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Un adage veut qu'on peut faire dire ce qu'on veut aux chiffres. L'Administration Trump, qui a opéré des coupes claires au sein de l'office des statistiques, en a fait une règle cardinale. Au point, aussi, de manipuler les données qui la dérangent.
Le 23 juillet, le New York Times a révélé que le Pentagone a revu à la baisse ce bilan, contredisant ses propres communiqués antérieurs.
Quatre morts et plusieurs dizaines de blessés ont disparu des chiffres officiels, après que le Système d'analyse des pertes de la Défense (DCAS) eut initialement indiqué que le nombre total de soldats américains tués au combat s'élevait à dix-huit.
Des explications confuses
Interpellés par douze sénateurs du Parti démocrate, des responsables du ministère de la Défense ont attribué les erreurs à des "perturbations des données" avant d'expliquer qu'une nouvelle catégorie de pertes a été créée "à dater du 7 juillet" pour les "Opérations à l'étranger". Le DCAS a enregistré les quatre militaires décédés ainsi que 140 blessés dans cette nouvelle catégorie.
En outre, le ministère de la Défense a modifié à deux reprises la mission à laquelle étaient attachées deux des quatre soldats tués. Un communiqué de presse a d'abord précisé qu'ils "soutenaient l'opération Inherent Resolve", menée, depuis 2024, contre l'État islamique en Irak et en Syrie. Ensuite, un second communiqué a indiqué que les deux victimes ont perdu la vie "en soutien à des opérations en Jordanie". Or, affirme la chaîne CNN, les deux militaires en question ont été tués lors de frappes iraniennes.
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Ce tour de passe-passe brouille les pistes. Ainsi, la nouvelle catégorie ne permet pas de distinguer le théâtre d'opérations où une perte a été enregistrée alors que les forces armées américaines mènent aussi des frappes contre des trafiquants de drogue présumés dans les Caraïbes, contre les rebelles houthis dans le Golfe persique ou, depuis mercredi, en Irak, contre des paramilitaires alliés de l'Iran.
En découplant les opérations, l'Administration Trump peut préserver des bilans faibles en apparence, alors que la guerre contre l'Iran est chaque jour plus impopulaire. La question est des plus politiques alors que le Président et le ministre de la Défense Pete Hegseth tiennent leurs prédécesseurs Joe Biden et Lloyd J. Austin, ainsi que la vice-présidente Kamala Harris, pour personnellement responsables de la mort de 13 militaires américains lors d'un attentat-suicide perpétré à Kaboul, en Afghanistan, en 2021.
Le choix de la date du 7 juillet, enfin, ne doit rien au hasard : ce jour-là, le président Donald Trump a notifié la reprise des opérations contre l'Iran, après l'interruption de quelques semaines, consécutive à la signature d'un protocole d'accord avec Téhéran, mi-juin.
Du point de vue de la Maison-Blanche, il s'agit d'un "nouveau" conflit. Et pour cause : en vertu de la loi de 1973 sur les pouvoirs de guerre, le président des États-Unis, qui dispose d'un droit d'initiative en matière militaire, doit soumettre au Congrès toute poursuite des opérations militaires au-delà de 60 jours. Cela aurait été le cas le 1er mai pour l'opération Epic Fury, lancée contre l'Iran le 28 février.
Donald Trump affirme que le cessez-le-feu conclu avec l'Iran a remis ce décompte à zéro, interprétation que même certains Républicains jugent fallacieuse. Créer une nouvelle catégorie à partir du 7 juillet renforce le narratif du Président qui répète que les opérations en cours contre l'Iran constituent un deuxième conflit.
Selon le lieutenant-général à la retraite Ben Hodges, vétéran des guerres en Irak et en Afghanistan, interrogé par le New York Times, minimiser le nombre de morts pendant la guerre relève d'"une réticence ou d'une incapacité à tirer pleinement les leçons de ses erreurs". Mais, aussi, d'un manque de respect à l'égard des militaires concernés et de leur famille.
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Autre front, autres chiffres. L'opération Southern Spear entamée depuis septembre 2025, qui consiste en des frappes meurtrières contre des trafiquants supposés de drogue, aurait permis de réduire la quantité de cocaïne entrée aux États-Unis, selon la Maison-Blanche. Soixante-sept frappes ont fait au moins 221 morts, d'après le décompte du Pentagone, à la date du 27 juillet. Ces opérations ont été qualifiées d'exécutions extrajudiciaires par des experts juridiques.
Donald Trump a répété au moins quinze fois que ces frappes auraient réduit de 97 ou 98 % le trafic de drogue par voie maritime vers les États-Unis.
Pourtant, selon des rapports de l'Agence de lutte contre le trafic de stupéfiants (DEA), révélés par le Washington Post, les frappes n'auraient en réalité eu aucune incidence sur l'offre et sur le prix de la cocaïne aux États-Unis. Ces analyses ont été communiquées à des élus des deux partis, lors d'une réunion à huis clos au Congrès, en juin.
Comparant le trafic à un ballon de baudruche, un responsable de la DEA a formulé cette métaphore : "Quand vous exercez une pression d'un côté, l'air se déplace de l'autre". Selon les informations de la DEA, les trafiquants ont tout simplement diversifié leurs moyens de transport et les voies empruntées.
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