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Portrait. Tom Belhomme, de l’ombre du musée aux foules du Printival, guidé par "le plaisir de rassembler"

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Du Printival à la Grande Marinade, Tom Belhomme incarne à Pézenas une culture locale vivante, populaire et résolument collective.

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Investi dans le tissu associatif de Pézenas, Tom Belhomme agit entre musée Boby Lapointe, Printival et événements populaires.

Investi dans le tissu associatif de Pézenas, Tom Belhomme agit entre musée Boby Lapointe, Printival et événements populaires. (©Métropolitain / LP)

Par Léa Pippinato Publié le 23 avr. 2026 à 5h08

Du 22 au 25 avril 2026, Pézenas retrouvera l’un de ses rendez-vous les plus singuliers, les plus chaleureux aussi, avec le retour du Printival, festival de chanson française né dans la ville de Boby Lapointe.

Ce samedi 25 avril, sur le cours Jean-Jaurès, la Grande Marinade viendra encore ajouter sa touche de fantaisie à la fête, avec son désormais fameux record du monde de rassemblement en marinières. Dans cette ville où le patrimoine n’est jamais très loin de l’esprit de bande, un visage s’impose peu à peu comme l’un de ceux qui font tenir ensemble les fils de la culture locale, de l’associatif et de la fête : celui de Tom Belhomme.

Le rendez-vous avait lieu à L’A-Musée Boby Lapointe. Le décor, à lui seul, donnait le ton. Des marinières suspendues ici et là, des instruments de musique, des sculptures, des portraits de l’artiste, des objets qui racontent une mémoire locale sans poussière. Au milieu de cet univers, Tom Belhomme parle comme il agit : avec naturel, avec entrain, avec un goût évident pour les histoires humaines et les aventures collectives.

Un enfant du pays, ou presque

Il commence d’ailleurs par une pirouette. Non, il n’est pas né à Pézenas. « Je suis né à Blois, je suis une fraude un peu », glisse-t-il en souriant. La formule amuse, mais elle ne trompe pas. Car s’il est né dans le Loir-et-Cher, il est arrivé très tôt dans la région, à un ou deux ans à peine, avant de grandir à Saint-Pons-de-Mauchiens. Cela fait plus de dix ans qu’il vit dans la ville. Il y est arrivé adolescent, lorsque sa mère a choisi de quitter le village pour s’installer à Pézenas, avec l’envie de bouger un peu et de changer d’air.

Son histoire avec Boby Lapointe et avec la vie culturelle piscénoise commence presque par hasard, à quelques mètres de chez lui. À l’époque, il habite juste en face de L’A-Musée Boby Lapointe. Le père de son meilleur ami, Manu Karmazyn, est déjà impliqué dans les lieux. Un jour, il lui lance une invitation simple, presque familière : « Traverse la rue, viens donc, on est sympas, on te trouvera bien quelque chose à faire ! »

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À ce moment-là, Tom Belhomme connaît Boby Lapointe de nom, comme beaucoup d’enfants du coin. À l’école, on l’apprend, on le chante, on l’évoque, surtout dans une ville qui lui doit autant en symbole. C’est en entrant dans le musée, puis en s’y investissant, qu’il découvre vraiment le personnage.

Faire vivre un musée associatif dans un équilibre fragile

Il commence comme bénévole. Très vite, il apporte un regard neuf à une association qu’il trouve chaleureuse, investie, généreuse, mais qui ne colle plus toujours aux usages contemporains. Il s’attelle alors à des tâches très concrètes : le développement de la boutique, dont il faut revoir l’offre, les prix, l’image et l’attractivité, la création de nouveaux produits, l’identité visuelle du musée, ainsi que sa présence sur interne.

Derrière cette modernisation, il y a aussi une rencontre importante : celle avec Ticha Lapointe, la fille de Boby, qui lui accorde rapidement sa confiance.

Avec le temps, Tom Belhomme devient vice-président de L’A-Musée Boby Lapointe. Quand il arrive, le musée fonctionne notamment grâce à deux emplois aidés. Puis le dispositif disparaît. Ce qui était autrefois en partie pris en charge doit désormais être financé autrement. Lui n’a jamais été salarié du musée. En revanche, il voit très vite ce que cela implique pour la structure : il faut trouver les moyens de payer une personne à l’année, puis un renfort saisonnier l’été, tout en maintenant l’activité, l’accueil du public, la programmation et l’esprit du lieu.

