Il y a peu, deux associations ont annoncé poursuivre l’État en justice pour des manquements concernant l’eau potable. Selon les plaignants, les autorités ne respectent pas leur devoir de protection des ressources en eau potable, celles-ci sous la menace de pollutions d’origines agricoles.
Des nappes phréatiques contaminées
Selon un communiqué publié le 23 avril 2026, France Nature Environnement (FNE) et l’Association Citoyenne Laïque des consommateurs (ACLC) ont assignent l’État devant le tribunal administratif de Paris. L’objectif est de faire en sorte que ce dernier respecte son devoir de protection des ressources en eau potable. Mais pourquoi une démarche aussi poussée ?
Les deux associations rapportent qu’entre 1980 et 2025, les autorités ont fermé 14 640 captages d’eau potable sur tout le territoire. Or, parmi ces captages abandonnées en raison d’une dégradation de la qualité de l’eau, 41,6% présentaient des teneurs très élevées en nitrates et/ou en pesticides. Ces produits présents massivement dans les champs ruissellent jusqu’aux rivières et aux nappes phréatiques, où l’eau est puisée avant son traitement et son arrivée dans les robinets.
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Une installation sur cinq dépasse les normes
Pour rappel, les pesticides sont des substances chimiques de synthèse – herbicides, insecticides, fongicides – utilisées pour tuer des organismes vivants indésirables. Le problème principal de ces produits est la présence dans l’eau de molécules issues de leur dégradation : les métabolites. En ce qui concerne les nitrates, il s’agit de sels minéraux naturellement présents dans l’environnement mais dont la concentration peut exploser, en raison de l’agriculture intensive et des eaux usées. Or, ces nitrates s’infiltrent facilement dans les nappes phréatiques.
Pour les plaignants, les chiffres sont affligeants : 97% des stations de surveillance de l’eau présentaient des pesticides, avec un dépassement des normes pour 20% d’entre-elles. Ainsi en 2024, plus de 19 millions de personnes ont consommé au moins une fois de l’eau non conforme à la réglementation relative aux pesticides.
Chaque année, les couts des services de l’eau et de la dépollution de l’eau concernant les pesticides coûterait des milliards d’euros à l’État, avec des répercutions sur les factures des consommateurs. De plus, la seule dépollution ne pourrait représenter une solution sur le long terme. En effet, les traitements tels que l’osmose inverse sont très couteux en énergie et en eau, tandis que le charbon actif également utilisé provient d’importations.
Comment peut-on agir ?
Sans grande surprise, les deux associations recommandent un changement des pratiques agricoles afin de protéger les captages à moindre coût. Principalement, il est question d’inciter les agriculteurs à abandonner les pesticides de synthèse – voir à les interdire – au moyen de certains outils fonciers, financiers et réglementaires. Or, les plaignants estiment que ces outils déjà existants sont largement sous-utilisés par les représentants de l’État dans les territoires, à savoir les préfets.
« Les initiatives de collectivités engagées ou de gestionnaires de services d’eau potable prouvent qu’il est possible de stopper l’utilisation de pesticides de synthèse dans les aires d’alimentation des captages, en concertation avec les agriculteurs et les agricultrices du territoire, et les différents acteurs et actrices des filières. », peut-on lire dans le communiqué.
En somme, les associations demandent un meilleur accès à l’information sur la qualité de l’eau des captages et la mise en place de programmes de protection des captages. Citons également une demande de réparation financière relative aux préjudices écologiques. Il s’agit de fonds qui pourraient servir aux agences et institutions publiques, par exemple dans le cadre des programmes des Agences de l’eau pour l’aide à la conversion à l’agriculture biologique dans les zones sensibles en termes d’eau potable.


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