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Possédez-vous une maison en kit Sears?

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Chaque semaine, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons la version écourtée d’un texte paru dans la revue Continuité, no 189 (été 2026).

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Nombreux sont les Canadiens qui habitent une maison en kit sans le savoir ! C’est que bien avant l’apparition des meubles prêts-à-assembler, il était possible de commander par catalogue une maison à monter soi-même, livrée par train.

L’essor de ce type d’habitation est d’ailleurs intimement lié au développement du réseau ferroviaire au pays et à son interconnexion avec les chemins de fer américains. Ce déploiement entraîne l’accélération de la production industrielle et de la consommation à grande échelle et mènera, dans les deux dernières décennies du siècle de la vapeur, à l’immense popularité des catalogues permettant d’effectuer des commandes à distance.

Ces catalogues sont bien connus au Québec, et plusieurs d’entre nous se souviennent encore de ces épaisses revues où on pouvait tout trouver. Peu, cependant, se rappellent qu’on pouvait jadis y trouver des modèles de maisons qui étaient envoyées par train en pièces détachées (jusqu’à 32 000 pièces selon les modèles) avec un manuel d’instructions pouvant atteindre les 75 pages.

Variété

Les entreprises qui ont commencé à se lancer dans l’industrie de la maison en pièces détachées au début du XXe siècle étaient surtout américaines : Aladdin, Gordon-Van Tine, Pacific Homes, Harris Brothers, McClure Homes, Lewis&Sterling, Sears, Montgomery Ward, The Home Builders, Bennett Homes, Crain Ready-Cut House, etc. Étonnamment, au Québec, ce n’était pas la chaîne canadienne Eaton qui était la plus populaire sur ce plan, mais plutôt Sears.

Les premières maisons en kit de Sears étaient peu complexes et le bois n’était pas fourni : seuls les plans et les pièces de quincaillerie (charnières, poignées de porte, etc.) étaient inclus. D’ailleurs, obtenir le plan ne coûtait qu’un dollar !

En 1916, l’entreprise procède à des changements majeurs. D’une part, ayant fait l’acquisition de grandes terres forestières riches en pin jaune et bâti de nouvelles scieries, elle commence à fournir toutes les pièces de bois nécessaires à la construction des maisons commandées par catalogue. Elle se vante alors que ses maisons peuvent être montées, si la météo est clémente, en 90 jours par une équipe de 3 à 4 hommes, sans même l’aide d’un menuisier.

D’autre part, elle instaure différentes gammes. Les modèles dits Light n’étaient, pour ainsi dire, que des bâtiments secondaires de type « cabanon ». D’ailleurs, l’entreprise vendait aussi des granges, des remises, des étables, etc. Les modèles Econo, plus tard appelés Standard, étaient, quant à eux, élémentaires, possédant des montants de murs espacés de 60 cm (24 po), des linteaux simples et aucun sous-plancher.

La gamme Honor Bilt, elle, était présentée comme la crème de la crème et est rapidement devenue la plus vendue. On y retrouvait des montants espacés de 40 cm (16 po), des linteaux doubles au-dessus des portes et des fenêtres, des sous-planchers, un revêtement sous l’enveloppe extérieure pour une meilleure isolation, etc.

L’habitation la moins dispendieuse de la gamme — le modèle Wayside (107B) à 372 $ — se rapprochait d’un bungalow compact d’un seul étage et possédait quatre pièces. La plus chère du catalogue était la C154. Il s’agissait d’un jumelé à deux étages avec galerie et porche mitoyens, où chacun des deux logis bénéficiait de six ou sept pièces. Elle se présentait comme une demeure de style Queen Anne avec des éléments d’influence Arts&Craft et coûtait 2 577$.

Bien des adaptations ont été entreprises au cours des Années folles pour ajouter plus de luxe et de confort… puis d’autres ont vu le jour pendant la Grande Dépression afin de faire baisser les prix !

Reconnaître une maison Sears

À cause des difficultés causées par la Grande Dépression et des efforts nécessaires pour soutenir l’effort de guerre, le département des Modern Homes ferme en 1940. Les dernières maisons, le temps de vider les entrepôts, sont vendues en 1942. Il existe aujourd’hui des communautés d’amateurs américains de maisons en kit Sears qui recherchent ces maisons, les identifient, les répertorient et diffusent leur incroyable histoire.

Mais où se trouvent ces maisons au Québec ? Il s’agit d’un secteur de notre patrimoine bâti qui n’est encore que très peu connu, et ce, pour plusieurs raisons. D’abord les archives de cette division de Sears ont été détruites en 1940. Ensuite, cette information ne figurait pas sur les contrats notariés (par exemple, vente, achat, succession) ou sur les chaînes de titre. Enfin, ces maisons ne sont pas toujours exactement comme dans les catalogues, puisque l’entreprise encourageait ses clients à demander des modifications aux plans avant de les envoyer. Cependant, certains amateurs américains ont mis sur pied une méthode pouvant aider à les reconnaître.

Des commentaires ou des suggestions pour Des Idées en revues ? Écrivez à [email protected].

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