Selon une récente étude étasunienne, les poissons des grandes profondeurs (benthiques) affichent une créativité anatomique beaucoup moins variée que leur homologues vivant dans la colonne d’eau au-dessus du plancher marin, plus proche de la surface. D’une manière générale, la profondeur de leur habitat influe sur l’évolution des espèces. Comment peut-on expliquer ce phénomène ?
Des formes beaucoup moins variées dans les profondeurs
Tout d’abord, il est important de différencier les espèces pélagiques des espèces benthiques. Les premières vivent dans la colonne d’eau, plus ou moins proches de la surface, en pleine mer et sont capables de nager activement ou de flotter au gré des courants. Les secondes vivent dans des zones bien plus profondes, sont « fixées », enfouies dans les sédiments ou se déplacent simplement près du fond.
Une équipe du Département d’écologie et de biologie évolutive de l’Université d’état de l’Ohio (Etats-Unis) a mené une étude sur l’évolution de ces différents types d’espèces. Publiés dans la revue Evolution le 13 mai 2026, ces travaux concernent 3 000 espèces animales marines, dont 2 882 vivent dans les grands fonds. L’objectif ? comprendre l’ampleur de la variété de morphologies chez les animaux aquatiques à branchies, principalement les poissons.
Le fait est que les espèces pélagiques sont protéiformes, c’est à dire pouvant prendre de multiples formes et se présenter sous des aspects très divers. Il est question de poissons souvent très différents, qu’il s’agisse de leur taille, de leur forme ou encore, de leur couleur. En revanche, les espèces benthiques affichent davantage une forme assez stéréotypée, plutôt allongée et affinée, ainsi que des couleurs généralement plus ternes.
Crédit : Tomwang112 / iStockDe fortes adaptations à l’environnement
Selon les auteurs de l’étude, l’évolution pousse et tire la forme du corps des poissons dans des directions différentes selon qu’ils sont benthiques ou pélagiques. Ceci s’explique par le fait qu’il existe des types d’environnements très différents dans les profondeurs marines, ayant chacun leurs effets sur l’évolution. Les chercheurs ont notamment travaillé sur les poissons à nageoires rayonnées, dont l’habitat se trouve à plus de 200 mètres sous la surface – soit 90% du volume océanique. Or, leur conclusion est simple : plus une espèce vit profondément, plus son évolution est rapide. En effet, la forme des espèces benthiques suggère de fortes adaptations à leur environnement.
Il faut dire qu’à des profondeurs importantes, les rayons du soleil peinent à se montrer et sont insuffisants pour permettre la photosynthèse. Ainsi, il y fait bien souvent sombre, si bien que la plupart des espaces sont immobiles une grande partie du temps, attendant patiemment que la nourriture les atteignent. Le relief y est également plus plat, monotone et boueux et pourtant, il s’agit ici du plus vaste habitat de la Terre, qui plus est inconnu de la Science à hauteur d’au moins 90%.
A l’inverse, les eaux peu profondes sont bien plus variées (grâce à la photosynthèse), contenant beaucoup plus d’éléments avec lesquels interagir. Or, dans la mesure où les poissons sont faits pour avoir de nombreux échanges avec leur environnement, ce même environnement façonne leur morphologie à son image. Ainsi, les différentes morphologies des poissons sont conditionnées par leur lieu de vie.


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