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Le ministre de l’Intérieur, qui s’oppose à une telle interdiction par peur d’une stigmatisation des enfants, a réagi, ce vendredi, à son discours tenu en mars sur le voile des mineures.
Interrogé ce vendredi sur BFMTV, le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a tenté d’atténuer la controverse déclenchée par son discours prononcé le 12 mars à la Grande Mosquée de Paris, à l’occasion de l’Iftar des ambassadeurs. «Est-ce que, très honnêtement voir des petites filles de 6-7 ans voilées sur l’espace public me choque ? Évidemment oui. On peut se demander où est le libre arbitre», a ainsi expliqué le locataire de Beauvau qui, quelques semaines plus tôt, avait déclaré qu’il ne serait pas «celui qui irait expliquer à des enfants qu’en portant le voile, elles menacent le vivre ensemble républicain». Ces mots, qui ont refait surface ces derniers jours sur les réseaux sociaux, ont été vivement critiqués par le Rassemblement national, qui accuse Laurent Nunez de «s’aligner sur l’extrême gauche».
Au sein du gouvernement, on tente de désamorcer toute expression d’une possible division sur ce sujet du voile islamique porté par les mineurs. Il n’«y a aucune ambiguïté de la part du gouvernement, ni du ministre de l’Intérieur ni de la mienne», a assuré Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, ce vendredi sur France 2. Benjamin Haddad, ministre délégué chargé de l’Europe, lui, s’est inscrit dans un registre proche de celui déjà défendu par plusieurs membres du gouvernement ces derniers mois, en affirmant sur CNews/Europe 1 que «le port du voile pour les petites filles, ce n’est pas mes valeurs», tout en renvoyant lui aussi aux questions d’«applicabilité» et de solidité juridique d’une mesure d’interdiction juridique. Depuis le congrès de la FNSEA à Caen, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, a estimé, jeudi, que «porter le voile, c’est le choix que fait un adulte, ce n’est pas le choix que l’on fait pour un enfant».
En somme, les membres du gouvernement Lecornu divergent moins sur le constat que sur la solution à apporter à ce phénomène religieux. Concrètement, faut-il interdire le voile aux mineures ? Laurent Nunez met en avant particulièrement le risque de stigmatisation : «La France ne doit perdre en chemin aucun de ses enfants parce qu’ils se seraient sentis stigmatisés ou blessés», avait-il ainsi expliqué le 12 mars.
Dès novembre dernier, la proposition de loi déposée par Laurent Wauquiez pour interdire le port du voile aux mineures dans l’espace public - proposition de loi inscrite à l’ordre du jour lors de la niche LR fin janvier, mais qui n’a pu être examinée dans les délais impartis - avait replacé cette question au cœur des échanges politiques. Quand Laurent Nunez s’opposait déjà à cette interdiction, Aurore Bergé, dès le 30 novembre 2025, s’était dit favorable à l’interdiction du port du voile aux fillettes pour «protéger les enfants». Mais, au moment de l’examen de la proposition de loi Wauquiez, selon nos informations révélées en janvier, l’exécutif avait choisi de ne pas trancher frontalement et Aurore Bergé, chargée de porter la position du gouvernement, s’était vu demander d’adopter une ligne d’«avis de sagesse», ni soutien affirmé, ni opposition nette. Une manière pour Matignon d’éviter de cristalliser un débat explosif, dans le prolongement des tensions apparues début 2025 autour du port du voile dans le sport.
Fin novembre, Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, évoquait ainsi des «doutes sur la constitutionnalité» et sur «l’applicabilité» du texte. Le ministre de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun, interrogé lui aussi sur cette proposition, tenait une ligne un peu différente : en décrivant des situations observées lorsqu’il était maire de L’Haÿ-les-Roses, il soulignait que le sujet posait à ses yeux un véritable problème et qu’il fallait y répondre, au nom notamment de «l’égalité entre les hommes et les femmes». Il ajoutait toutefois qu’une telle réponse devait être «efficace» et pouvoir être mise en pratique. Et de préciser : «des fillettes voilées de pied en cap et gantées de noir, moi, ça me pose un sujet.» Faute d’arbitrage clairement assumé au sommet de l’exécutif, aucune doctrine unifiée ne s’impose réellement et un certain flou demeure dans l’expression gouvernementale, ce que traduit encore la récente résurgence des propos de Laurent Nunez.


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