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L'image était soigneusement choisie : entouré des forces militaires et devant le sous-marin nucléaire "Le Téméraire" dans la rade de Brest, Emmanuel Macron s'est exprimé sur un ton grave. "C'est un discours de puissance assumée, au service de la paix, que je viens vous tenir aujourd'hui", a-t-il lancé ce 2 mars de la base de l'Île Longue (Finistère), qui abrite les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins de la France. Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine et deux jours à peine après de nouvelles frappes américaines et israéliennes contre l'Iran, le président a annoncé une "évolution majeure" de la doctrine française : la" dissuasion avancée".
"Le rehaussement de notre arsenal est indispensable"
Concrètement, Macron a confirmé la construction d'un nouveau sous-marin nucléaire lanceur d'engins qui s'appellera "L'Invincible" et naviguera en 2036 ; il a annoncé que la France va augmenter le nombre de ses têtes nucléaires, tout en tenant désormais secret le nombre d'ogives tricolores. "Le rehaussement de notre arsenal est indispensable", assure-t-il, car, selon lui, "pour être libre, il faut être craint et pour être craint, il faut être puissant". Comme pour couper court aux critiques de tous bords qui l'accusent de jouer les "va t'en guerre", il assure qu'il ne s'agit "pas d'une course aux armements" ni d'une "coûteuse surenchère".
"Nous vivons une période de rupture pleine de risques": la France annonce une augmentation de ses têtes nucléairesIl a annoncé surtout "une nouvelle étape" de la dissuasion nucléaire française : "la dissuasion avancée", qui consiste à repenser la stratégie tricolore "dans la profondeur du continent européen". Six ans après avoir tendu la main à ses voisins pour un "dialogue stratégique", Emmanuel Macron franchit ainsi un pas supplémentaire vers une européanisation, du moins partielle, de la réflexion atomique. Huit pays auraient déjà accepté de s'associer à cette nouvelle doctrine : le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark. Ces pays pourront notamment participer aux exercices de dissuasion, accueillir des forces aériennes stratégiques de l'armée de l'air française, qui pourront ainsi "se disséminer dans la profondeur du continent européen" pour "compliquer le calcul de nos adversaires". Par ailleurs, le chef de l'État a annoncé que Paris, Londres et Berlin pourraient travailler ensemble à "des projets de missiles de très longue portée". Une manière, pour la France, d'enraciner sa puissance nucléaire dans une logique d'alliance, tout en rappelant qu'elle reste, aux côtés du Royaume-Uni, la seule puissance atomique du Vieux Continent.
"Aucun partage de la décision ultime"
Mais "il n'y aura aucun partage de la décision ultime – ni de sa planification, ni de sa mise en œuvre", a martelé Emmanuel Macron. Pas question, donc, d'un "bouton nucléaire" européen. Depuis une semaine, une partie de la classe politique française, notamment à droite et à l'extrême droite, agite pourtant ce chiffon rouge. Dans Le Journal du Dimanche, Bruno Retailleau a estimé que "la souveraineté ne se divise pas". Sur LCI, Jordan Bardella a martelé qu'il ne peut y avoir "ni partage, ni cofinancement, ni coprise de décision sur le bouton nucléaire". Quelques jours plus tôt, Philippe Olivier, l'un des proches conseillers de Marine Le Pen, menaçait même le président d'une "procédure de destitution pour trahison", s'il venait à "donner l'arme nucléaire française à l'UE". Le président affirme au contraire que cette évolution "renforce notre défense", tout en précisant qu'elle a été pensée "en pleine transparence avec les États-Unis d'Amérique et en coordination étroite avec le Royaume-Uni".
"Emmanuel Macron profite aussi de deux éléments de contexte": le président français, fer de lance du sursaut européenChaque président de la République prononce traditionnellement un grand discours sur le nucléaire lors de son mandat. Celui-ci était donc prévu de longue date : il s'inscrit dans le prolongement direct de celui de 2020, où le chef de l'État avait déjà appelé à un "dialogue" sur le rôle de la dissuasion française dans la sécurité collective de l'Europe.
La France, quatrième puissance mondiale en nombre d'ogives (environ 290), consacre toujours près de 12,5 % de son budget militaire à son arsenal nucléaire. Un pilier de la défense nationale, considéré depuis les années 1950 comme "l'assurance-vie" de la Nation. En espérant que jamais elle n'ait besoin de s'en servir, ni pour elle-même ni pour aucun de ses alliés.
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