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Au bout d'une route sinueuse passant à travers champs et bois, se cache le Collège Saint-Benoît de Maredsous. Accolé à l'abbaye fondée en 1872, dont il porte le nom, le bâtiment en pierres grises impressionne par son envergure. En 1883, les moines créent l'école et l'internat du Collège Saint-Benoît de Maredsous, alors destinés exclusivement aux garçons. Rejoint au départ par huit élèves, l'internat n'a depuis jamais cessé de grandir. En 1996, le Collège s'ouvre à la mixité et aux externes. Aujourd'hui, il compte un peu plus de 200 élèves (dont 123 sont en internat) et accueille un tiers de filles pour deux tiers de garçons.
L'uniforme, marqueur d'appartenance
Quelques touristes (curieux ou égarés) s'approchent de l'entrée du Collège et se demandent ce que contient ce bâtiment. Pour le savoir, il faut en pousser la porte. À l'intérieur, des dizaines d'élèves déambulent dans un dédale de couloirs. Certains se rejoignent au centre, dans une cour intérieure au plafond vitré. Tous portent l'uniforme, les garçons comme les filles. Une chemise claire, un pantalon anthracite et des chaussures de ville sont de mise. Pas question de porter ici sa dernière paire de baskets à la mode. Le veston et le pull à col V ne sont pas obligatoires. La cravate, elle, est réservée aux examens et aux grandes occasions. "Cela offre vraiment une forme d'appartenance à un collectif. Ça peut rassembler, surtout quand on va à l'extérieur. On est fiers de le porter", explique Pierre-Antoine François. Cela fait quatorze ans qu'il travaille au Collège Saint-Benoît de Maredsous. Ancien élève devenu éducateur, il est désormais préfet de l'internat depuis un an et demi.
Pour Pierre-Antoine François, le port de l'uniforme permet aussi de se libérer de certaines contraintes. "Le matin, on sait directement ce qu'on doit mettre. On ne doit pas passer des heures à choisir ses vêtements. Le fait de se mettre en uniforme marque aussi un moment où on se met en condition pour aller à l'école. Et quand on l'enlève le soir, on entre dans une autre partie de la journée", développe le préfet.
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Collège Saint-Benoît de Maredsous. ©J-Yves LimetUn quotidien bien rythmé
Après les cours, justement, les élèves n'ont pas le temps de s'ennuyer. Et, pour cause, l'internat a été fondé dans l'inspiration de ceux qui existent en Angleterre, comme le souligne Pierre-Antoine François. "La politique est donc d'offrir aux élèves la possibilité de s'occuper un maximum en dehors des cours."
Pour ce faire, chaque journée est rythmée avec précision. Le matin, le réveil se fait en autonomie avant de petit-déjeuner et de s'apprêter pour aller en classe. Sur le temps de midi, filles et garçons dînent ensemble dans le réfectoire du bâtiment principal. Après les cours, les élèves bénéficient d'un temps libre. Certains jours, des activités leur sont proposées par les éducateurs. Le reste du temps, ils peuvent vaquer à leurs occupations. "Ils profitent souvent des installations dont on dispose", affirme le préfet. "On a la chance d'être entourés de verdure, d'avoir des terrains de rugby, de mini-foot, de tennis, ou encore une salle de musculation. Les élèves s'organisent régulièrement pour aller jouer ensemble." Parmi la liste des activités, l'on retrouve aussi du piano, de l'escrime, des cours d'art, du rugby, du vélo de route ou encore un cercle de cinéma.
Les directions face à un véritable casse-tête : "Concrètement, la rentrée n'est pas organisable"Vient ensuite le premier temps d'études qui démarre à 17 h 30 et dure une heure et demie. Les élèves qui ne sont pas encore tout à fait autonomes au niveau du travail bénéficieront de l'étude surveillée tandis que les autres pourront étudier dans leur chambre. Tous les soirs, une personne vient également assurer du soutien scolaire en insistant sur la méthode de travail et la planification. Si des remédiations dispensées par les professeurs sont aussi proposées, le Collège a également mis en place un tutorat où des élèves de cinquième et de rhéto qui ont des facilités dans certaines matières les dispensent aux plus jeunes. "La richesse ici est d'avoir la possibilité de se référer à plusieurs personnes. Dans la construction de l'adolescence, ça nous montre qu'il n'y a pas forcément qu'une personne référente", explique Pierre-Antoine François.
