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Jean-Baptiste Del Amo a hésité avant d'accepter l'invitation d'Alina Gurdiel à écrire à son tour dans la belle collection "Ma nuit au musée". L'écrivain, né en 1981 près de Toulouse, a écrit des romans d'une rare puissance (Règne animal, Le fils de l'homme) et s'est lancé en 2025 dans La nuit ravagée, un roman de genre, horrifique. Mais jamais il n'aborda l'autobiographie.
Il a finalement accepté et choisi de se confronter aux célèbres Peintures noires de Goya. Ce cycle terrible comprend Saturne dévorant un de ses enfants, Duel au gourdin, ou le Chien, bouleversante peinture abstraite sauf une petite tête de chien triste dans un coin. Goya avait réalisé cette série entre 1819 et 1823 sur les murs de sa Quinta del Sordo, la Maison du Sourd (Goya perdit l'ouïe en 1793). Elles sont aujourd'hui un trésor du Prado.
Comme le musée madrilène refusa qu'il passe la nuit dans cette salle, il a choisi d'y passer une journée et de continuer la nuit à l'ermitage de San Antonio de la Florida où Goya est enterré.
Goya représente l'effondrement même de la lumière et de la raison.
Del Amo et Goya partagent la même expérience de la maladie. L'écrivain après dix ans de souffrances où on cherchait en vain leur cause, a appris qu'il souffrait d'une pancréatite chronique.
Autopathographie
Sous le regard des fantômes de Goya, on lit une réflexion qui entremêle deux destins marqués par la maladie. Pour créer néanmoins une distance entre lui et son mal, pour rendre son récit plus universel, Del Amo utilise le "tu" au lieu du "je".
"Il y a le corps physique de la maladie, celui dont tu parviens à définir les contours. C'est tantôt une lame qui te traverse de part en part au niveau de l'estomac, tantôt un vide circulaire. Il y a la fatigue physique, cet infernal brouillard mental qui te met à distance de tout. Et puis il y a l'aura de la maladie, la façon dont elle s'étend au-delà de toi, modifie le monde tel que tu le perçois, le rendant tour à tour lointain et insignifiant ou t'offrant au contraire par moments de l'éprouver avec une acuité redoublée."
Il constate que "oui, il y a la vie d'avant et celle d'après la maladie, ce surgissement du temps et de la finitude comme unique horizon."
Goya : les caprices revisitésLe livre est autant une analyse de l'œuvre noire de Goya qu'un retour sur la vie intime de Del Amo, rappelant par exemple la mort de son chien Kashim, miroir du Perro de Goya.
Dans cette autopathographie (autobiographie d'une maladie) comme il l'appelle, on retrouve son écriture magnifique, nous faisant toucher à cet horizon noir qui entoure chaque existence.
Il cite Proust qui écrivait : "dans la maladie, nous ne vivons pas seuls mais enchaînés à un être d'un règne différent : notre corps."
Del Amo a bien fait de prendre le risque de parler de sa maladie, alors, écrit-il, qu'elle est "toujours une traversée en solitaire."
Il livre ce conseil : "Plutôt que de chercher à tout prix à guérir de la maladie, ne faut-il pas que tu acceptes d'être traversé par elle ?"
⇒ Une éclaircie Récit Jean-Baptiste Del Amo, Stock, 182 pp., 19 €, version numérique 14 €
Ma nuit au musée ©StockEXTRAIT
"Dans les peintures noires s'établit un dialogue silencieux entre la tragédie collective dont Goya est le témoin et une angoisse existentielle, un questionnement qui l'occupe depuis toujours et hante son œuvre : quelles ombres rongent l'âme humaine, quelle est la nature de cette violence qui ne cesse de ressurgir et de se répéter inlassablement ?"
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