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INTERVIEW
Après une année chargée et auréolée de succès, le comédien, réalisateur et humoriste s’est confié au « HuffPost » sur la façon dont son parcours individuel a sculpté sa vision du métier et de la célébrité.

Stephane Cardinale - Corbis / Corbis via Getty Images
Thomas Ngijol (ici en 2025 à La Rochelle) s’est confié au HuffPost.
« Guess who’s back ? » Ce vendredi 20 mars, Thomas Ngijol revient au festival Séries Mania un an après que la série Empathie dans laquelle il joue aux côtés de Florence Lompré y a remporté le prix du public. En 2026, c’est comme juré de la section Panorama International qu’il est à Lille. Il y donnera également une masterclass sur son parcours pour le moins varié.
Après avoir débuté sur les planches du Jamel Comedy Club, il a touché à tout ou presque : chronique au Grand Journal, émissions de télé, radio, one man show(s), mais aussi évidemment le cinéma où il joue et réalise, et plus récemment, les séries télé. En 2025, son film Indomptables, tout comme la série Empathie ont bénéficié d’un accueil critique et populaire chaleureux. Certainement pas de quoi donner au père de famille de 47 ans la grosse tête, comme il l’explique au HuffPost lors d’un entretien mené ce 19 mars.
Le HuffPost : Indomptables, Empathie, juré à Séries Mania... elle est plutôt pas mal la période, non ?
Les bonnes choses sont là, tant mieux, on les prend, mais je ne suis pas dupe. Je continue à avancer humblement. C’est un long métier, on n’est jamais arrivé. Je ne le dis pas du tout de façon paranoïaque, il faut profiter des belles choses et ça c’est vraiment mon moteur. Mais je ne peux pas m’asseoir là, rester en lévitation. Je suis très ’ouvrier’ dans ma tête, j’ai été élevé comme ça : il faut charbonner, toujours continuer à charbonner. J’adore ce mot. Et être vigilant sur l’exigence qu’on s’impose et le sens qu’on va chercher dans tous ses projets. Cela ne peut pas être vide.
C’est quelque chose qui tient à cœur du Thomas de 47 ans, ou ça a toujours été là ?
Depuis le premier film que j’ai coréalisé, Case départ, c’est là. Ce n’était pas une démarche militante, mais artistique. On se disait ’Qui va écrire ces rôles-là, si ce n’est pas nous. Donc allons-y.’ Et à l’époque il y avait encore moins de visages comme le mien dans le cinéma, c’était plus délicat. Des films comme Case départ ont, je pense, donné le ton, en plus de l’humour. Je ne dirais pas que ça a ’ouvert les portes’ ce serait prétentieux, mais ça a donné une sorte de vision d’espoir, pour d’autres façons d’aborder le cinéma.
Et aujourd’hui, je ne quitte jamais ma famille « gratuitement », ce sont eux les plus importants et j’ai envie de laisser de beaux héritages à mes enfants, de leur dire des choses à travers des projets. Ce que j’ai pu faire avec Indomptables ou avec mon dernier spectacle. Cela donne du sens à mon travail. Dans notre métier, il faut avoir le feu sacré, et il s’entretient aussi avec ces choses-là.
Comment vous expliquez alors que les artistes soient pour beaucoup, si frileux à s’exprimer sur des sujets comme la politique ou les problèmes de société ?
Mais même moi, je suis vigilant. Justement à cause de mes enfants, car je n’ai pas envie qu’ils payent l’orgueil de papa. Si je dois parler de choses qui peuvent fâcher, je le ferai. Mais je n’ai pas un avis sur tout. Je suis comédien, je suis réalisateur, je suis auteur, ça s’arrête là. L’ivresse de la parole, ça monte à la tête. Quand on fait une belle émission ou un podcast, et qu’on fait une envolée lyrique, on se dit ’Putain, c’est génial’ et on y prend goût. Mais il faut rester à sa place. Si on avait choisi d’être politicien, ça se saurait. Il y a des gens qui ont besoin d’en rajouter pour compenser leur vide existentiel. Certaines personnes, j’ai envie de leur dire, comme François Damiens dans Police Flash 80, « Baisse un peu le chauffage », c’est-à-dire « Tu en fais trop ».
C’est un peu contradictoire avec ce que vous venez de dire sur le fait de ne travailler que sur des projets qui aient du sens ?
Rester à notre place, ça ne veut pas dire qu’on n’a pas d’avis et qu’on ne peut pas l’exprimer, mais il y a un endroit pour ça. Quoi de plus fort qu’à travers notre art ? C’est quand même autre chose que d’envoyer une story sur Instagram ou d’écrire sur Facebook. Je n’oublie pas qui je suis, mon éducation, ma vie, mes parents, je suis issu de l’immigration, bref je sais d’où je viens. Mais je n’ai pas besoin de trop en parler, ni d’avoir une posture militante, parce que ma vie, elle est militante. Là où je serai le plus fort et impactant, c’est à travers mon travail, des films, des spectacles, des séries. Quand je regarde d’anciens spectacles, avec le recul, je me dis « Quand même, t’as fait ça, toi. T’as fait rire avec ça, et les gens ne sont pas sortis aigris ni énervés. Tu as fait rire et un peu désacralisé tel ou tel sujet, c’est bien. »
Justement, 5 ans depuis votre dernier spectacle, est-ce que 2027 ce ne serait pas le bon moment d’y revenir ?
Je monte sur scène de façon très régulière, car j’aime ça et que j’ai besoin d’entretenir cette forme. Et j’espère annoncer peut-être officiellement un nouveau spectacle, dans pas longtemps. On verra, je ne me force pas. Ce sera dès que je le sens et que j’aurai des choses claires à dire. Mais je n’ai pas envie de venir dans un timing exprès politique pour 2027.
Et puis parfois égoïstement, je me dis que je vais d’abord sauver mes enfants et faire en sorte que eux aient du bon sens et une humanité, et ne soient pas pollués par ce qu’il se passe. Je vais cocher ces cases-là, et à travers mon travail essayer aussi de transmettre des valeurs, de la bonne vibe, laisser un héritage qui ait du sens. Si je réussis ça à mon échelle, ce sera déjà pas mal.
Cela passe par sortir de votre zone de confort, comme avec Indomptables et Empathie, où on vous a découvert dans des registres différents ?
Oui, parce que ces émotions, je ne les avais pas encore montrées, même si cela faisait un moment que je voulais les exprimer. Et à mon âge je n’ai plus la pudeur de la jeunesse, ça a été très agréable à libérer. D’autant plus qu’Empathie est tournée au Canada où je ne suis pas connu, ce qui permet un vrai lâcher-prise, car je me sens moins observé. J’ai hâte d’y repartir en fin d’année pour commencer le tournage de la saison 2, qui sortira en 2027.
Si tard ?
Ah désolé. (Rires) Mais je vous assure, on est dans un très bon timing, parce que ça laisse aux gens le temps d’en reparler, à ceux qui ont raté la saison 1 de reprendre le dernier train. Il y a un mini-vide, mais rassurez-vous, vous aurez vite des nouvelles de Suzanne et de Mortimer.


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