il savoir.
Pour diminuer le poids des bâtons et répondre aux attentes des amateurs comme des professionnels, « on enlève du carbone dans la palette, on enlève du carbone dans le manche. La palette chip plus vite et la palette casse. Les compagnies sont juste rendues à un point où elles augmentent le prix pour des bâtons plus fragiles », se désole M. Ferron.
Face à cette épidémie de bâtons brisés, il offre des services de réparation à ceux qui, contrairement aux joueurs du Canadien, ne peuvent pas empoigner un bâton neuf au début de chaque période.
« Mes clients, ce sont soit des adultes qui jouent dans des ligues de garage et qui ne veulent pas payer 450 $ pour un bâton de hockey, [ou] les parents de joueurs de hockey qui sont en sport-études et ça leur coûte une fortune en bâton par année », explique-t-il depuis son atelier, une cinquantaine de bâtons alignés au mur derrière lui.
Une industrie en croissance
L’industrie de l’équipement de hockey est immense : sa valeur était estimée à 2,30 milliards de dollars américains en 2024 et devrait atteindre 3,13 milliards d’ici 2030. Aux yeux de Jeffrey Ferron, l’aspect marketing est central à cette course à la légèreté, et au coût faramineux de ces nouveaux bâtons de hockey. Certains se vendent à plus de 400 dollars l’unité.
« Fait que là tu as des jeunes, mettons en sport-études, qui se disent : “moi, je veux le nouveau super bâton de 300 grammes” », constate-t-il. Cette association de la légèreté à la performance mène à des bâtons à la limite d’être trop fragiles et qui ont une faible durabilité dans le temps. Ce qui explique tous ces bris sur la glace pendant les séries.
Mais il affirme aussi qu’« un gars de la Ligue nationale, souvent, s’il a joué dans le junior avec tel modèle de bâton, c’est très rare que quand il va arriver au niveau professionnel, il va vouloir changer de bâton ». Selon lui, ce ne sont donc pas tous les professionnels qui jouent eux-mêmes avec ces nouveaux bâtons ultralégers.
« Quand les jeunes rentrent ici, ils me disent qu’ils veulent le Bauer Pulse de Caufield. Quand je leur montre le poids du bâton que Caufield utilise [en réalité], ils ont la gueule à terre. » Comme quoi l’outil ne fait pas le moine, même lorsqu’on gagne plus de 10 millions de dollars par année.
Le Devoir a contacté plusieurs grands fabricants de bâtons de hockey pour avoir leur avis sur la question, mais au moment où ces lignes étaient écrites, aucun n’avait répondu.


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