Aujourd’hui, « l’association va bien », dit-il, sans triomphalisme. Elle compte une quinzaine de membres au conseil d’administration, entre vingt et trente bénévoles actifs, et environ 150 adhérents. Certains viennent du territoire, d’autres d’ailleurs, parfois même de plus loin encore. Tous forment ce réseau des « amis de Boby Lapointe ».

Un parcours qui n’allait pas tout droit vers la culture

Ce qui frappe chez Tom Belhomme, c’est aussi le détour. Rien, au fond, ne le destinait de manière évidente à devenir l’un des visages de la vie culturelle piscénoise. Après le collège, il choisit un bac pro conducteur routier au lycée Jules Raimu, à Nîmes. Le choix répond à une logique simple : la sécurité de l’emploi, l’envie d’entrer vite dans la vie active, le refus d’un long parcours général puis universitaire.

Mais ce parcours technique révèle déjà autre chose. Au lycée, il ne se contente pas du cadre attendu. Il participe à des projets qui le ramènent sans cesse vers l’organisation, la parole publique, la coordination et la dynamique collective. Il monte ainsi une web TV, Raimu News, lancée au départ dans le cadre de la semaine de la presse, avant que l’initiative ne prenne plus d’ampleur. On y interviewe des personnes du lycée, puis des figures institutionnelles, toujours à partir du terrain scolaire.

L’expérience gagne en visibilité au point qu’il est invité à Montpellier pour animer des ateliers auprès d’autres lycéens. Il ira jusqu’à interviewer Carole Delga ou encore la rectrice. Pour un élève de première, le parcours n’a rien d’ordinaire.

Dans le même temps, il s’investit dans un autre projet, tout aussi révélateur de son goût pour les aventures fédératrices : un camion trial monté avec les différentes sections du lycée. Les carrossiers travaillent la carrosserie, les mécaniciens s’occupent de la mécanique, les élèves conducteurs prennent le volant.  L’objectif est de participer au championnat d’Europe. La première année, le camion tombe en panne pendant les vérifications techniques. Des concurrents venus de plusieurs pays viennent alors les aider sous le véhicule pour tenter de remettre l’engin d’aplomb. L’année suivante, l’équipe revient, tient tout le week-end et termine même devant certaines formations professionnelles.

Le Printival, la vraie bascule

La vraie bascule arrive avec le Printival. Bénévole depuis 2015, Tom Belhomme y trouve peu à peu un espace où ses qualités prennent corps. En 2017, il croise Dany Lapointe, petite-fille de Boby et directrice du festival. Elle cherche un service civique pour la rentrée. Il accepte. C’est par cette porte qu’il entre professionnellement dans le monde culturel.

Il devient d’abord service civique du Printival, puis chargé de production pendant un an. Le festival lui sert d’école du réel. Il y apprend la fabrication d’un événement, la relation avec les artistes, la logistique, les contraintes, les détails que le public ne voit pas et qui font pourtant tenir l’ensemble.

Durant plusieurs années, il suit Manu Karmazine en cuisine. Manu est chef dans la vie, et il a longtemps été le cuisinier du Printival. Là encore, l’anecdote dit tout de l’esprit des lieux. « Il écoutait les chansons des artistes programmés pour composer ses menus à partir de références glissées dans leurs textes. Quand les artistes arrivaient, ils trouvaient leur chanson dans l’assiette. »

"Il écoutait les chansons des artistes programmés pour composer ses menus à partir de références glissées dans leurs textes. Quand les artistes arrivaient, ils trouvaient leur chanson dans l’assiette"

Tom Belhomme n’a, depuis, jamais vraiment quitté ce monde. Même lorsqu’il a travaillé dans l’hôtellerie ou dans d’autres secteurs, il a gardé le musée « sous son aile », selon sa formule, et il est resté lié à l’univers du Printival.

La Grande Marinade, ou l’art de transformer une idée en rendez-vous populaire

S’il y a aujourd’hui un événement qui colle à son nom dans l’imaginaire local, c’est sans doute la Grande Marinade. Le record du monde de rassemblement en marinières, organisé dans le cadre du Printival, fait désormais partie du paysage piscénois. Pourtant, au départ, l’idée avait tout d’un pari un peu farfelu.

