Mediapart dit avoir mis la main sur des échanges de Jordan Bardella au début de sa carrière politique, qui montrent un « antisémitisme obsessionnel ». L’intéressé conteste ces informations et évoque des « faux grossiers ».

La rédaction avec AFP - Aujourd'hui à 15:54 | mis à jour aujourd'hui à 21:00 - Temps de lecture :

Digiteka PlaceHolder

Mediapart a rapporté lundi des écrits antisémites datant de 2013 de Jordan Bardella, alors jeune militant du Front national, des propos que le président du RN a « formellement » contestés auprès du journal d'investigation dénonçant des « faux grossiers ». Cette enquête de plusieurs mois s'appuie notamment sur des conversations privées, que Mediapart affirme avoir pu authentifier, et qui auraient été écrites par Jordan Bardella à l'été 2013, alors qu'il a entre 17 et 18 ans. Ces conversations retranscrivent plusieurs propos antisémites.

Selon Mediapart, Jordan Bardella écrit notamment dans une conversation: « Le juif doit dominé (sic) les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur ». Le militant, qui a rejoint le parti d'extrême droite un an et demi plus tôt, aurait ajouté: « Et c'est ce qu'ils veulent, un Nouvel Ordre Mondial dominé par Israël, avec bien sûr Jérusalem comme capitale ».

Dans d'autres messages, il ciblerait directement des personnalités, comme Pierre Moscovici, alors ministre de l'Economie de François Hollande, qui voudrait « sauver les entreprises » pour « venger Moïse ». « Les ministères les plus importants reviennent à des personnes pour qui Israël et l'intérêt bancaire priment sur les intérêts français », écrirait-il encore. Il afficherait également son soutien à Dieudonné, l'humoriste déjà condamné à l'époque pour provocation à la haine, qui « mène un vrai combat d'idée », selon les propos retranscrits dans Mediapart.

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Personne « ne peut croire à cette dinguerie »

Un volet de l'enquête de Mediapart développe également une « fascination » qu'aurait eu le jeune militant pour Alain Soral, l'idéologue antisémite qui a rompu ses liens avec le FN en 2009. Quatre ans plus tard, dans ces mêmes conversations, Jordan Bardella aurait écrit au sujet de l'essayiste, déjà condamné pour diffamation raciale et incitation à la haine : « Ses analyses sont justes car tout se vérifie dans les faits. » Mediapart affirme que le jeune militant RN aurait évoqué par exemple « la soumission de la France à une logique sioniste » ou le fait que « sionisme et domination bancaire so[ie]nt liés (Goldman Sachs, Rotschild, Lehman Brothers…) ».

Sollicité par le média d'investigation, le président du RN a répondu par email et contesté « formellement » avoir « tenu, en public, comme en privé, par oral ou par écrit, des propos racistes ou antisémites de ce type ». « Le fait que je n’étais pas militant actif au sein du Front national durant l’été 2013, et encore mineur, devrait vous alerter sur le caractère mensonger de ces sources », a-t-il aussi déclaré.

« Ces propos sont parfaitement délirants. Ils ne sont pas les miens, pas plus du jeune adolescent de 17 ans que j’étais à l’époque. Je les conteste. J’ai missionné mon avocat qui a déposé une plainte en diffamation. Je pense qu’on est face à quelque chose de très organisé », s'est défendu le patron du RN ce lundi soir sur CNews.

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« Une illustration des limites de la dédiabolisation »

Personne « ne peut croire à cette dinguerie », a de son côté rétorqué Marine Le Pen. « Ça me paraît tellement dingue que ça ne peut être qu'un faux, qu'une barbouzerie dont Mediapart a le secret », a ajouté la candidate du RN en déplacement au salon des professionnels de la construction à Paris.

« C'est une illustration des limites de la dédiabolisation du Rassemblement national », a dénoncé lundi le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). « Je suis comme chacun stupéfait par la violence des propos antisémites attribués à Jordan Bardella, que même la jeunesse ne saurait évidemment expliquer », a expliqué Yonathan Arfi, pour qui l'ADN du RN, parti « refuge des identitaires et des complotistes, n'a pas fondamentalement changé ».

Les réactions du milieu politique

« Ces écrits, s'ils sont avérés, sont d'une immense gravité », a réagi lundi la ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé. « Leur nature antisémite et complotiste rappelle, à ceux qui voudraient l'oublier, la nature profonde de l'extrême droite. N'y cédons rien », a ajouté la ministre sur X. « À tous ceux qui auraient la mémoire courte : l’antisémitisme n’est pas un accident de parcours pour le RN, c’est l’histoire de ce parti », a également lancé le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot (MoDem), sur le même réseau.

« On comprend mieux aujourd’hui pourquoi Bardella a pu dire que Jean-Marie Le Pen n’était pas antisémite », a ironisé sur X le premier secrétaire du PS Olivier Faure. Une référence aux propos du patron du RN en novembre 2023, qui avait dit ne pas croire que le fondateur du parti à la flamme soit « antisémite », avant de reconnaître « une maladresse ». Coordinateur de LFI, Manuel Bompard a lui dénoncé des « propos rapportés (qui) disent à quel point l’antisémitisme est ancré dans l'ADN du Rassemblement National et prouvent une nouvelle fois que la dédiabolisation de l'extrême droite est un enfumage ».

Pour Marine Tondelier, cheffe de file des Ecologistes, Jordan Bardella doit « démissionner de toutes ses fonctions ». Le président du Rassemblement national « est en réalité un antisémite obsessionnel », dénonce la candidate à l'élection présidentielle. « La place de quelqu'un qui a été biberonné aux vidéos et aux livres antisémites d'Alain Soral (l'idéologue antisémite, NDLR) n'est pas à Matignon et encore moins à l'Élysée », ajoute-t-elle. La députée écologiste des Hauts-de-Seine Sabrina Sebaihi a elle annoncé lundi qu'elle allait saisir la procureure de la République de faits « susceptibles de recevoir une qualification pénale en raison de leur caractère antisémite ». Elle a indiqué qu'à ce stade une dizaine de députés s'étaient joints à son signalement.

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