Dix-neuf heures sonne le repas du soir qui sera pris par les garçons dans le réfectoire du Collège et pour les filles dans leur bâtiment (où se trouvent aussi leurs sanitaires et leurs chambres). Une deuxième étude et un second temps libre ont alors lieu, avant l'extinction des feux et la remise des téléphones pour les élèves de la première à la cinquième. Si les plus jeunes doivent être au lit pour 21 h 30, les cinquièmes et rhétos bénéficient d'un peu plus de souplesse.
Suivi scolaire, sortie au marché, balade au parc… : le combat de l'ASBL Peluche pour embellir le quotidien des enfants placésAutonomie et vivre-ensemble
La plus-value principale de l'internat par rapport aux autres établissements scolaires est l'apprentissage du vivre-ensemble et de l'autonomie, souligne le préfet. "Quel que soit l'âge auquel l'enfant arrive ici, la plupart des parents remarquent vraiment un changement très rapide en termes de prise en charge dans les premières semaines", affirme-t-il. Le fait d'être entouré de camarades toute la journée permet aussi de créer des liens à vie, note Pierre-Antoine François. "Ça reste un endroit où vous vivez cinq jours par semaine, ça crée un fort attachement au lieu et aux personnes, y compris les professeurs et les éducateurs. Et être en contact tous les jours avec un éducateur qui peut prendre le temps de discuter crée un autre rapport à l'adulte", ajoute-t-il.
Des clichés désuets
Au-delà de ces points positifs, de nombreux clichés circulent aussi au sujet des internats, rappelle le préfet. "Souvent, c'est presque un mauvais réflexe de la part des parents de ne voir l'internat que comme l'endroit où envoyer son enfant en cas de difficulté", constate-t-il.
Plusieurs profils d'élèves y cohabitent au contraire. Il y a des enfants d'anciens internes qui voulaient leur transmettre cette expérience-là mais aussi des parents au quotidien très chargé pour lesquels l'internat est un moyen de s'assurer que leur enfant peut être encadré quand il rentre des cours. Certains parents pensent aussi que l'internat est utile parce que leur enfant n'est pas autonome, a des difficultés de concentration, ou ne travaille pas bien. "Dans ce cas, l'internat peut vraiment aider l'enfant. Mais il ne faut pas qu'il soit en opposition par rapport à ce projet, sinon ça ne fonctionnera pas", avertit-il. "Depuis le début de l'année, trois ou quatre élèves ont ainsi quitté l'établissement, pas nécessairement en raison de problèmes de comportement, mais parce que le projet éducatif ne correspondait finalement pas à leurs attentes", explique le préfet. Pour Maximilien, élève en quatrième année inscrit à l'initiative de ses parents, la première année à l'internat n'a pas été des plus agréables. "Mais mes parents m'ont poussé à rester une deuxième année et, là, j'ai bien aimé. Je pense que j'étais peut-être un peu trop réservé, je n'essayais pas d'aller vers les autres", confie-t-il. Albane, quinze ans, rêvait, quant à elle, depuis les primaires de poursuivre sa scolarité à l'internat, sur les traces de son oncle.
Une autre idée reçue courante sur l'internat gravite autour de l'aspect quelque peu spartiate que peuvent avoir les chambres ou les installations. "Il y a encore quelques dizaines d'années, les internats étaient souvent composés de grands dortoirs. Si ce modèle existe encore dans certains établissements, notamment en Irlande, il tend aujourd'hui à disparaître. Aujourd'hui, la plupart des élèves ont chacun leur chambre équipée d'un lavabo, leur espace où ils peuvent vraiment se retrouver seuls", rectifie Pierre-Antoine François.
Un mécanisme de solidarité
Mais ces prestations ont un coût. Pour l'année scolaire 2025-2026, le prix d'un an en internat dans l'enseignement secondaire ordinaire en Fédération Wallonie-Bruxelles était compris entre 2 542,52 et 2 941,26 euros. Comme le Collège fait partie du réseau libre, il reçoit peu de subventions et est donc un peu plus cher que la moyenne, concède son préfet. Pour donner à tous la possibilité de s'y inscrire, l'internat a mis en place un minerval modulable, calculé en fonction du revenu des parents. Les familles situées dans la tranche supérieure au coût médian permettent ainsi aux autres d'acquérir une bourse.
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