Un quai carrelé, des panneaux indicateurs vissés dans le vide, l’écho sourd des rames qui passent sans s’arrêter. La station Haxo, construite en 1921 sous le boulevard Sérurier dans le 19e arrondissement, n’a jamais accueilli le moindre voyageur. Pas un seul. Cent ans d’existence souterraine, strictement fantôme depuis sa naissance.
À retenir
- Une station du métro parisien a été construite mais jamais inaugurée — et personne ne sait vraiment pourquoi
- Des quais carrelés attendent depuis un siècle un premier passager qui ne viendra peut-être jamais
- La RATP a trouvé des usages détournés pour ses stations fantômes, y compris un plateau de cinéma où ont été tournées des scènes célèbres
Sommaire
- Construite pour rien, ou presque
- Saint-Martin : l’arrêt que la guerre n’a jamais rendu
- Ces stations que la RATP continue d’entretenir
- Un avenir possible, mais suspendu
Construite pour rien, ou presque
Haxo est une station du métro parisien jamais ouverte, située sous le boulevard Sérurier dans le 19e arrondissement, sur la voie de raccordement entre les lignes 3 bis, à la station Porte des Lilas, et 7 bis, à la station Place des Fêtes. Le projet initial avait une logique : relier les stations Porte des Lilas et Pré-Saint-Gervais, elles-mêmes faisant partie de deux lignes distinctes. Une navette courte, pratique, censée fluidifier le réseau dans ce coin du nord-est parisien.
Mais la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris (CMP) a rapidement fait ses calculs. La complexité des travaux et les coûts supplémentaires nécessaires ne trouvèrent pas leur justification dans la faible fréquentation attendue sur cette partie de la ligne. Résultat ? Pas assez utile, pas assez rentable en somme, pour donner vie à cette station dont l’ouverture fut d’abord repoussée avant d’être complètement abandonnée sans jamais avoir accueilli le moindre passager.
Ce qui rend Haxo unique parmi toutes les stations fantômes de Paris, c’est son degré radical d’inachèvement : la station n’a jamais vu passer un seul voyageur, ses accès extérieurs n’ont même jamais été construits. On ne peut pas y entrer depuis la rue : Haxo est aujourd’hui une station fantôme au sens pur du terme : une station jamais née, un quai sans public, un lieu uniquement visible depuis des trains de service. Un détail saisissant : le panneau « 1993… » qui avait été installé cette année-là pour l’inauguration devant la presse des rames MF88 y est toujours présent. La station a même failli ouvrir dans les années 1990. Elle ne l’a pas fait.
Saint-Martin : l’arrêt que la guerre n’a jamais rendu
À quelques kilomètres de là, entre République et Strasbourg-Saint-Denis, une autre station dort depuis plus de huit décennies. La station de métro Saint-Martin, tout près de l’arrêt Strasbourg-Saint-Denis dans le 10e arrondissement de Paris, est fermée et laissée à l’abandon depuis 1939. Son histoire est différente de celle de Haxo : elle a connu des voyageurs, fonctionné normalement, avant que la guerre ne vienne tout interrompre.
En 1939, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, avec la pénurie de personnels partis au front et les économies à réaliser notamment par rapport à l’énergie, elle a fait partie des soixante stations qui ont fermé pendant la durée du conflit. À la fin de ce dernier, seules quelques-unes ont rouvert, mais pas celle de Saint-Martin. La raison ? La plupart des stations fermées ont été réouvertes, sauf quelques-unes car elles n’étaient pas assez fréquentées ou trop proches d’arrêts voisins. C’est le cas de Saint-Martin, qui est vraiment juste à côté de la station Strasbourg-Saint-Denis et République.
Aujourd’hui, les trains des lignes 8 et 9 continuent de traverser Saint-Martin sans s’y arrêter. Les voyageurs attentifs aperçoivent fugitivement les quais depuis leur fenêtre, sans pouvoir y descendre. Pour des questions de sécurité, tout visiteur doit s’équiper d’un gilet orange « pour être visible des conducteurs car les métros continuent de passer mais ils ne s’arrêtent pas ». Un Paris parallèle à deux mètres des passagers, inaccessible.
Ces stations que la RATP continue d’entretenir
On pourrait croire que ces espaces sont livrés à l’abandon complet. Ce serait mal connaître la RATP. Quatre stations fermées en 1939 n’ont jamais rouvert car peu fréquentées ou trop proches de stations encadrantes. Chacune a trouvé une autre utilité. La station Arsenal sert à des formations de maintenance de la RATP. L’un des quais de l’ancienne station Champ de Mars abrite un poste de ventilation.
Saint-Martin, elle, a connu une reconversion inattendue dans les années 1950 : fermée depuis 1939 car trop proche de sa voisine Strasbourg-Saint-Denis, elle a servi de showroom à la régie publicitaire dans les années 1950, d’où la présence de publicités en céramique postérieures à sa fermeture. Des réclames en relief, installées sur des quais condamnés, destinées à des professionnels qui ne venaient jamais en métro pour y accéder. Cette solution n’a pas eu beaucoup de succès car personne n’avait envie de fixer dans le long terme son image sur les murs du métro. Logique.
Le cas de la station Porte des Lilas-Cinéma illustre mieux que tout le pragmatisme de la RATP face à ses fantômes. Il existe une station fantôme dédiée au cinéma, que la RATP met à disposition des réalisateurs depuis les années 1970. Il s’agit de la station désaffectée Porte des Lilas, l’ancien terminus d’une ligne de métro dans l’est de la capitale. Véritable plateau de cinéma, il s’y tourne en moyenne 5 films par an. Sur l’ensemble du réseau RATP, 70 productions sont réalisées chaque année : longs métrages, téléfilms, séries télévisées ou clips vidéo. L’exemple le plus marquant est sans doute dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain : la scène mythique où Mathieu Kassovitz ramasse des fragments de photos sous un photomaton a bien été tournée dans la station fantôme. Pour les besoins du film, la station avait d’ailleurs été rebaptisée « Abbesses ».
Pour les tournages dans les rames, il existe des wagons d’époque classés au patrimoine historique pour un trajet de 2 minutes 30 sur la ligne fantôme reliant la station Porte des Lilas à la station Haxo, condamnée depuis l’après-guerre. le seul moyen de « voir » Haxo reste de monter dans un wagon de cinéma, sur une voie que personne n’emprunte jamais vraiment.
Un avenir possible, mais suspendu
La station est un passage typique presque obligé des balades nocturnes de passionnés et des ferrovipathes, organisées par l’association ADEMAS, accessibles à tous lors des Journées du patrimoine. Ces visites sont prises d’assaut : tout est réservé très rapidement, signe que la curiosité pour ces espaces souterrains reste intacte.
Le dossier Haxo, lui, n’est pas tout à fait clos. Une fusion des lignes 3 bis et 7 bis est envisagée en utilisant les voies « navette » et « des Fêtes » pour former une nouvelle ligne. Haxo pourrait alors ouvrir après le creusement d’un accès à la station depuis la voie publique. Un projet qui revient périodiquement sur la table, sans jamais franchir le stade de l’hypothèse. Plus de cent ans après sa construction, la station attend toujours son premier passager, et le Grand Paris Express, mobilisant des milliards pour creuser de nouveaux tunnels à quelques centaines de mètres de là, ne semble pas pressé de lui en envoyer un.
Sources : francebleu.fr | locations.filmfrance.net


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