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FIGAROVOX/TRIBUNE - Aujourd’hui, les communes s’occupent de l’école et les départements du collège. Cette organisation n’a aucun sens, dénonce Eric Mestrallet, fondateur d’Espérance Banlieues, qui plaide pour que le collège devienne une compétence de la ville.
La campagne municipale s’écrit souvent autour de ce qui se voit : propreté, sécurité, circulation, cadre de vie. Mais le premier service public du quotidien, celui qui détermine le reste, ne doit pas être oublié : l’éducation. Pas l’éducation comme marqueur partisan. L’éducation comme condition de la cohésion, de la concorde et de la fraternité, de la confiance et donc de l’avenir. C’est ce que nous défendons et appliquons au quotidien chez Espérance banlieues.
L’organisation actuelle crée une rupture absurde : la commune s’occupe du primaire, le département du collège. Comme si, à 11 ans, un enfant changeait de planète alors qu’il est en cours de cycle 3 tel que défini par l’Éducation nationale. Comme si le collège était un «pré-lycée». Ne brûlons pas les étapes de la construction de l’enfant, le collège est d’abord un post-primaire. L’occasion de consolider les fondamentaux d’une adolescence où tout change pour l’enfant. L’occasion aussi de travailler l’estime de soi dans le rapport aux adultes et aux règles. Le primaire et le collège, c’est le cursus commun que connaissent tous les élèves de France.
Le terrain l’enseigne avec brutalité : un adolescent qui décroche au collège rentre dans les cohortes de décrocheurs dont on connaît le coût humain et le coût financier. Une confiance qui se perd est une dette que l’on crée, une de plus. C’est ce que je raconte dans mon livre, Refaire école, et c’est ce que l’expérience d’Espérance banlieues a rendu évident : la réussite ne tient pas à une formule magique, mais à une alliance d’adultes cohérente autour de l’enfant, un cadre clair, une exigence bienveillante, une relation solide avec les parents, des repères, des horizons. Cette alliance ne peut relever uniquement de l’école mais doit conjuguer les contributions de son écosystème dans laquelle la commune joue un rôle majeur.
Car un enfant ne grandit pas uniquement dans une salle de classe. Il se développe dans ce qu’il vit avant, après et autour de l’école : sport, culture, engagement, activités associatives, prévention, périscolaire, accompagnement des familles. Ces politiques sont municipales. Elles influencent directement les apprentissages. Un très jeune enfant peu stimulé dans sa motricité, parfois mal latéralisé, rencontre davantage de difficultés pour entrer dans certains apprentissages. Nous le voyons aujourd’hui, près d’un élève de 6ème sur cinq est incapable de courir plus de trois minutes ! Cette problématique est d’autant plus vraie dans les classes populaires. Le collège, âge charnière, devrait être arrimé à l’écosystème local au lieu d’en être séparé.
Une ville doit pouvoir offrir un pilotage éducatif continu, de 6 à 15 ans, pour éviter la rupture du passage primaire-collège. Et accompagner au mieux la personne en devenir.
Les Français eux-mêmes placent l’école et les associations au sommet des acteurs qui contribuent au vivre-ensemble : l’école (51%), les associations sportives et culturelles (51%) et les associations caritatives et solidaires (50%) arrivent en tête. Ce trio dit tout : la société se construit par l’apprentissage, mais aussi par la vie collective, l’activité, le lien. La commune est précisément l’échelle où ce trio peut fonctionner ensemble, ou se désarticuler.
Voilà l’enjeu qui nous mobilise aujourd’hui à l’occasion de ces élections municipales. Comment un maire peut-il être le garant du Bien commun sur le territoire qu’il administre (protéger, apaiser, prévenir le harcèlement, tisser du lien) en restant spectateur d’un lieu où les adolescents passent leurs journées ? Le maire est l’élu du quotidien, celui à qui les parents parlent dans la rue, devant l’école, au marché. Les parents ne distinguent pas compétence communale, départementale ou d’État. Ils cherchent un responsable capable d’agir, de coordonner, de répondre.
Le collège doit donc devenir le prochain grand enjeu municipal. Non pas parce qu’un maire décide seul de tout, ni pour déclencher une guerre de compétences. Mais parce qu’une ville doit pouvoir offrir un pilotage éducatif continu, de 6 à 15 ans, pour éviter la rupture du passage primaire-collège. Et accompagner au mieux la personne en devenir.
Cette ambition devient urgente à l’heure où la baisse de la natalité va obliger à repenser la carte scolaire, les implantations, les mutualisations, parfois les projets d’établissement. Ce bouleversement exige une vision locale, au plus près des familles, des réalités sociales, des parcours d’enfants.
Des exemples existent déjà. À Mantes-la-Jolie, autour de notre école, le «cours La Boussole», l’accompagnement à la parentalité nourrit des offres des centres de vie sociale, occasion de prévenir le harcèlement et d’accompagnement ceux qui en ont été victimes. Pas de fatalité, les parents attendent une chose : des adultes qui s’accordent et agissent. Espérance banlieues a montré qu’une alliance solide change des trajectoires. Le collège est l’endroit où cette alliance doit désormais s’élargir.
Faire société exige un outil : le collège. Sans lui, la promesse municipale risque de rester un discours, une promesse.


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