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La Maison du Frère-Moffet, à Ville-Marie, célèbre l'Année internationale des agricultrices désignée par l’Organisation des Nations unies (ONU) en 2026.
Une nouvelle exposition met en lumière les luttes des agricultrices d'hier et le travail des productrices témiscamiennes d'aujourd'hui.
Danielle Labrie, une ancienne agricultrice de Laverlochère ayant mené des combats syndicaux dans les années 1980, était l'invitée d'une causerie jeudi après-midi.

Une exposition temporaire présente des agricultrices du Témiscamingue d'hier à aujourd'hui.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
Alors qu'elle était copropriétaire d'une ferme bovine avec son conjoint et un ami, elle a raconté les défis auxquels les femmes étaient confrontées.
Dans ce temps-là, les femmes étaient vraiment invisibles dans le milieu agricole. C'était un milieu d’hommes. Par exemple, des vendeurs viennent dans la cour, puis ils demandent à parler au propriétaire, mais je réponds : ''Oui, c’est moi!''. Ils disent : ''Non, je voudrais parler au gars, à l’homme'', t’sais!, raconte-t-elle.
En 1979, son conjoint et son associé auraient reçu une prime d’établissement, mais pas elle. Il y avait peu de femmes qui l'avaient obtenue jusqu’à ce moment-là, parce que probablement que c’étaient des propriétaires uniques, estime Danielle Labrie.
Au Québec, les femmes représentent 27 % des propriétaires ou copropriétaires d'une entreprise agricole.

La Maison du Frère-Moffet célèbre l'Année internationale des agricultrices avec le thème « Plus que la femme du fermier ».
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
Enjeux des femmes en agriculture
Les travailleuses de rang du Centre de prévention du suicide du Témiscamingue étaient aussi sur place pour présenter leur travail.
Même si les femmes sont moins nombreuses en agriculture, l'intervenante Jennifer Quirion affirme accompagner presque autant d'hommes que de femmes.
Est-ce qu’on a plus de femmes juste parce que naturellement, les femmes demandent plus de services en santé mentale? Au niveau des hommes, ça va être plus par référencement : ''Mon certain ami ne va pas bien, c’est possible pour vous de passer à la ferme?'', cite en exemple Jennifer Quirion.

Sabrina Audet-Godin, Jennifer Quirion et Mahina Paul sont travailleuses de rang. Toute visibilité est importante pour ce service que Mme Quirion qualifie « d'en péril ».
Photo : Gracieuseté Mahina Paul
Son mandat lui permet aussi d’aider des couples qui travaillent ensemble et des familles. La conciliation travail-famille peut être encore plus difficile pour une agricultrice, précise l’intervenante.
En partant, pour une femme qui est propriétaire de sa propre entreprise, décoller toute seule n’est pas évident. Ça pourrait être : ''J’ai de la misère à me faire prendre au sérieux comme acheteuse, quand j’arrive avec mon conjoint qui n’est pas agriculteur, c’est à lui qu’on parle, pas à moi'', relate Mme Quirion.
Mettre en lumière
Pour le musée, il était important de reconnaître le travail des femmes en agriculture.
C’est justement l’objectif de la Maison du Frère-Moffet de nous rappeler l’historique, de nous ramener dans l’époque où le Témiscamingue a débuté. Les femmes agricultrices y étaient quand même pour un gros rôle, rappelle Mireille Prieur, ex-coordonnatrice du musée.

Guillaume Internoscia est le nouveau coordonnateur de la Maison du Frère-Moffet, alors que Mireille Prieur occupait ce poste jusqu'à tout récemment.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
Le nouveau coordonnateur, Guillaume Internoscia, souhaitait faire participer les femmes présentes.
J’étais content que des agricultrices viennent et racontent leur histoire. Je leur ai fait remplir des anecdotes que j’ai hâte de lire, mentionne-t-il.
Prendre sa place
Danielle Labrie a été l’une des fondatrices du syndicat des agricultrices de l’Abitibi-Témiscamingue en 1987. Elle a également été l’une des vice-présidentes de la Fédération des agricultrices du Québec.
Avant, on était des femmes collaboratrices, des femmes en agriculture, et là, on décidait de prendre le nom d’agricultrices. On bousculait un peu les règles du jeu.
Ces revendications ont parfois suscité de la résistance, notamment parce qu'elles remettaient en question un modèle agricole traditionnel de père en fils, se rappelle Mme Labrie.

La création du premier syndicat des agricultrices de l'Abitibi-Témiscamingue.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
Les femmes ont apporté un regard neuf dans le domaine agricole, d’après Danielle Labrie. Par exemple, elle raconte avoir suggéré à son conjoint de signer une entente, alors que le milieu avait pour coutume de s’entendre sur parole.
Elle souligne que des agricultrices ont contribué à diversifier les productions au Témiscamingue au fil des décennies, notamment avec l'élevage de faisans, de cailles, de chèvres et de moutons.
Mme Labrie se demande toutefois si la prise de décision est égalitaire. Est-ce que c’est facile de sentir qu’on est toujours 50/50 dans la prise de décision?, lance-t-elle dans l’univers.


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