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Pourquoi accélérer le développement éolien au Québec?

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Alors que les besoins en énergie électrique augmentent sous l’effet de l’électrification des transports et des bâtiments, le gouvernement accélère le développement de la filière éolienne. Cette avenue constitue-t-elle une réponse durable aux défis énergétiques du Québec?

Pourquoi Hydro-Québec cherche-t-elle à augmenter sa production électrique ?

« On a une ambition de décarbonation qui est parmi les plus ambitieuses sur la planète », explique Mathieu Johnson, vice-président principal au développement chez Hydro-Québec et responsable du dossier éolien. « Les énergies fossiles comptent pour 50 % de notre énergie. Pour faire la transition vers autre chose, on doit avoir une vraie disponibilité de la ressource en électricité. » La demande en électricité au Québec devrait en effet croître dans les prochaines années sous l’influence de l’électrification des transports et des bâtiments, souligne François Bouffard, professeur de génie électrique à l’Université McGill. « Un chargeur de véhicule électrique à la maison, par exemple, c’est l’équivalent de rajouter un chauffe-eau », explique-t-il.

À l’instar d’Hydro-Québec, il mentionne l’effet de la croissance démographique et de la construction de nouveaux logements, souvent plus grands et plus énergivores. « Au Québec, les périodes de pointe de consommation d’électricité sont fortement corrélées à la demande en chauffage résidentiel », rappelle-t-il, soulignant la nécessité de développer un réseau capable de répondre à ces pics de consommation.

La société d’État déclare également vouloir encourager le développement industriel. « On veut attirer de nouvelles industries sur le territoire québécois, comme on l’a vu récemment avec l’intérêt pour l’hydrogène ou la filière batterie », explique Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, mentionnant l’intérêt actuel pour le développement de centres de données. Il souligne également la pression exercée pour accroître les contrats d’exportation d’électricité, une source de dividendes importante pour l’État, et l’apparition de nouvelles instabilités géopolitiques, qui rebrassent les cartes en matière d’énergie.

Devant une demande en croissance, le réseau actuel ne fournit pas. « La manière dont on a planifié la transition énergétique et l’exportation d’énergie, ça a laissé à désirer ces dix dernières années, en ne prenant pas en compte l’instabilité des ressources en eau », constate Pierre-Olivier Pineau. Il note que depuis trois ans, on observe que les quantités sont faibles dans les réservoirs d’Hydro-Québec, alors que croissent les craintes de ne pas être en mesure de subvenir à la demande. « Dans un contexte où il ne reste plus vraiment de rivières à harnacher au Québec et où la production hydroélectrique demande beaucoup de ressources, Hydro-Québec est poussée à explorer de nouvelles avenues », conclut François Bouffard.

Pourquoi faire le choix de développer la filière éolienne ?

Le choix de l’éolien tient en grande partie à sa facilité de déploiement et à son plus faible coût. « C’est beaucoup plus simple à construire qu’un barrage, qui ne rentrera pas en fonction avant au moins dix ans », rappelle Pierre-Olivier Pineau. Il ajoute que l’éolien, moins destructif pour les territoires, bénéficie d’une meilleure acceptabilité sociale et demeure moins coûteux que la mise en place de panneaux solaires à grande échelle.

Quant aux promesses de la filière, François Bouffard se montre optimiste. « L’éolien se marie bien à notre géographie. Le Québec est venteux, on a aussi de l’espace et une possibilité d’implanter des parcs éoliens près des centres de consommation. »

Il note que développer de nouvelles filières permettrait également de diversifier un réseau encore très axé sur la production hydraulique. « C’est de l’eau qu’on va pouvoir conserver derrière les barrages. C’est l’avantage : on peut stocker plus et utiliser cette énergie lorsque sa valeur est plus intéressante, comme pour répondre à la demande lorsqu’il fait très froid », explique-t-il.

Quels défis sont à prévoir ?

L’éolien présente un certain nombre de désavantages.

D’une perspective technique, la technologie est réputée moins stable et présente un plus grand risque de panne, explique François Bouffard. Elle est également moins efficace dans les moments de forte demande d’énergie, comme pendant les grands froids.

Plus largement, la perspective d’accroître la production énergétique québécoise exigera une série d’ajustements. Le raccordement de cette nouvelle capacité au réseau existant, pas toujours en mesure de supporter une intensité accrue, constitue l’un des principaux défis. « L’exemple le plus probant, c’est la Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent. Ce sont des régions où on a un potentiel éolien qui est très intéressant, mais où le réseau n’est pas en mesure d’intégrer plus d’énergie » explique-t-il, soulignant que l’annonce récente d’une ligne haute tension jusqu’à Rivière-du-Loup pourrait permettre de pallier la situation.

En matière de développement, le modèle actuel — qui permet à des entreprises privées de développer des parcs éoliens pour alimenter directement leurs installations — demeure source de débats. « C’est faire fausse route », déplore François Bouffard. « Il faut mettre le plus possible de ressources en réseau pour construire moins et plus intelligemment ». À cet égard, les experts soulignent que la place du privé dans la production énergétique constitue un choix de société. « Le public n’est pas nécessairement une panacée. Il est parfois moins agile, plus politique », soutient Julie Reid Forget, présidente de l’organisme Terres publiques. « Mais on peut aussi se demander si le privé fait parfois trop d’argent sur les sacrifices que fait le public. »

Le développement de la filière éolienne est-il une bonne nouvelle pour la transition climatique ?

Oui et non. Pour François Bouffard, elle permet surtout d’opérer un véritable pivot vers les énergies renouvelables. « Le pétrole et le gaz doivent rester dans le sol. Pour l’éolien, si les communautés disent oui et qu’elles en tirent des bénéfices, pourquoi pas ? Être riche en énergie à faible carbone est un atout très important. »

D’autres experts remettent cependant en question la compatibilité d’une production accrue en énergie avec la transition écologique. Selon Julie Reid Forget, l’électrification exige un recours accru à des composants minéraux, ce qui stimule le développement minier. « Les projets éoliens et miniers, ensemble, appliquent une grande pression sur le territoire. La question, c’est : est-ce que notre transition énergétique contribue véritablement à notre transition écologique ? Il faut qu’on puisse calculer l’empreinte sur le territoire, sur la biodiversité et les écosystèmes. »

« C’est certain que la vraie solution demeure plus de sobriété énergétique. Mais au Québec, société énergivore, c’est encore très difficile de vendre cette vision », explique Pierre-Olivier Pineau. Il évoque l’idée d’encourager les citoyens et les entreprises à revoir leurs habitudes énergétiques, en laissant leur consommation excédentaire à leur charge. « Pour les individus, ça pourrait être de les encourager à installer des panneaux solaires ou à mutualiser l’énergie à l’échelle des collectivités. Bref, à prendre conscience de leurs dépenses en énergie. »

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