C’est lui qui la lance en 2018. L’événement a traversé les années, malgré la parenthèse du Covid, jusqu’à devenir l’un des moments les plus visibles et les plus joyeux du festival. L’an dernier, l’événement a attiré plus de 3 000 personnes. Pour une ville comme Pézenas, l’image a du poids. Une trentaine de bénévoles se sont mobilisés pour le comptage, la coordination, les stands, l’accueil, la vente.

Et si l’idée a essaimé dans d’autres villes françaises, elle commence aussi à susciter l’intérêt ailleurs, jusqu’en Suisse, où des visiteurs doivent venir observer comment les Piscénois s’y prennent. Mais au-delà du record, Tom Belhomme voit dans la Grande Marinade un outil de transmission. « On vient pour rire, pour jouer le jeu, pour enfiler une marinière, pour entrer dans la photo ou dans le chiffre. »

"On vient pour rire, pour jouer le jeu, pour enfiler une marinière, pour entrer dans la photo ou dans le chiffre"

Boby Lapointe, un héritage qu’il habite vraiment

Chez lui, l’attachement à Boby Lapointe n’a rien de décoratif. Il admire bien sûr l’artiste, « sa langue, ses jeux de mots, ses rythmes, ses doubles sens, cette manière unique de faire chanter le français. » Il raconte qu’en grandissant, « on comprend autrement les chansons, qu’un même texte change de relief avec l’âge, qu’on y découvre des intentions, des malices ou des sous-entendus qui échappaient plus jeune. »

Mais il aime tout autant l’homme derrière les chansons. L’homme généreux, accessible, rigolard, capable d’être ami avec des vedettes comme avec les gens du coin, et de faire la fête avec tout le monde.

Le plaisir des gens comme moteur

Le musée et le Printival ne résument pourtant pas son parcours. Tom Belhomme travaille aussi dans le tourisme. Il guide des balades en 2 CV au départ du domaine de la Conseillère, à Montagnac. Là encore, le fil rouge apparaît tout de suite : offrir du bon temps aux gens, faire découvrir le territoire autrement, créer une expérience où le paysage, les producteurs et les rencontres comptent autant que le trajet lui-même.

C’est aussi au domaine de la Conseillère qu’il organise, avec l’association Escales à la Conseillère dont il est président, des concerts chaque vendredi soir entre fin juillet et fin août, avec des groupes et des food trucks renouvelés chaque semaine pour donner envie aux gens de revenir.

À côté de cela, il multiplie d’autres engagements. La Guinguette à Jojo, pensée avec une bande de copains pour proposer des événements plus tournés vers un public jeune, avec DJ et groupes locaux. Une association à Montagnac autour du festival autour des mots Des Mots’Gnac. La fête de l’huître, montée bénévolement pour soutenir les ostréiculteurs et montrer la confiance portée à leurs produits. 

Une histoire de transmission et de bande

Cette facilité à travailler avec les autres ne sort pas de nulle part. Très jeune déjà, vers 11 ans, Tom Belhomme s’investit dans une association de sauvegarde du patrimoine à Saint-Pons-de-Mauchiens. « Avec un ami, j’aidais à dégager des chemins de randonnée aujourd’hui accessibles. » Il se souvient aussi de Guy Pargoire, président de l’association, « chez qui l’on passait pour une information et d’où l’on ressortait deux heures plus tard, tant il avait de choses à raconter sur le village. » Là encore, il y a un apprentissage par l’immersion, par les récits, par le terrain.

Il dit aussi tenir de son père une autre dimension, plus insolite, plus audacieuse, plus décalée. « Organiser un record du monde de marinières », reconnaît-il, « ressemble au genre d’idée folle que mon père aurait pu avoir. »

"Organiser un record du monde de marinières ressemble au genre d’idée folle que mon père aurait pu avoir"

Lorsqu’il cherche le point commun entre toutes ces activités, il finit par le nommer clairement. Ce qu’il aime, c’est fédérer. Fédérer une ville. Fédérer un terroir. Fédérer des bénévoles. Fédérer des publics qui ne se croisent pas toujours. Fédérer autour d’un musée, d’un record, d’une balade, d’un concert ou d’un repas.

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