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Pourquoi ces soldats nés en Ukraine ont-ils combattu pour la Russie?

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«Je ne regrette pas mon choix. Je suis allé défendre ma terre», affirme Anton, aujourd'hui âgé de 22 ans. En février 2022, alors qu'il fêtait ses 18 ans et que Vladimir Poutine lançait la guerre d'invasion à grande échelle de l'Ukraine, ce jeune homme né dans le Donbass s'est engagé pour combattre aux côtés de la Russie avec ses amis.

La BBC est partie à la rencontre de soldats nés en Ukraine, qui ont soutenu Moscou. Ils ont depuis été faits prisonniers de guerre. Détenus dans des camps aux côtés de soldats russes, ils seront jugés pour trahison.

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«Interroger des prisonniers de guerre n'est pas chose aisée: il faut d'abord s'assurer qu'ils ne subissent aucune contrainte, puis évaluer avec quelle franchise ils s'expriment compte tenu des circonstances», préviennent les journalistes Sarah Rainsford, Mariana Matveichuk et Anastasia Levchenko. Les entretiens, réalisés sans gardien ni caméra, donnent un aperçu des motivations de ces hommes qui ont pris les armes contre leur pays d'origine.

Trahisons contraires

Si Kiev considère que le contrôle russe sur les régions annexées n'est que temporaire, ces Ukrainiens ne se voient pas en traîtres. «Je me considère comme russe. Un pays, ça ne veut rien dire, c'est la nationalité qui compte. Toute ma famille est originaire de Russie. C'est là-bas que se trouvent mes racines», estime Anton.

Pendant des années, les autorités russes régnant sur les territoires ukrainiens annexés ont dépeint les autorités de Kiev comme «nazies», martelant leur illégitimité. Toute une génération née en Ukraine a grandi sous occupation. Celle-ci a baigné dans les discours d'assimilation russe et a eu accès à une éducation et des médias contrôlés par le Kremlin.

Artyom, lui aussi originaire de Donetsk, s'est engagé il y a seulement deux mois et porte aujourd'hui sur son corps les traces de multiples éclats d'obus. Son combat est nourri par le ressentiment des intenses bombardements de 2014 sur sa région, lorsque les forces ukrainiennes ont tenté d'empêcher la région de faire sécession de Kiev.

Pour autant, il n'est pas exempt d'amertume envers l'armée russe: son commandant était «mauvais» et il n'a jamais reçu le moindre centime des 400.000 roubles (environ 4.000 euros) promis en frais d'engagement. Certains de ses camarades russes ont pourtant été payés cinq fois plus.

Fuite en avant

Sergueï, né dans la ville ukrainienne de Louhansk, se considère également comme russe: ses parents se sont installés dans le Donbass à l'époque où les deux pays faisaient partie de l'Union soviétique. Il a rejoint l'armée russe il y a dix ans pour «défendre sa patrie». Il espère désormais prendre sa retraite, une fois qu'il sera sorti de prison.

Son camarade Konstantin, 44 ans, s'est pour sa part engagé «exclusivement» dans le but d'échapper à une condamnation à quinze ans de prison pour trafic de drogue. «Je ne vois rien de bon dans aucune guerre, et dans une guerre comme celle-ci, il ne peut y avoir rien de bon a priori. Je ne dis pas que nous sommes comme les Ukrainiens, mais nous sommes proches. Nous avons tous de la famille là-bas», considère celui qui ne regrette néanmoins pas d'avoir combattu.

La quasi-totalité des prisonniers d'origine ukrainienne rencontrés par la BBC se sont engagés volontairement, à l'exception d'un homme de Donetsk, qui rapporte avoir été contraint de combattre. Selon un bilan officiel ukrainien, plus de 50.000 citoyens auraient été enrôlés de force par Moscou dans les zones occupées.

Pour Kiev, ces prisonniers de guerre représentent une monnaie d'échange pour rapatrier ses propres soldats, mais les négociations avec la Russie se font souvent en défaveur des hommes originaires du Donbass. «À peine une douzaine d'entre eux ont été transférés cette année, déplore Konstantin. On dirait qu'ils ne veulent pas nous échanger. Je pense que nous serons les derniers à partir.»

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